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Continuer la lectureDoliprane : le français PAI Partners s’était aligné in extremis sur le prix de CD & R
Alors que de nombreuses voix s’élèvent contre la vente prochaine du célèbre médicament au fonds américain, l’Informé révèle que PAI Partners avait rehaussé son offre pour coller à celle de CD & R. Ce dernier a été choisi pour accélérer le développement outre-Atlantique.
Le monde politique est en émoi depuis le 10 octobre, date à laquelle le Conseil d’administration de Sanofi a décidé d’entamer des négociations privilégiées avec Clayton Dubilier & Rice pour lui céder le contrôle de son pôle de médicaments sans ordonnance Opella, connu pour ses marques Doliprane, Lysopaïne ou encore Dulcolax (le groupe pharmaceutique conservant environ 50 % du capital). Des parlementaires de tous bords ont exhorté le gouvernement à bloquer cette opération, sur fond de sécurité sanitaire et de souveraineté. Et depuis quelques jours, les langues se délient pour évoquer un point surprenant : il n’y a eu aucun écart de prix entre PAI Partners et CD & R. Le lundi 23 septembre au soir, date limite de la remise des offres, le fonds tricolore était encore moins disant de plusieurs centaines de millions d’euros. Mais dans la dernière ligne droite, le frenchy a rehaussé son offre pour lui permettre de rattraper son retard sur son homologue américain, en s’alignant sur une valorisation de 15,5 milliards d’euros proposée par son rival, a appris l’Informé. Un élément que ne dément d’ailleurs pas Sanofi, laissant sous-entendre que le choix du fonds américain tient avant tout à des raisons stratégiques.
Selon nos informations, le président du Conseil d’administration du groupe tricolore, Frédéric Oudéa, était aligné sur cette position. Il aurait accepté de rencontrer les deux prétendants il y a plusieurs mois, au début du processus de cession, mais aussi le patron de CD & R en début de semaine dernière à Paris… cette fois sans que cette faveur soit accordée au gérant français (mais dont les fonds sont majoritairement abondés par des investisseurs étrangers), à en croire trois sources. Contactés, CD & R refuse de commenter et Sanofi dément. « Frédéric Oudéa a poussé pour CD & R en expliquant que vendre à un Américain était une démonstration d’indépendance vis-à-vis de l’Etat », nous expliquait une source proche du dossier lorsque nous avons révélé le choix de Sanofi jeudi dernier.
Les Etats-Unis constituent en effet le premier marché d’Opella, la maison mère du Doliprane et de la centaine de médicaments sans ordonnance inclus dans cette transaction. Elle y réalise près d’un quart de ses 5,2 milliards d’euros de chiffres d’affaires, et les perspectives de développement y seraient fortes. À ce titre, l’assise financière considérable du fonds new-yorkais CD & R pourrait l’aider à faire ses emplettes sur ce marché, tout en lui ouvrant de nouvelles opportunités commerciales. Il faut dire que le tropisme américain de Sanofi, qui a mis le cap sur l’innovation et la rentabilité sous la houlette de son directeur général Paul Hudson, ne date pas d’hier. Depuis 2011, le groupe pharmaceutique y a successivement avalé BMP Sunston, Genzyme, Pluromed, Retrophin, Bioverativ, Synthorx, Provention Bio, Qunol, New Inhibrx… Des dizaines de milliards majoritairement investis dans des biotechs. En parallèle, le Vieux Continent est avant tout utilisé par Sanofi comme base industrielle, d’où sort plus de 60 % de sa production mondiale.
Et l’exécutif veille à ce qu’il en reste ainsi malgré la cession d’Opella. « Nous allons demander à Sanofi et au fonds d’investissement, qui apparemment est retenu, des engagements sur l’emploi industriel, sur les volumes produits, des engagements sur la recherche et développement, et puis des engagements sur les sous-traitants » , a précisé le ministre de l’industrie Marc Ferracci sur France Inter, ne s’interdisant pas de bloquer la vente le cas échéant. Un affichage très politique, les services de Bercy n’ayant en réalité pas d’inquiétude quant au profil du repreneur. Acquéreur de Spie, Rexel ou Socotec, CD & R n’a jamais fait de vagues dans l’Hexagone, exception faite chez Conforama, où un plan de sauvegarde de l’emploi concernant près de 300 salariés était encore récemment à l’étude. Reste à évaluer sa capacité à s’engager - politiquement - à long terme dans la conservation du tissu industriel français d’Opella, qui emploie 11 000 salariés (dont 2 100 en France) sur treize sites de production.