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Parrot veut faire taire son testeur de drones en Ukraine

La société d’Henri Seydoux avait engagé un combattant français pour essayer ses machines sur le terrain en vue de les vendre à l’armée de Kiev. Mais la fin de leur relation se joue désormais dans les prétoires.

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Lafargue Raphael / Lafargue Raphael/ABACA

Du théâtre des opérations à celui de la cour de justice. Un combattant français engagé depuis le début de la guerre en Ukraine au côté de Kiev se retrouve en procès contre le spécialiste des drones, Parrot. La société tricolore dirigée par Henri Seydoux avait fait appel aux compétences de Nicolas Yah...

Irrité, Parrot a saisi le tribunal des activités économiques (ex-tribunal de commerce) de Paris en référé afin de faire effacer ces messages « pour violation de la clause de confidentialité ». Elle estime que « des informations particulièrement sensibles » ont été dévoilées « sans la moindre précaution ». Elle pointe notamment un article paru dans Intelligence Online le 12 février 2025 intitulé « Bataille pour les secrets de fabrication du drone phare de Parrot en Ukraine ». Celui-ci détaille comment le consultant a aidé la firme française à récupérer des machines ukrainiennes pour les envoyer ensuite en France et comprendre ainsi leur fonctionnement (rétro-ingénierie). Un procédé qui entre en contravention avec la loi martiale du pays, note l’article. L’entreprise signale également un mail adressé par Nicolas Yahmi à 60 destinataires dont le ministre de la défense lituanien (client de la société) et un post Facebook sur un compte rendu sensible de recherche et développement interne. Et ce n’est pas tout. Le groupe lui demande de rendre sept prototypes de drones, sept stations de contrôle et batteries, une tablette. Les juges ont donné entièrement raison à Parrot le 19 mars dernier mais l’affaire n’est pas terminée pour autant. « J’ai fait appel de cette décision et je compte les poursuivre aux prud’hommes et au pénal pour travail dissimulé, manquement de sécurité d’un salarié expatrié et mise en danger de la vie d’autrui », nous indique Nicolas Yahmi.

En lien selon lui avec le renseignement extérieur français, la DGSE, le militaire faisait partie de la légion internationale du renseignement ukrainien, le GUR. Il estime s’être mis en danger pour faire voler les engins dans des zones de combat et les récupérer. Ses actions lui ont permis de réaliser des rapports techniques très détaillés et adressés au siège parisien de Parrot sur le comportement des appareils. « J’ai pris beaucoup de risques et j’ai été blessé par une bombe planante en les testant au front, explique Yahmi. Depuis, ma santé se dégrade et Henri Seydoux, à qui j’organisais tous ses déplacements en Ukraine et pour qui j’ai risqué ma vie, a caché mon existence à Paris pour s’attribuer les mérites de mon travail et m’a laissé tombé sans me payer. »

Ses travaux ont permis de détecter plusieurs bugs importants et il a également réalisé des démonstrations auprès des forces spéciales locales afin de nouer des partenariats. Un dossier clef. Car Henri Seydoux ne cachait pas miser beaucoup dessus. « Si je vais pas en Ukraine, c’est fini, je vendrai plus de drones, a-t-il expliqué en 2023 au Forum innovation Défense. Les Ukrainiens et les Russes utilisent au moins 200 000 drones par an alors que la loi de programmation militaire jusqu’en 2030 en prévoit 9 000. »

Parrot n’a toujours rien vendu à ce jour à Kiev. L’entreprise, qui n’a pas souhaité faire de commentaire, juge le conflit avec Nicolas Yahmi suffisamment important pour le noter dans son dernier rapport annuel. « Celui-ci réclame par divers courriers l’indemnisation d’un prétendu préjudice, que Parrot Drones conteste vigoureusement. En raison du comportement adopté par l’ancien consultant, la société a intenté une action en justice. Hormis les frais d’avocats, aucune provision n’a été estimée ni comptabilisée ».