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Continuer la lectureComment la guerre en Ukraine a endommagé 15000 box en France
La cyberattaque contre le satellite Viasat a détruit de nombreux modem en France, dont une majorité chez Nordnet, filiale d’Orange. Les pénuries de composants ont ralenti leur remplacement.
La guerre en Ukraine s’est invitée dans les foyers et les entreprises françaises. Quelques jours après le début du conflit, le 24 février dernier, les Russes ont mené une cyberattaque contre le satellite Ka-Sat de l’opérateur américain Viasat. Objectif ? Couper internet sur le front. Mais si les communications militaires étaient visées, des sociétés et des particuliers de plusieurs nations membres de l’Union européenne ont aussi été touchés. Des victimes collatérales de ce sabotage. « Les attaquants semblent être passés par la station terrestre de télécommunications, le téléport, qui d’ordinaire diffuse des mises à jour aux box, explique Félix Aimé, analyste chez Sekoia.io. Ils ont ensuite envoyé un code malveillant [dénommé AcidRain selon le spécialiste de la cybersécurité SentinelOne NDLR], qui a réécrit la mémoire Flash des modems les rendant ainsi inopérants. »
Selon nos calculs, plus de 15 000 clients ont été affectés dans l’Hexagone, obligeant Viasat à livrer en urgence des boîtiers de remplacement, dès le mois de mars. Dans le détail, Nordnet, la filiale d’Orange qui utilise en partie ce satellite, a dû renouveler autour de 9500 unités endommagées. Les échanges ont été ralentis par différents facteurs. D’abord, cet équipement est très souvent utilisé dans des résidences secondaires ou des refuges, généralement inoccupés durant de longs mois. Les abonnés n’ont pu constater les dégâts qu’une fois arrivés sur place, souvent durant leurs vacances. Éloignés des traditionnels réseaux ADSL et de fibre optique, ces clients situés en zone blanche sont contraints de s’équiper d’une parabole : si les modems étaient restés branchés lors de la cyberattaque, ils ont été détruits.
Ensuite, les pénuries de composants ont pesé sur les délais de livraison du matériel. Chez Bigblu, filiale d’Eutelsat, près de 5000 abonnés ont été touchés par le sabotage et les critiques se sont multipliées : « lamentable absence de communication », « c’est une honte », « après une longue attente, j’ai enfin reçu le nouveau modem » a-t-on pu lire sur divers forums. « Nous avons parfois dû rééquiper nos clients d’appareils plus anciens ou reconditionnés, explique une source interne. Même si le gros des remplacements a été bouclé avant le mois de mai, d’autres se sont étalés durant tout l’été. » La société reconnaît également 3000 cas en Norvège.
De son côté, Eutelsat souligne que les fournisseurs d’accès devraient mener une vérification des équipements ou des logiciels utilisés. « Pour Bigblu, nous avons mis en place des tests de sécurité systématiques et un contrôle de chaque composant tiers impliqué, y compris les terminaux satellites, afin de s’assurer que le niveau de sécurité est conforme aux normes de l’ensemble de la chaîne », indique-t-il.
En France, d’autres FAI, de moindre taille, ont également été concernés. C’est le cas d’Adista ou encore de Com-IP, dont le service est essentiellement utilisé sur des chantiers éoliens. « Moins de 400 cas ont été concernés par cette attaque », précise cette entreprise. De même, Numerisat a dénombré 200 victimes. « Nous avons nous connu quelques problèmes, indique Georges Samperio, directeur commercial. En attendant de changer les modems, nous avons dû fournir des clés 4G. »
Ces dommages collatéraux de la guerre en Ukraine ont fait réagir les élus. Devant la commission sénatoriale des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Stéphane Bouillon est revenu sur cette affaire début octobre. Le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) a précisé qu’il s’agissait pour les Russes « d’aveugler les communications sur le champ de bataille, ce qui a également neutralisé les modems de ce satellite sur une bonne partie de l’Europe. Il est sans doute possible de contre-attaquer, mais il faudra que vous interrogiez d’autres que moi sur cette question. »