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Continuer la lectureArnaud Marion s’attaque à la dette de Colisée, le numéro 4 français des Ehpad
Placé à la tête du groupe par le fonds EQT, le redresseur d’entreprises sabre en parallèle dans les coûts pour augmenter un Ebitda en berne.
Sa nomination surprise chez Colisée n’était pas passée inaperçue... En octobre, Arnaud Marion prenait la tête du numéro quatre français des Ehpad. Le spécialiste des restructurations, passé entre autres chez Doux ou les pianos Pleyel, succédait ainsi à Christine Jeandel qui, depuis son arrivée en 2014, a transformé ce qui n’était qu’un opérateur de taille intermédiaire en un mastodonte de 400 établissements, 22 000 salariés et 32 000 résidents. Il n’en fallait pas plus pour s’interroger sur la santé de Colisée. Selon nos informations, l’entreprise a effectivement traversé une année 2024 suffisamment compliquée pour justifier le lancement un vaste plan d’économie dont la mise en place s’accompagne de l’ouverture de négociations avec l’ensemble de ses créanciers afin de repousser les échéances de dette… Tout cela sous le regard étroit des actionnaires, au premier rang desquels figure le scandinave EQT, majoritaire depuis 2020 via l’un de ses fonds d’investissement en infrastructures. Les difficultés de Colisée avaient d’ailleurs contribué au départ de Thomas Rajzbaum, l’associé français d’EQT responsable du dossier, comme l’avait révélé l’Informé en janvier.
Colisée a toutefois réussi à générer un chiffre d’affaires de 1,68 milliard d’euros en 2024, en hausse de 5 %. Les Ehpad du groupe ont d’ailleurs la réputation d’avoir un taux d’occupation moyen plus élevé que la concurrence. Il serait de l’ordre de 95 %, dans un marché qui se remet doucement de la surmortalité des résidents liée au Covid-19 et de la défiance provoquée par le scandale Orpéa. Mais Colisée a connu un véritable trou d’air en matière de rentabilité l’an passé. Son Ebitda s’est effondré à 106 millions d’euros, là où il s’établissait à 186 millions d’euros un an plus tôt. La chute (de 43 %) s’expliquerait en partie par un dérapage des coûts de personnel, avec un recours accru à des CDD et à de l’interim. Le mouvement s’est accompagné de flux de trésorerie négatifs comme l’avait déjà relevé l’agence Moody’s dans un rapport publié en décembre dernier. De quoi faire fondre le trésor de guerre de la société : fin septembre, l’entreprise n’avait plus que 30 millions d’euros de cash, sachant qu’elle avait tout de même la possibilité de piocher dans une ligne de crédit renouvelable (dite RCF) - 137 millions d’euros étaient disponibles à l’époque. Moody’s avait maintenu la notation de Colisée (à B3) tout en la plaçant sous perspective négative.
EQT a ainsi chargé Arnaud Marion de plancher sur tout un plan d’économie pour améliorer l’Ebitda. « La précédente direction en avait déjà un, qui avait été conçu en compagnie du cabinet de conseil Advancy, mais il n’a jamais pu être appliqué », glisse un connaisseur de l’entreprise, qui fait référence aux insuffisances de la précédente organisation managériale du groupe. Secondé par un nouveau directeur financier, Olivier Miaux (un ancien des coopératives agricoles Terrena et Vivescia), le patron, qui cumule ses fonctions de CEO Groupe avec celle de numéro un France, a d’abord concocté un plan prévoyant d’améliorer l’Ebitda de 62 millions d’euros sur les exercices 2025 et 2026. Ambitieux, Arnaud Marion table même désormais sur une hausse de 110 millions d’euros, au terme d’un roadshow mené dans les établissements du groupe. Le budget table ainsi sur 150 millions d’euros d’Ebitda dès cette année, pour un chiffre d’affaires de 1,75 milliard d’euros. Colisée s’est fixé comme objectif de rationaliser ses dépenses de personnel et de couper dans ses coûts centraux en renégociant certains contrats. La stratégie a déjà produit ses premiers effets - et même davantage que prévu laisse entendre un proche de l’entreprise : à la fin du premier trimestre, et depuis son arrivée Arnaud Marion aurait d’ores réussi à générer 50 millions d’euros d’économies en rythme annuel.
Mais Colisée et son patron ne pourront pas éviter une vaste négociation auprès des créanciers. La plus grosse partie de sa dette est aujourd’hui composée d’un emprunt senior de type « term-loan B » (remboursable à terme) d’un montant de 1,17 milliard d’euros, ainsi que le crédit renouvelable (qui était tiré à hauteur de 80 millions fin septembre). Ces deux lignes de financement n’arrivent à échéance qu’en 2027, la première en novembre, la seconde en mai. « Le danger provient plus de la centaine de crédits bilatéraux qui figurent au bilan de la société, dont le groupe a hérité en partie d’autres opérateurs de maisons de retraite rachetés ces dernières années, pointe une source. On y trouve des lignes amortissables, comme des financements immobiliers ou de capex, mais surtout environ 150 millions d’euros de lignes court terme, de découvert et de garantie. Au total, dix-sept banques, souvent locales, sont impliquées, pour des créances qui vont de 2 à 20 millions d’euros ». C’est la banque Rothschild & Co et le cabinet d’avocat Gibson Dunn qui vont aider Colisée à négocier avec ses créanciers pour remettre de l’ordre dans la dette, soutenir sa liquidité et obtenir un « amend & extend », Eight Advisory ayant été appelé à la rescousse pour affiner les prévisions du groupe dans le cadre d’une revue stratégique.