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Continuer la lectureÉcole alsacienne : en pleine guerre de succession, des personnels accusés de comportements « déplacés »
Des professeurs et un salarié du célèbre établissement privé parisien font l’objet de signalements à la procureure de la République concernant leurs agissements envers des élèves ou collègues. La gestion de ces affaires divise les parents.
Gabriel Attal, Arnaud Montebourg, Léa Salamé, Arthur Sadoun, Thierry Breton… Hommes politiques, ambassadeurs, patrons du CAC 40, acteurs, l’École alsacienne, établissement privé sous contrat, a vu passer sur ses bancs le gotha parisien. Mais depuis quelques mois, la célèbre institution du 6e arrondis...
Dans un premier cas, le plus récent, il s’agit de faits survenus lors d’un voyage scolaire des classes de 5e à Rome, durant quatre jours en mai. « Plusieurs parents m’ont fait part de leurs vives préoccupations concernant le comportement inapproprié d’un personnel, à la fois vis-à-vis d’élèves et d’une autre personne en charge de leur encadrement », peut-on lire dans cette missive. Selon nos informations, un accompagnant serait rentré dans la chambre des jeunes filles sans raison, en état d’ébriété, et aurait tenu des propos grossiers répétés à l’égard des élèves de la classe dont il avait la charge. Il aurait également harcelé une accompagnatrice d’une vingtaine d’années qui, selon nos informations, a porté plainte. La présidente précise que cet employé a été suspendu immédiatement à titre conservatoire et indique qu’« eu égard à la gravité des faits », elle a procédé à un signalement auprès de la procureure de la République au titre de l’article 40, qui oblige les personnes ayant autorité à dénoncer des éléments dont elles auraient connaissance dans le cadre de leurs fonctions.
Si l’annonce a causé autant d’émoi au sein de la communauté de l’école, c’est aussi car le mis en cause avait déjà été épinglé par le passé. « Cet épisode est d’autant plus inexcusable que cette même personne avait déjà fait l’objet d’une sanction en 2023 pour des faits similaires », indique un parent. Dans le procès-verbal du Comité social et économique du 11 avril de cette même année, la référente harcèlement mentionne des agissements « qualifiables de harcèlement sexuel de la part d’un salarié à l’égard d’une autre salariée ». À l’époque, le directeur, Pierre de Panafieu estime alors qu’il s’agit « de propos déplacés et graveleux (...) à l’égard d’une jeune salariée ». Et d’ajouter, le fautif « a été sanctionné de trois jours de mise à pied avec suspension de salaire ». La référente s’inquiétait déjà à l’époque d’un futur voyage à Rome : « je ne veux pas être responsable s’il arrive quoi que ce soit ». Un argument balayé par le directeur indiquant que ce voyage relève de sa responsabilité. « S’il y a récidive, ce sera un licenciement », ajoutait-il.
Pour tenter d’éteindre le scandale, Pierre de Panafieu et ses adjoints ont organisé une réunion en visioconférence lundi 8 juin afin de répondre aux questionnements des parents d’élèves. Les micros ayant été éteints, c’est sur le « chat » que les participants se sont lâchés : « Pour quelle raison ce membre du personnel non enseignant a-t-il été retenu pour encadrer ce voyage, plutôt qu’un professeur ? », écrit un parent, qui s’étonne, comme d’autres, d’une sanction « légère ». « C’est un membre du personnel qui a accompagné une cinquantaine de voyages scolaires, sans qu’aucun problème ne nous soit remonté dans ce contexte, et qui n’a jamais eu de comportement déplacé à l’égard des élèves, s’est défendu Pierre de Panafieu. Il est clair que les faits qui font l’objet d’une plainte et d’un signalement aujourd’hui sont d’une nature et d’une gravité sans commune mesure avec ce que nous avions eu à traiter précédemment. »
Deux professeurs soupçonnés
Mais cet incident n’est pas isolé. Dans son courrier, la présidente du conseil d’administration indique que deux autres cas lui ont depuis été révélés. Il s’agit selon elle de deux professeurs de l’école ayant eu un « comportement inapproprié au cours du 2e semestre 2025 ». Dans le courrier, elle juge que ces faits ont fait l’objet d’une « prise en charge défaillante » et de prises de décisions individuelles dont « l’inadaptation aux faits rapportés interroge ». Selon nos informations, le premier mis en cause aurait gardé une élève en tête à tête en classe à la fin d’un cours pour avoir une discussion à caractère personnel l’ayant mise mal à l’aise, jusqu’à demander un 06. Une autre élève évoque un geste sur les épaules lors d’un cours. Ce professeur a depuis quitté l’établissement sans avoir fait l’objet d’une sanction. Le second enseignant, intervenant de longue date dans l’école et toujours en poste, aurait diffusé sur sa chaîne YouTube des cours dispensés au lycée, sans en avoir averti les élèves et en tenant des propos vulgaires jugés homophobes, racistes ou à connotation sexuelle. La présidente indique dans son courrier avoir fait un second signalement auprès de la procureure de la République concernant ces deux professeurs, « eu égard à la gravité des faits dont il n’a à aucun moment été rendu compte au conseil d’administration par la direction de l’École alsacienne ».
