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Continuer la lectureSup de Sport : les laissés-pour-compte de l’école de sport business
De nombreux professeurs et salariés de cette école des Yvelines témoignent d’impayés de salaires. Et les élèves se retrouvent sur le carreau.
« Première école dédiée à 100 % aux métiers du Sport Business », « équipe de conseillers spécialisés », rencontres avec des « stars du sport français ou international »… La brochure de l’école Sup de Sport a de quoi faire rêver les jeunes passionnés par le milieu. Mais quelques mois seulement après l’ouverture de l’établissement, à Guyancourt (Yvelines), la réalité est pourtant toute autre. Malgré des frais de scolarité musclés - pas moins de 15 000 euros pour deux ans -, des élèves se retrouvent sur le carreau, des professeurs courent après leurs émoluments, des employés attendent leurs salaires… Et beaucoup se demandent qui se cache réellement derrière cette panade.
L’histoire était pourtant belle : dans des locaux flambant neufs, l’école ouvre ses portes à la rentrée 2022 à une trentaine d’étudiants. Justine*, étudiante en première année de Master, s’enthousiasme pour cette « jeune école avec beaucoup d’ambition ». Mais dès le départ, des surprises la font tiquer. « Nous n’avions pas d’accès correct à Internet », se souvient la jeune fille, qui décrit aussi un « problème d’accompagnement pour trouver une alternance, des devoirs jamais corrigés… », mais surtout des « problèmes de personnels ».
« Dès novembre, on a commencé à se poser des questions, raconte Guillaume, étudiant en Master. Des employés disparaissaient du jour au lendemain, et de plus en plus de professeurs ne venaient plus nous donner cours ». Il y a aussi cette escapade à New York, promise par la direction… mais qui n’aura jamais lieu. « Un mois avant le prétendu voyage, on nous a demandé de verser immédiatement 800 euros pour partir, se souvient un des élèves. On ne nous avait jamais prévenus que nous allions devoir payer une telle somme. Nous ne pouvions pas nous permettre de débourser autant en tant qu’étudiants, nous avons donc refusé. »
Mais les mésaventures ne s’arrêtent pas là. Depuis la mi-avril, les cours se font à distance : l’établissement n’a plus de locaux. « On a essayé de nous baratiner avec des problèmes de bailleurs, mais on sait bien que l’école ne peut plus payer ses loyers », soupire une étudiante. Les élèves décrivent des semaines de cours erratiques, avec beaucoup de sessions (à distance) annulées puis remplacées par des temps de « travail personnel ». « La situation est très stressante », convient l’une d’entre elles. Par chance, nombre d’élèves ont choisi un cursus en alternance, et voient leurs frais de scolarité couverts par leur employeur. Ce n’est toutefois pas le cas de George*, qui a souscrit à un prêt de 14 500 euros pour suivre les deux premières années du cursus. Il raconte la même chose que ses camarades : des premiers mois sympathiques, puis des professeurs qui disparaissent sans explication : « On nous disait qu’ils étaient malades, ou devaient garder leurs enfants », se rappelle-t-il.
« Ils ont sali quelque chose d’essentiel : la transmission de la connaissance à des jeunes »
Ce sont en réalité des problèmes d’impayés qui ont amené nombre de professeurs à cesser leur cours à Sup de Sport. L’un d’entre eux a même assigné en référé l’école et sa holding, Global Sport Business, pour récupérer plus de 4 000 euros qui lui étaient dus. « Ils ont sali quelque chose d’essentiel pour moi : la transmission de la connaissance à des jeunes », se lamente-t-il.
Un autre de ses collègues assure ne pas avoir été rétribué pour son travail. À la tête du cours d’organisation du travail, Sébastien Terral réclame environ 2 000 euros à l’école. « Au départ on m’a parlé d’un problème de trésorerie, soupire le prof. Puis on m’a dit qu’on allait revenir vers moi… ce qui n’est jamais arrivé ».
Les salariés de Sup de Sport ne sont pas non plus en reste. Dès le début de son contrat, Antoine*, coordinateur pédagogique, s’étonne du peu de réponses apportées à ses questions sur la logistique de l’école. « Au départ, je me suis dit que c’était normal, que toute jeune école doit bricoler pour commencer », se souvient-il. Mais ce qui s’apparente à du bricolage tourne rapidement à de « l’amateurisme » : « Pour arranger les emplois du temps, on me demandait de faire des choses que je ne cautionnais pas, comme caser des profs sans savoir s’ils correspondaient pédagogiquement, par exemple ». Un autre employé raconte une désorganisation générale. « Lorsque je suis arrivé, j’ai demandé un organigramme : personne n’a pu me le fournir, se rappelle-t-il. Tout était flou. »
Marie*, quant à elle, a été alternante pour l’école en tant que chargée de développement. Dès la fin de l’année 2022, elle commence à recevoir son salaire avec beaucoup de retard. Sa responsable, dans la même situation, finit par s’en aller. « Tout était bizarre, nous n’avons même pas participé à de grands salons étudiant pour promouvoir l’école, je trouvais ça étrange. » Alors qu’elle reçoit des appels d’anciens professeurs et employés mécontents, on lui demande de « réduire les échanges avec les anciens collaborateurs ». Fin mars, son supérieur met fin à son contrat. Encore en attente d’environ 2 000 euros de salaire, elle envisage aujourd’hui de saisir les prud’hommes.
