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Pourquoi Parcoursup refuse toujours de dévoiler l’intégralité de son algorithme

Faite dans l’urgence, la plateforme contiendrait toujours trop de vulnérabilités pour que son code soit rendu public.

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JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP

Parcoursup restera une énigme. Lancée en 2018, cette plateforme gère les vœux d’affectation des lycéens après le Bac… Sans que grand monde n’y comprenne grand-chose. Depuis plus de trois ans, une association bataille pour percer les mystères de cet algorithme devenu la bête noire de bien des familles. Demande au ministère de l’Enseignement supérieur, démarches auprès de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada)... Le collectif Ouvre-boîte a aussi saisi le tribunal administratif de Paris. En vain : les juges viennent d’autoriser le gouvernement à maintenir secret le code source de sa machine. Seul (petit) lot de consolation : à l’audience, l‘administration s’est engagée à le publier en intégralité d’ici décembre 2029, relate à l’Informé Michel Blancard, administrateur et fondateur d’Ouvre-boîte. Contacté, le ministère n’a ni confirmé ni infirmé cette information, se contentant de déclarer n’avoir « pas de commentaire complémentaire à la décision de justice » à apporter.

Au départ, l’exécutif s’était pourtant voulu transparent. Il avait de lui-même mis en ligne l’algorithme de Parcoursup en juillet 2018, conformément à une promesse faite par Emmanuel Macron quelques mois plus tôt. Enfin, seulement une partie… Début 2020, un rapport de la Cour des comptes pointait qu’en réalité 1 % de toutes les lignes de code et à peine 2 % des fichiers produits étaient publiés. Quelques mois plus tard, en juin 2020, Ouvre-boîte entamait alors son combat pour que le fonctionnement de l’algorithme soit pleinement révélé mais tombait sur un drôle d’os : le dispositif est trop fragile pour être rendu public.

En effet, l’ouverture des données de l’administration peut être temporairement bloquée si cela présente un risque de sécurité informatique. Or, un audit figurant dans le rapport de la Cour des comptes a qualifié de « médiocre » la qualité du code de Parcoursup et fait état de « nombreuses violations critiques ». L’application présentait, selon les experts, un « niveau de risque élevé », pouvant aller jusqu’à « la rupture de service » et elle n’était « pas non plus à l’abri d’une intrusion ». La faute à un développement réalisé « en urgence », selon les mots de la Cour, le qualifiant même d’ « artisanal ».

Les choses se sont toutefois améliorées. « La plupart des failles critiques identifiées ont depuis été corrigées », selon la Cada, et « les moyens humains de l’équipe informatique consacrée à Parcoursup ont été renforcés. Des efforts ont par ailleurs été fournis pour une montée en qualité du code. » L’application est en cours de refonte et le nouveau code est publié au fur et à mesure sur la plateforme de développeur informatique FramaGit. Des lignes réécrites et sécurisées ont d’ailleurs été mises en ligne en juillet dernier.

La sécurité informatique d’abord

Mais le ministère considère toujours sa machine trop fragile pour que le capot en soit soulevé. Publier le code source ouvrirait des risques potentiels d’intrusion pouvant engendrer des pertes ou des vols de données personnelles et des fraudes, a-t-il plaidé devant la Cada. Un argument pris en compte par la commission, mais jugé insuffisant : « Les avancées (…) ne sont (…) pas à la hauteur des enjeux », a-t-elle estimé. Aussi, elle « déplore que [le ministère] soit dans l’incapacité de lui indiquer » quand est prévue la fin de la refonte. C’est pourquoi, elle a donné un avis favorable à la demande d’Ouvre-boîte en janvier 2022. Mais le tribunal administratif en a décidé autrement ce 2 novembre, faisant passer la sécurité informatique avant la transparence : « Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l’extrait des recommandations du prestataire externe en cybersécurité du ministère (…), que la publication en ligne du code source complet de l’application Parcoursup en laisserait apparaître les vulnérabilités et serait, ainsi, susceptible de porter atteinte à la sécurité des systèmes d’information de l’administration », a justifié le juge. De quoi doucher les espoirs de l’association… et de bien des parents.

Le précédent Unef
Le chemin de croix d’Ouvre-boîte va sûrement rappeler des souvenirs à l’Unef. L’association étudiante avait saisi la justice pour que l’université des Antilles dévoile son algorithme. En plus du code du ministère, les facs et les écoles ont accès à « un outil d’aide à la décision » sur Parcoursup qu’ils peuvent paramétrer à leur guise en favorisant tel ou tel critère pour le classement des candidatures. Le tribunal administratif de la Guadeloupe avait d’abord donné raison à l’Unef avant que le Conseil d’État ne se range du côté de l’université en juin 2019, au motif que « seuls les candidats sont susceptibles de se voir communiquer les informations relatives aux critères et modalités d’examen de leurs candidatures ainsi que les motifs pédagogiques qui justifient la décision prise ». L’association avait également sollicité le Conseil constitutionnel qui a ouvert une brèche en 2020, en considérant que les établissements pouvaient publier un rapport indiquant les critères en fonction desquels les candidatures ont été examinées et les algorithmes utilisés.