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La guerre en Ukraine fait fuir les clients de Kaspersky France

L’éditeur russe d’antivirus a été banni de plusieurs entreprises et administrations. Il a été contraint de prendre des mesures d’économies pour espérer être à l’équilibre cette année.

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PAU BARRENA / AFP

Du paradis à l’enfer, il n’y a qu’un pas. Kaspersky France est en train d’en faire l’amère expérience. L’éditeur d’antivirus a connu sa meilleure performance en 2021 avec un chiffre d’affaires proche de 30 millions d’euros dans l’Hexagone. Mais 2022 sera sans nul doute sa pire année. La faute à la guerre en Ukraine déclarée en février dernier par le Kremlin et suscitant le départ en masse de ses clients. L’hémorragie est telle que la marque moscovite la plus connue du grand public en Europe craint pour son avenir comme elle le note dans son rapport annuel : « l’entreprise doit faire face à une baisse notable de son activité notamment due à la fermeture de certains segments de marché. Elle est donc touchée collatéralement du fait des sanctions contre la Russie ». Face à ce contexte compliqué, elle a entamé une baisse de ses dépenses afin « d’être en mesure de maintenir un résultat à l’équilibre », reconnaît-elle. En clair, Kaspersky France pourrait être dans le rouge en 2022, situation qu’elle n’a plus connue depuis 2004. Contactée, la direction française n’était pas en mesure de nous répondre.

Le groupe fondé en 1997 par Eugène Kaspersky, diplômé de la faculté de mathématique de la haute école du KGB, fait face à un vent de défiance. Son agence de communication anglo-saxonne, Grayling, a rompu son contrat peu de temps après l’invasion en début d’année. Et plusieurs de ses chercheurs réputés, notamment ceux de la GReAT Team (Global research & analysis team), ont fait leurs valises à l’instar de Mark Lechtik, Dmitry Bestuzhev ou de Paul Rascagneres.

Mais ce sont les départs des clients qui l’affectent le plus. Selon nos informations, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) a déjà retiré cet antivirus de 60% de ses postes de travail. « Tout le parc aura été changé d’ici à février », indique la caisse à l’Informé. Ce n’est pas tout. Le groupe de luxe LVMH indique, lui aussi, avoir fait de même. « Nous avons fait appel à d’autres solutions pour maintenir la sûreté de notre réseau informatique », confirme-t-il. Comme d’autres, il n’a fait que suivre les recommandations de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (l’Anssi).

En mars dernier, le cyberpompier de l’État, avait indiqué que dans le contexte actuel l’utilisation « des outils de la société Kaspersky, peut être questionnée du fait de leur lien avec la Russie ». Si l’agence notait qu’aucun « élément objectif » ne faisait craindre des problèmes, elle craignait toutefois un défaut possible de fourniture des « mises à jour des produits et services » de cet antivirus, susceptible d’exposer les utilisateurs à des risques. « À moyen terme, une stratégie de diversification des solutions de cybersécurité doit par conséquent être envisagée », conclut le rapport.

Cette alerte a créé un électrochoc. Dans un sondage dévoilé en mai du Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique (Cesin), 75 % des 300 dirigeants de sociétés interrogés se disaient prêts à écarter les logiciels russes. « Jusqu’à présent les responsables en sécurité informatique ne se préoccupaient pas de géopolitique et cherchaient uniquement à se doter des meilleurs produits sans s’inquiéter de leur provenance. Mais avec la guerre en Ukraine, tout a changé », juge Alain Bouillé, délégué général du Cesin.

CESIN

Dans un nouveau sondage du Club réalisé la semaine du 19 décembre, 53% des 45 personnes concernées par la question ont indiqué avoir désinstallé l’antivirus et 20% sont en train ou pensent le faire dans les prochains mois. Un peu plus d’un quart des répondants compte conserver l’antivirus. « Une grande majorité des sociétés que nous avons interrogées cherche à remplacer Kaspersky en raison principalement des risques d’un défaut de mise à jour », ajoute Alain Bouillé.

Une autre directive est venue enfoncer le clou au sein des services publics cette fois. En avril dernier, comme le révélait le Monde Informatique, Bercy publiait une note à destination des administrations afin d’exclure la société russe d’appels d’offres au-dessus d’un certain montant. Les contrats en cours devaient même être résiliés avant le 10 octobre sans qu’aucunes indemnités ne puissent être réclamées en raison de cette rupture brutale. Ces directives ont été prises après un nouveau paquet de sanctions de l’Union européenne contre Moscou.

Face à ces multiples coups durs, Eugène Kaspersky a reconnu lors d’un forum en Jordanie en novembre les difficultés actuelles auxquelles il était confronté. Mais il a indiqué qu’il ne déménagerait jamais le siège de son entreprise de son pays d’origine. Et si son groupe rencontre des problèmes en Europe et aux États-Unis en raison de guerre en Ukraine, le dirigeant a souligné que ce n’était pas le cas dans d’autres régions du monde comme l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.