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Continuer la lectureUkraine : voici les lauréats du fonds à 200 millions d’euros de Bercy pour la reconstruction
Robotique, équipements médicaux, énergie… plusieurs grandes entreprises françaises ont vu leurs projets présélectionnés par le Fonds Ukraine..
Côté français comme ukrainien, on est prié de rester discret à ce sujet. Mais L’Informé est en mesure de révéler les noms de plusieurs entreprises françaises qui vont bénéficier des 200 millions d’euros du fonds Ukraine lancé par l’État, afin de financer des projets de reconstruction des infrastructures critiques ukrainiennes. Les critères d’attribution étaient les suivants : 15 millions d’euros maximum, être porté à au moins 50% par une entreprise française, et disposer de l’accord préalable des bénéficiaires ukrainiens.
Selon nos informations, Shark Robotics, qui fabrique des robots de sauvetage et de transport, et GE France, qui fournit ici des équipements médicaux, ont décroché 15 millions d’euros chacun. Schneider Electric et EDF International Networks, qui aident Kiev à restaurer son réseau énergétique méthodiquement détruit par la Russie, ont respectivement obtenu 15 et 13 millions d’euros.
Enfin, Thales, également fournisseur de l’armée ukrainienne, a été financé à hauteur de 9 millions d’euros pour équiper des aéroports civils de radars mobiles. De nombreuses entreprises du secteur de la santé ont également été subventionnées. Un total de 60 millions d’euros de projets dans le domaine énergétique avait déjà été annoncé par l’envoyé spécial français pour la reconstruction en Ukraine, Pierre Heilbronn, le 14 novembre.
« Les Ukrainiens ont sélectionné une vingtaine de projets notamment dans les secteurs prioritaires de l’énergie, des infrastructures, de l’eau, de la santé et du déminage, indique Pierre Heilbronn à l’Informé. Même si les choix sont finalisés du côté ukrainien, des procédures de vérification sont encore en cours. Chacune des entreprises lauréates (…) a toutefois été informée en bilatéral par les services compétents. »
C’est peu dire que ces choix n’ont pas fait l’unanimité. Selon nos informations, les deux géants français de la gestion de l’eau, Veolia et Suez Environnement, tentent d’obtenir un réexamen de leurs dossiers suite à leur non-sélection. Rien n’est toutefois gravé dans le marbre, alors que le gouvernement Barnier et son budget sont désormais en sursis.
« Il semble que, entre ce qui a été validé et ce qui sera annoncé en janvier 2025, donc en dehors du budget et du déficit français de 2024, beaucoup de choses pourraient bouger », estime une source proche du dossier. « Des dossiers supplémentaires vont être validés », espère une autre. Mais en réalité, pour financer l’ensemble des projets déposés, soit 750 millions d’euros, un montant près de quatre fois supérieur serait nécessaire, alors que les cordons budgétaires se resserrent tous azimuts.
C’est notamment pour cette raison que Pierre Heilbronn multiplie les visites à l’étranger pour « identifier les synergies » et tenter de négocier des cofinancements. Fin novembre, il a posé ses valises à Oslo, où il a rencontré la commission affaires étrangères du parlement, des représentants du ministère des affaires étrangères et l’agence norvégienne de développement Norad. Les « défis, le renforcement et le développement des synergies entre la Norvège et la France dans leur soutien à l’Ukraine » y ont notamment été débattus.
Peu après, il s’est rendu au Danemark, où il a évoqué une coopération entre le Danida Fellowship Centre danois et l’Agence française de développement (AFD) sur la reconstruction dans les oblasts de Mykolaïv et Chernihiv, et discuté avec le Dansk Industri (DI), le « Medef » danois, concernant le financement de la reconstruction en Ukraine par des fonds privés. L’envoyé spécial a aussi rencontré le chef de la commission affaires étrangères du parlement danois pour parler de la future présidence danoise du Conseil européen. Pour rappel, l’AFD, qui a ouvert un bureau à Kiev cette année, dispose théoriquement d’un budget distinct de 450 millions d’euros.
« Ces deux pays jouent un rôle clé dans le soutien à [Kiev], indique Pierre Heilbronn à l’Informé. J’y ai mené une série d’entretiens avec plusieurs personnalités politiques sur l’aide et la reconstruction de l’Ukraine dans le contexte d’un nouveau paysage politique aux États-Unis et au moment de discussions majeures en Europe. (…) L’objectif était de développer une compréhension mutuelle (…) et d’explorer des pistes potentielles de coopération en matière d’aide au développement, de politique humanitaire et de soutien au secteur privé [en Ukraine] ».
Mi-novembre, l’envoyé spécial a rencontré ses homologues américains, italien et finlandais lors du salon Rebuild Ukraine à Varsovie (Pologne), où 45 entreprises françaises étaient représentées. L’utilisation des 50 milliards de dollars de prêts du G7 à l’Ukraine, ainsi que sur la coordination entre les quatre pays concernant le soutien au « rétablissement et à la reconstruction de l’Ukraine » étaient à l’ordre du jour.
Sur la place de Paris, l’arrivée programmée à la Maison-Blanche de Donald Trump, connu pour son approche « transactionnelle », laisse penser que celui-ci va tordre le bras aux présidents russe et ukrainien pour qu’ils entament des négociations. Un éventuel accord de paix serait perçu comme bon pour le business de la reconstruction en Ukraine, un marché dont la valeur totale est estimée à plusieurs centaines de milliards d’euros.
Si Poutine refuse la paix, qui menacerait son pouvoir tout entier tourné vers la guerre, des garanties de sécurité supplémentaires pour l’Ukraine, venues des États-Unis et de l’Europe, permettraient tout de même de passer à la vitesse supérieure concernant les grands chantiers de la reconstruction sur le territoire ukrainien. Toutefois, tant que l’Ukraine restera classée « rouge » par le Quai d’Orsay, aucun groupe du CAC 40 ne pourra y envoyer ses équipes.