De quoi susciter des questions sur la gestion du directeur Pierre de Panafieu de ces différents incidents. Dans une lettre écrite par la suite, l’association des parents d’élèves indique avoir, dans les cas mentionnés, « relayé auprès de la direction les alertes de parents » et découvrir aujourd’hui « que certaines de ces situations n’auraient pas reçu les suites qui avaient été annoncées : transmissions aux autorités compétentes - rectorat, services de police - ou, lorsque les circonstances l’exigeaient, signalement au procureur de la République ». « Cette situation soulève des interrogations légitimes sur le traitement de ces alertes et le respect des obligations qui s’imposent, écrit encore le président de l’association. Les familles attendent de l’école que toute la lumière soit faite, dans les meilleurs délais, sur les dysfonctionnements constatés. » Un cabinet externe, Telus Health, a également été mandaté pour réaliser une enquête sur tous ces éléments.
La crise de succession n’arrangeant rien à l’affaire, la présidente précise en effet avoir dû procéder elle-même à ces signalements et « prendre toutes ces décisions urgentes » compte tenu du fait que « Pierre de Panafieu n’a pas, à date, signé le mandat de gestion et de délégation de pouvoirs » qu’elle lui a transmis pour qu’il réintègre ses fonctions de directeur et de chef d’établissement. Questionné sur les faits lors de la visioconférence, celui-ci s’est appliqué à rassurer les parents et à se défendre d’un quelconque manquement. « Ce sont des cas rarissimes à l’école et ils ont été traités avec le plus grand sérieux. » Sur les incidents concernant les deux professeurs, qui se sont produits lorsqu’il était toujours directeur, il indique avoir eu l’intention de faire un signalement, mais avoir renoncé faute d’avoir la totalité des éléments et craignant une riposte pour calomnie. Pour le second cas, le directeur admet des « propos ignobles » de la part du professeur, constituant un « manquement inadmissible, mais (...) unique ». « Pour l’intérêt des élèves, il fallait faire en sorte que le cours puisse continuer : le professeur a été entendu et a présenté ses excuses. »
De nombreux parents d’élèves ont pris sa défense sur le chat de la visio. D’aucuns considèrent même que ces différentes affaires sont un épisode de plus dans le conflit entre Pierre de Panafieu et son successeur, voire une attaque en règle contre la direction historique. « J’ai été très choquée par le message ambigu et anxiogène de la présidente du vendredi soir tard... Cela laissait entendre qu’un enfant avait été abusé... alors que la situation était gérée par l’équipe de direction. C’est pénible, en tant que parent, de se sentir instrumentalisé dans une guerre qui ne dit pas son nom. » Un autre abonde : « Les réponses apportées renouvellent notre confiance et rassurent les parents du petit collège inutilement inquiétés. ». Panafieu a conclu son intervention en expliquant « Nous vous devons des informations au regard de ce courrier objectivement inquiétant. Nous faisons en sorte que la sécurité de tous soit le mieux assurée. (...) Nous n’avons qu’un seul devoir vis-à-vis de vous, c’est le devoir de la sincérité, de la vérité. »
Contactés, Pierre de Panafieu et Elizabeth Barbier-Jeanneney n’ont pas répondu à nos sollicitations avant la publication de cet article.
Fin de règne sous tension à l’École alsacienne
La fin de règne de Pierre de Panafieu à la direction de la célèbre école alsacienne tourne au fiasco. Après avoir œuvré durant près d’un quart de siècle à la renommée de cette institution, le sexagénaire devait prendre sa retraite en 2027. Tout était déjà prévu : il souhaitait laisser les clés à son dauphin, Brice Parent. Mais le conseil d’administration en a décidé autrement. Dès 2025, ce dernier a choisi Nicolas L’Hôtellier, proviseur du lycée français de Sydney, en Australie. Un choix contesté par des parents mais aussi par Pierre de Panafieu lui-même. Malgré un nouveau vote du conseil d’administration allant dans le même sens, la grogne n’est pas retombée et une procédure de licenciement pour faute grave contre Panafieu a été ouverte en février. Mais ce dernier a saisi les prud’hommes qui ont décidé d’annuler le licenciement et de le réintégrer en mai dernier. Derrière cette guerre de pouvoir, les parents choisissent leur camp et échangent des messages acides sur plusieurs boucles WhatsApp créées pour l’occasion. Le conflit mobilise au-delà de l’école puisque trois anciens ministres de l’éducation (Vincent Peillon, Jack Lang et Pap N’Diaye) mais aussi Gabriel Attal ont pris la plume pour apporter leur soutien à Panafieu selon le Monde.