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Continuer la lectureLes Ehpad de Médicharme attirent une foule de repreneurs potentiels
Le tribunal de commerce de Nanterre doit trancher le sort des 43 sites de l’opérateur de maisons de retraite, placé en liquidation judiciaire fin février.
Les quelque 1 200 salariés et les résidents des établissements de Médicharme devraient enfin y voir plus clair ce jeudi 21 mars. Le tribunal de commerce de Nanterre doit examiner les offres de reprise qui lui sont parvenues pour cet ensemble composé de 33 Ehpad, huit résidences senior service (RSS), une résidence autonomie et un foyer d’accueil médicalisé. Contrôlé par le fonds britannique G-Square, cet opérateur privé à but lucratif avait été placé en liquidation judiciaire le 29 février, le jugement prévoyant une continuation d’activité jusqu’au 15 avril le temps de trouver des repreneurs pour les sites. La sentence est inédite pour un acteur privé de cette taille, même si elle fait beaucoup moins parler que les déboires d’Orpea, sauvé du gouffre par la Caisse des dépôts, au prix d’une lourde restructuration financière.
Confronté à une baisse du taux d’occupation de ses Ehpad, Médicharme s’est retrouvé prisonnier de loyers beaucoup trop élevés versés aux propriétaires des murs de ses établissements. Une situation d’autant plus intenable que le groupe devait faire face à une dette de 160 millions d’euros… Une phase de conciliation a été ouverte le 15 novembre 2023, sans qu’aucune recette miracle n’émerge. La liquidation est apparue inévitable, avec un enjeu : trouver une solution pour l’ensemble des personnes hébergées dans les établissements du groupe.
Une seule offre de reprise globale à ce stade
L’administrateur judiciaire en charge du dossier, Benjamin Tamboise du cabinet FHB, devait recevoir les offres de reprise jusqu’au 14 mars, pour les transmettre au greffe du tribunal. Selon nos informations, une foule hétéroclite de repreneurs s’est manifestée - leurs propositions pouvant encore être améliorées jusqu’à ce lundi 18 mars inclus. On trouve des opérateurs d’envergure nationale, mais aussi des acteurs régionaux voire locaux. À ce stade, un seul candidat se dit prêt à prendre sous son aile l’ensemble des sites. Il s’agit d’Avec, une entreprise présente à la fois dans la santé (cliniques, centres dentaires ou d’imagerie médicale…), le médico-social (aide à domicile, maisons de retraite) et même l’hôtellerie. Connue jusqu’en 2022 sous le nom de DocteGestio, la société pilotée par Bernard Bensaid compte notamment 16 Ehpad et huit résidences autonomie. Elle se propose de récupérer l’intégralité des salariés des sites de Médicharme et même de conserver la moitié des 48 postes du siège. Son plan d’affaires prévoit une remontée du taux d’occupation des sites de 82 à 87 %, une hausse tarifaire de 2 % par an ainsi que 20 % de baisses de loyers, l’idée étant d’atteindre 100 millions de chiffre d’affaires et un Ebitda légèrement positif en 2026. Le groupe Avec n’est toutefois pas en pleine santé non plus : plusieurs de ses entités étaient elles-mêmes dernièrement sous le coup de diverses procédures judiciaires, comme l’expliquait l’Informé début mars.
Un autre dossier porte à ce stade sur 28 établissements, et plus précisément 22 Ehpad et six résidences senior service de Médicharme, représentant un total de 1 600 places et 73 millions de chiffre d’affaires. Cette offre est portée par Domidep, le numéro cinq français du secteur (570 millions de revenus et 160 établissements), dans le giron du fonds d’infrastructure américain I-Squared. L’opérateur a monté son dossier avec deux autres repreneurs. Le premier, Jestia, est une holding familiale qui gère déjà une douzaine d’établissements. La seconde, Sedna, est un ensemble d’une vingtaine de maisons de retraite, contrôlé par l’une des grandes fortunes du secteur, Yves Journel (aussi actionnaire en parallèle de DomusVi, l’un des plus grands acteurs tricolores des Ehpad). Leur offre groupée prévoit de conserver les 950 salariés en équivalent temps plein que comptent les 28 sites, et de recruter une poignée de personnes cette année. Domidep se répartira le réseau avec ses co-repreneurs, conservant lui-même 18 établissements. Dans le détail, l’opérateur compte reprendre à Médicharme ses cinq implantations normandes (3 Ehpad et 2 RSS), ses deux adresses des Hauts-de-France, son seul Ehpad du Grand Est, mais aussi six établissements sur huit en Nouvelle-Aquitaine (4 Ehpad et 2 RSS), deux sur trois en Bourgogne-Franche-Comté et deux sur quatre en Occitanie. De son côté, Jestia compte récupérer sept établissements dans d’autres territoires : deux dans le Var, deux dans les Alpes-Maritimes, deux dans le Puy-de-Dôme et le seul site d’Île-de-France, à Couilly (Seine-et-Marne). Sedna vise quant à lui le troisième centre varois de Médicharme, son Ehpad marseillais et son site basé dans le Vaucluse.
Des opérateurs à l’envergure plus régionale cherchent aussi à faire cause commune pour reprendre une vingtaine de structures rassemblant 1 300 places et 800 salariés. Deux groupes familiaux, le normand Hom’Age et le sudiste Dimacco (dirigé par François Germain, ex-propriétaire du réseau Medeos, vendu à DomusVi en 2021) ont effectivement déposé une offre où ils indiquent leur intention de s’allier à trois autres petits acteurs locaux (Hefeje, SPMR et Alliage Care). Les quelques jours permettant aux candidats d’améliorer leurs offres devraient leur permettre d’arrêter ensemble une position.
Associations et intercommunalités
Les autres dossiers ciblent une poignée d’établissements, voire un seul site. Ils portent le plus souvent sur les implantations de Médicharme dans la moitié sud de la France. À titre d’exemple, la PME familiale Bel Âge cherche à mettre la main sur deux sites dans les Alpes-Maritimes et dans le Var. Basé à Lyon, le groupe mutualiste Oxance s’est positionné sur les deux installations de Médicharme en Ardèche. La Mutualité Française de Charente a candidaté pour l’Ehpad de Marthon, près d’Angoulême… Des associations déjà fortement impliquées dans le secteur répondent elles aussi présentes, à l’instar d’Edenis, dans la région toulousaine, de l’Association Saint-Joseph à Marseille, de l’Association Croix-Rouge Russe dans les Alpes-Maritimes… Des collectivités locales se sont mobilisées. C’est le cas de la communauté de communes d’Arize-Lèze et de celle de Couserans-Pyrénées, qui se positionnent sur la reprise de sites basés en Ariège sur leur territoire respectif. La première se porte au secours de l’Ehpad La Madrague (au Fossat), tandis que la seconde s’intéresse à l’Ehpad La Croix du Sud (à Fabas).