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Continuer la lectureTrésorerie, immobilier, subventions… les bons comptes de l’école Stanislas
Au cœur de la tourmente suite à l’affaire Oudéa-Castéra, l’institution scolaire privée sous contrat affiche depuis des années une santé économique florissante.
Tenues vestimentaires ultra-codifiées, cours d’instruction religieuse obligatoires, pratique du latin imposée… Dans les couloirs de Stanislas, au cœur du 6e arrondissement de Paris, on défend des règles et un « esprit ». Un certain sens de la discrétion aussi… Mais depuis une semaine, cette école catholique, qui accueille les enfants de la maternelle aux classes prépa, se retrouve bien malgré elle sous le feu des projecteurs, objet de polémiques à répétition. D’abord, on a appris que la nouvelle ministre de l‘Education Amélie Oudéa-Castéra y scolarisait ses enfants. Ensuite, Médiapart vient de révéler un rapport d’inspection sévère remis au ministère de l’Education Nationale sur son compte. Le document recommande que l’école privée sous contrat se mette en conformité avec la loi.
Cela pèsera-t-il sur le petit business de l’établissement ? Car Stan, c’est une entreprise, une société anonyme à but lucratif pour être précis. « Alors que la quasi totalité des écoles catholiques sont des associations à but non lucratif, Stanislas est une exception », souligne l’ancien recteur et expert du sujet Bernard Toulemonde. Et la PME tourne bien, avec des revenus en hausse d’année en année. Pour l’exercice clos fin août 2022, l’institution a enregistré un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros, le double de 2004. Le bénéfice d’exploitation s’élevait à 294 273 euros, et le bénéfice net à 150 153 euros. La petite entreprise dispose également d’une solide trésorerie de 3,4 millions d’euros, mais supporte une dette financière de 16 millions d’euros. « La politique est de ne pas distribuer de dividende aux actionnaires », indique un administrateur.
Le gros de son chiffre d’affaires provient des frais de scolarité versés par les parents. Comptez 2 027 euros pour une inscription annuelle à l’école, 2 238 euros pour le collège et 2 561 euros pour le lycée. Mais Stan engrange aussi 3,8 millions d’euros par an provenant d’activités diverses. Le groupement loue notamment un bâtiment à l’Isep, école d’ingénieurs du numérique privée, ainsi qu’un parking au groupe Indigo, ancienne filiale de Vinci. Car l’établissement dispose d’un vaste ensemble d’une superficie de trois hectares, avec des bâtiments dont la valeur brute au bilan est de 70 millions d’euros.
2,7 millions d’euros de subventions des collectivités territoriales
Le meilleur lycée privé de France (selon le classement du Figaro) peut aussi compter en grande partie sur l’argent public pour assurer son fonctionnement. D’abord, sur l’année 2022-23, Stanislas a touché selon nos informations près de 2,7 millions d’euros de subventions des collectivités, qui financent les dépenses matérielles (chauffage, entretien, éclairage) et de personnel non enseignant. La moitié a été apportée par la ville de Paris aux écoles maternelles, élémentaires et au collège. L’autre l’a été par la région Île-de-France pour la partie lycée et les classes préparatoires. Ainsi, le lycée Stanislas était en 2023 le lycée privé sous contrat le plus largement subventionné par la région.
En plus de son obligation de verser ces forfaits, la région dirigée par Valérie Pécresse a également décidé d’accorder à l’établissement des subventions facultatives dites extralégales. Au total, 7,7 millions d’euros ont ainsi été octroyés depuis 1997. Repérée par Libération, la dernière subvention de 487 000 euros accordée en 2023 visait à créer un préau et rénover des ascenseurs, des chambres et des sanitaires de l’internat ainsi qu’une salle d’étude. « Aller au-delà de ce que la loi impose est un choix que je combats, nous confie la conseillère régionale et présidente de la Gauche communiste, écologiste et citoyenne Céline Malaisé. D’autant plus que lorsque la dernière subvention a été votée en juillet 2023, nous savions qu’une enquête avait été ouverte sur Stanislas par le ministère de l’Education Nationale et que les témoignages étaient suffisamment alarmants pour au moins ne pas rester passif. »
À cela s’ajoute l’argent versé par le ministère de l’Education Nationale. D’abord, la rue de Grenelle verse une contribution pour financer les salaires de l’encadrement (directeur, intendants…). Son montant dépend du nombre d’élèves, selon une grille fixée par arrêté ministériel. Selon nos calculs, Stan perçoit ainsi au moins 1,5 million d’euros par an.
Mais le plus gros chèque du ministère paye le salaire des profs. Si son montant est inconnu, une enquête du Monde a montré que le lycée était plutôt bien loti. Il bénéficie d’une dotation de 1,13 heure par élève et par semaine, plus que la moyenne des lycées publics généraux parisiens (1,1).
L’école avait été rachetée par des anciens élèves en 1904. Aujourd’hui, l’association des anciens élèves est toujours l’actionnaire majoritaire. À ses côtés on trouve des personnes physiques, l’association de parents d’élèves, et l’Association des foyers Guynemer pour Étudiants. Enfin, en 2013, a été créée une Fondation Stanislas pour l’éducation, qui a reçu en dotation une part du capital, et dont l’objectif est de partager le modèle Stan avec d’autres écoles. Aussi, plusieurs chefs d’entreprise composent le conseil d’administration de Stanislas, comme Pascal Simonin, dirigeant de Valocîme, Olivier Maes, PDG d’Oak Grove International, ou encore Aymeric Le Clere, qui travaille pour Agache, la holding familiale de Bernard Arnault.
Pédopornographie : le licenciement du surveillant de l’internat confirmé
En 2018, l’établissement parisien a licencié pour faute grave Olivier P., un préfet (équivalent du surveillant) de l’internat des classes préparatoires, comme l’a révélé le Monde. Il lui était alors reproché d’avoir consulté des sites pédopornographiques depuis son ordinateur de bureau. Des faits démentis par l’intéressé, mais étayés par un huissier. Selon nos informations, l’ancien salarié a contesté son licenciement aux prud’hommes, qui l’ont débouté et condamné à payer 12 000 euros de dommages à son ex-employeur. Tenace, il a contesté cette décision et réclamé 266 430 euros d’indemnités… En vain : l’an dernier, la cour d’appel a jugé le licenciement fondé, et condamné Olivier P. à verser 10 000 euros à « Stan » « en réparation de son préjudice moral et de réputation ». Toutefois, l’ex-surveillant a obtenu 35 200 euros en paiement d’heures supplémentaires non payées.
L’arrêt d’appel indique que l’huissier a, sur une période d’un mois et demi, « mis en évidence 1 402 résultats ou connexions sur des sites pornographiques donnant accès à des photographies d’adolescents ayant des relations sexuelles. Le nom des adresses des sites internet consultés (tels que nudeteenboys, freeteenboys.net, boysbriefs.con par exemple) tend à confirmer des recherches de photographies de jeunes adultes mais aussi de garçons mineurs ou ayant l’aspect de mineurs, nus et dans des positions sexuelles explicites ». Les juges d’appel ont ajouté qu’Olivier P. était « chargé de la surveillance de garçons âgés de 16 à 19 ans ». Parallèlement, l’école catholique a effectué un signalement au parquet, qui a ouvert une première enquête préliminaire classée sans suite, puis une seconde après de nouveaux témoignages. Contactée, l’avocate d’Olivier P., Claire de Vogue, n’a pas répondu.