Interdiction de gérer pendant 10 ans
Mais comment expliquer une telle déroute ? Il faut revenir quelques années en arrière pour comprendre les origines de Sup de Sport. Dès 2019, une première école de sport business voit le jour à Guyancourt, sous le nom d’ « EMS Business School ». Dirigé par Mohammed Atig, l’établissement est placé en redressement judiciaire en novembre 2020 puis liquidé en mai 2021. La raison, selon son directeur ? Des difficultés financières liées au Covid 19.
Une version retoquée par le Tribunal de commerce de Versailles, qui pointe l’insuffisance d’actifs de l’école à hauteur d’1,5 million d’euros et signale de nombreuses irrégularités antérieures à la pandémie. Parmi elles, l’absence de déclaration de cessation des paiements dans les délais réglementaires, la non-tenue d’une comptabilité fiable ou encore l’absence de règlement des cotisations sociales. Le tribunal repère aussi de précédentes procédures collectives connues par Atig avec d’autres entreprises. Pour toutes ces raisons, le dirigeant a été condamné à 10 ans d’interdiction de gérer en janvier dernier, mais a l’intention de faire appel de ce jugement.
Suite à ces nombreux soucis, beaucoup d’élèves choisissent de quitter l’école dès 2021. L’établissement ne cesse toutefois pas d’exister. Son logo et son nom changent, et de nouvelles sociétés sont créées pour la prendre en charge : Global Sport Business en mars 2021 et Sup Education Group puis Sup de Sport Business School en avril puis juin 2022. La nouvelle école Sup de Sport voit alors le jour en septembre dernier. Derrière cet enchevêtrement d’entités, plusieurs noms se croisent : Abdessalam Lebbihi, Yasmina Houta, Thomas Chenu… « Je ne connais pas personnellement M. Lebbihi, c’est un parent d’élève qui a décidé de reprendre l’école », indique à l’Informé Mohammed Atig. Pourtant, l’associée originelle de Lebbihi (elle a aujourd’hui cédé ses parts) est Yasmina Houta, cousine de l’épouse de M. Atig. Houta est d’ailleurs actuellement l’unique actionnaire de l’entité Sup de Sport Business School. Par ailleurs, le directeur actuel de l’école Hamid Belkhodja est un ancien employé d’EMS Business School… « Le contexte est édifiant, estime Charles Morel, avocat du professeur qui a poursuivi l’école. Nous avons une multitude de sociétés différentes, ayant toujours un lien de près ou de loin avec M. Atig… il y a clairement un problème juridique avec cette école ».
À en croire les élèves et les employés, le rôle réellement joué par M. Atig dans la nouvelle école Sup de Sport est en effet flou. Auprès de l’Informé, le directeur de l’ancienne école assure avoir occupé après le rachat un poste de « directeur de développement ». Pourtant, plusieurs élèves se souviennent distinctement l’entendre se présenter devant eux comme le « directeur de l’école ». Pendant un moment, son profil LinkedIn affichait ce même poste de « Directeur d’établissement d’enseignement supérieur » chez Sup de Sport depuis avril 2021. Aujourd’hui, il affiche seulement le sobre titre de « Directeur du Développement et des Partenariats » de l’école. « J’ai cessé mon activité en octobre dernier, je n’étais pas payé », indique aujourd’hui Atig à l’Informé.
L’ensemble des élèves, professeurs et personnels mécontents travaillent aujourd’hui à la création d’un collectif pour poursuivre pénalement l’école en justice. Par ailleurs, le 7 avril dernier, Lebbihi, sous le prénom de Rayan et non d’Abdessalam, a envoyé une lettre ouverte à l’ensemble des étudiants. Dans cette missive, le chef d’entreprise a mis en garde les élèves contre « l’ingérence et l’égarement qui ne servira que les intérêts des personnes qui [les] auront manipulés, avec à la clé la perte de [leur] année. » « Rayan » Lebbihi y évoque aussi l’ouverture d’une procédure collective, pas encore enregistrée par le Tribunal de commerce, selon nos informations.
Contactés, Abdessalam Lebbihi et Hamid Belkhodja, actuel directeur de Sup de Sport, n’avaient pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.
* Les intéressés ont demandé à être cités sous couvert d’un prénom d’emprunt.