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Continuer la lecturePlainte, harcèlement sexuel, fake news… fin d’année sous haute tension à l’École alsacienne
En plus de se déchirer sur le nom du futur directeur, les parents d’élèves du prestigieux établissement parisien divergent sur le traitement d’une plainte déposée par une femme contre un membre du personnel.
Le mois de juillet est habituellement synonyme de vacances et d’insouciance dans les écoles. Et, ce d’autant plus dans la prestigieuse École alsacienne, où sont inscrits des enfants d’acteurs, d’ambassadeurs et de personnalités politiques, qui avait des airs de paradis éducatif jusqu’à ces derniers mois. Mais cette belle image n’est plus qu’un lointain souvenir depuis qu’une lourde crise de succession a éclaté, fin 2025. Qui peut dire aujourd’hui ce qu’il va advenir à la rentrée de septembre, et surtout, qui va prendre la direction de cette école privée sous contrat ? Le 27 juin, le futur chef d’établissement nommé par le conseil d’administration a posté une publication sur LinkedIn : « J’aurai bientôt l’honneur de rejoindre l’École alsacienne, après cinq années passionnantes à la tête du Lycée Condorcet de Sydney ». Cherchait-il à démentir une fake news, circulant depuis quelques jours entre les parents d’élèves, laissant entendre qu’il aurait abandonné le projet de diriger « l’Alsa » ?
Un tel renoncement aurait constitué une victoire inespérée pour les soutiens de l’actuel chef d’établissement Pierre de Panafieu, rangés derrière la candidature interne de Brice Parent, le dauphin qu’il a désigné. Depuis, les tensions n’en finissent pas entre les partisans de Panafieu d’un côté, qui remettent en cause le pouvoir du CA, et de l’autre ceux qui soutiennent celui-ci. Au point d’entraîner en février le licenciement pour faute grave du directeur historique, qui a depuis été réintégré par une décision des prud’hommes de Paris. Mais concomitamment à ces bisbilles de gouvernance ont émergé des accusations plus graves après un voyage scolaire à Rome, fin mai 2026 : comme nous l’avons révélé, une jeune accompagnatrice du séjour a adressé un signalement à la direction, où elle dénonce des faits pouvant s’apparenter à du harcèlement sexuel de la part d’un membre du personnel. Ces faits ont donné lieu à une plainte au pénal de la jeune femme, puis à un signalement auprès du procureur de la république de la part de la présidente du CA. Celle-ci l’a aussitôt indiqué à l’ensemble de l’école, dans un mail envoyé tard un vendredi soir, provoquant l’émoi chez les parents d’élèves.
Voyant dans ce courrier une manœuvre destinée à affaiblir Panafieu, un groupe de parents rassemblés dans une nouvelle association, Ad Nova, a diffusé un courrier à ses adhérents, où il affirme que « les faits portés à notre connaissance, s’ils sont préoccupants, ne correspondent pas à des violences ou à des abus commis sur des élèves ». Avant de regretter la méthode du CA, consistant selon eux, dans les grandes lignes, à monter ces faits en épingle pour nuire à la direction. Une minimisation, selon la plaignante, qui l’a poussée à prendre la plume début juillet pour leur répondre et livrer sa version. Dans cette missive, diffusée à l’ensemble de la communauté de l’école, elle assure que le comportement du membre du personnel mis en cause a aussi pu viser des enfants. « Après avoir lu la manière dont vous résumez les faits que j’ai vécus, je ne peux pas rester silencieuse, commence-t-elle. En lisant votre texte, j’ai ressenti une immense colère. Vous réduisez ce que j’ai (et d’autres) ont vécu à de simples messages non désirés. Cette formulation est insultante. Elle efface la violence de ce que j’ai subi et elle manque profondément de respect envers les autres victimes ».
La jeune femme évoque « des centaines de messages » reçus de la part de ce membre du personnel depuis deux ans. « Ce n’était pas de la maladresse. Ce n’était pas une incompréhension. C’était du harcèlement », estime-t-elle, assurant que son interlocuteur « ne comprenait pas qu’une femme puisse dire non ». Un « signal d’alarme » à ses yeux, autant pour elle que pour les élèves. « Pendant le voyage de Rome, j’ai dormi enfermée dans une chambre avec une autre accompagnatrice, parce que j’avais peur », poursuit-elle. Elle affirme aussi que l’homme aurait eu « des gestes et des comportements déplacés » sous l’effet de l’alcool. « Oui, il buvait devant vos enfants. Il était ivre », dit-elle, confiant avoir recueilli les confidences d’élèves lors du voyage. « Ce sont des enfants qui ont dû assister à des scènes qu’ils n’auraient jamais dû voir ». Elle conclut en assurant ne pas vouloir nuire à l’école, qu’elle « aime profondément » en tant qu’ancienne élève, mais regrette que « la réputation d’une institution compte davantage que la parole de ceux qui ont souffert. »
Après cette alerte, la direction de l’établissement a suspendu ce membre du personnel visé par ces accusations, et selon nos informations, une procédure de licenciement est en cours. Interrogé, il n’a pas souhaité s’exprimer sur ces faits. Mais l’affaire met en lumière de potentiels dysfonctionnements internes car cet homme avait déjà fait l’objet de deux signalements et d’une sanction disciplinaire par le passé - déjà pour des faits pouvant s’apparenter à du harcèlement sexuel. Selon Pierre de Panafieu, ce membre de l’administration avait pourtant accompagné de nombreux voyages sans qu’un problème ne soit remonté. « Il est clair que les faits qui font l’objet d’une plainte et d’un signalement aujourd’hui sont d’une nature et d’une gravité sans commune mesure avec ce que nous avions eu à traiter précédemment », avait indiqué le directeur lors d’une visioconférence où de nombreux parents l’ont assuré de leur soutien.
« De gros efforts de préventions sont faits à l’École alsacienne pour prendre au sérieux les violences comme le harcèlement et les traiter, juge Hélène Roques, présidente de l’ADGPPE*, une association de parents, et membre d’Ad Nova. On ne peut pas faire à l’école le procès de minimiser ces sujets-là », en ajoutant être « très consciente de ce fléau ». « S’il y a eu des dysfonctionnements, j’espère qu’il y aura des enquêtes et qu’elles iront jusqu’au bout », dit-elle, avant d’espérer que « la direction et le CA pourront travailler dans l’apaisement ». On en est encore loin, car différentes procédures sont en cours, aux prud’hommes et devant d’autres juridictions, notamment pour contester le pouvoir du conseil d’administration.
Comme si cela ne suffisait pas, une autre affaire vient de surgir, et divise les professeurs de l’établissement. Le magazine, Elle, vient de publier une enquête révélant une relation survenue en 2017 entre un ancien élève âgé de 16 ans à l’époque et sa professeure d’histoire-géographie, accusée aujourd’hui de « violences sexuelles ». Elle a été suspendue en 2024 puis est passée en commission disciplinaire l’an dernier pour une suspension de deux ans. Une affaire qui divise aussi en interne.
*Association pour la défense de la gouvernance et du projet pédagogique de l’école
Les représentants du personnel attaquent en justice le conseil d’administration
Les élus du conseil économique et social (CSE) de l’École alsacienne montent au front à leur tour. Selon nos informations, ils ont saisi le tribunal judiciaire de Paris en référé fin juin pour interdire la réorganisation décidée par le conseil d’administration car le CSE aurait dû, selon eux, être consulté. Le CA souhaite créer deux postes de directeurs supplémentaires, dont un poste d’adjoint confié à Nicolas l’Hotellier à la rentrée, personnalité amenée à succéder ensuite à Pierre de Panafieu en 2027. À cela s’ajoute la mise sur pied d’un comité spécialisé du conseil, chargé de veiller « au bon déroulement » de cette transition et une mission de réflexion sur la « réforme des statuts de l’association et la rénovation du dialogue institutionnel. » Les syndicats estiment que ces trois points auraient dû faire l’objet de discussion en CSE. Ils viennent d’être déboutés ce jeudi.