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Continuer la lectureLuc Besson devra verser un gros chèque à un dirigeant placardisé
Le réalisateur producteur avait progressivement supprimé toutes les fonctions de l’ancien directeur du projet de la cité du cinéma à Saint-Denis.
Décidément, la cité du cinéma de Saint-Denis n’aura ramené que des ennuis à Luc Besson. Inauguré en 2012, ce vaste ensemble regroupant bureaux, studios et école de cinéma a coûté une fortune : 170 millions d’euros. Le projet a plombé les comptes de l’empire Besson, qui s’est placé en procédure de sau...
Embauché en 2002 comme attaché de direction puis secrétaire général de Front Line, l’intéressé était devenu en 2007 directeur des opérations de Mondialum. Cette société, créée par Luc Besson, chapeautait les développements du réalisateur hors du 7e art : la cité du cinéma bien sûr, mais d’autres projets qui ne verront jamais le jour dans l’imagerie médicale, le traitement thermique du bois, ou les loisirs (il avait notamment imaginé un centre dédié à la plongée sous-marine baptisé Atlantis explorer ou Blue experience). Fort généreusement, l’artiste avait associé au capital de Mondialum Paul Kistner (4 %), son vieil associé Achille Delahaye (24 %) et l’avocat Didier Martin (24 %). Payé 9 167 euros par mois, Paul Kistner, également membre du directoire de l’entreprise, était chargé du projet de cité du cinéma, entre autres responsabilités.
Mais rapidement, Luc Besson a décidé de confier Front Line à Christophe Lambert, nommé directeur de la stratégie et du développement de la structure, puis directeur général en 2010. Ce publicitaire flamboyant, ami de Nicolas Sarkozy (locataire de l’Élysée à cette époque), décroche alors le soutien du gouvernement (et donc de la Caisse des dépôts) pour financer la cité du cinéma.
Dans le même temps, Paul Kistner est placardisé. Comme l’ont écrit les juges des prud’hommes, « à compter de novembre 2008, ses fonctions de gestion lui ont progressivement été retirées, ses fonctions opérationnelles ont été considérablement réduites, et ses fonctions de management lui ont été progressivement soustraites. Il n’a plus eu de bureau individuel, et son abonnement taxi lui a été retiré… Alors que deux nouveaux salariés de la société holding ont peu à peu repris les missions initialement dévolues à M. Kistner, M. Kistner s’est vu privé d’assistante et de bureau individuel, écarté des réunions stratégiques, puis le projet Atlantis explorer/Blue expérience lui a été retiré, sans que de nouveaux projets ne lui soient confiés. » Un mouvement confirmé par l’ancienne assistante du dirigeant : « du point de vue opérationnel, il a été écarté de plusieurs dossiers… Cela affectait beaucoup M. Kistner. J’ai été contrainte d’observer la réduction des prérogatives de M. Kistner, de son influence sur les affaires, de sa crédibilité. »
Finalement, en 2011, le cadre jette l’éponge, et claque la porte. Juridiquement, il estime que son contrat de travail est de facto rompu compte tenu de sa placardisation. Sept mois plus tard, il décide d’attaquer son ancien employeur, et lui réclame 246 183 euros. Après une procédure interminable de huit ans, le conseil des prud’hommes de Paris requalifie son départ en « licenciement sans cause réelle et sérieuse », et lui octroie 141 996 euros. La raison ? « La société, en réduisant tant les moyens que les missions du salarié, a commis des manquements faisant obstacle à la poursuite du contrat de travail ».
Mais Luc Besson n’a pas lâché l’affaire et a fait appel. Sans succès, donc : la cour d’appel a confirmé le jugement de première instance, réduisant simplement euros l’indemnité de licenciement de 60 000 à 30 000 euros. Pour elle, « la société, par la voie de son dirigeant, a réduit les prérogatives et les missions de M. Kistner. Au regard de ses fonctions de directeur opérationnel, des tels agissements de l’employeur étaient fautifs en ce qu’ils privaient M. Kistner de toute perspective quant à son avenir ». L’affaire en restera là, car Luc Besson ne s’est pas pourvu en cassation.
Contactés, le porte-parole de Luc Besson a confirmé nos informations, et l’avocat de Paul Kistner Aurélien Wulveryck n’a pas répondu.
Quand Luc Besson ne veut pas coopérer avec la justice
Un autre affrontement a longtemps opposé Besson et son ancien salarié. Il concernait les 4% de Mondialum détenus par Paul Kistner. Ce dernier, lorsqu’il est parti en 2011, a demandé à se faire racheter ses parts. En vain. Il s'est alors appuyé sur les statuts de la société pour obtenir gain de cause: ce texte imposait qu'on lui rachète ses actions, et qu'en cas de désaccord sur le prix, celui-ci soit fixé par un expert. Il a donc saisi le tribunal de commerce de Bobigny qui en a nommé un. Mais Luc Besson a refusé de payer cette analyse, et de fournir des documents nécessaires. Paul Kistner a alors obtenu du tribunal une injonction de fournir les documents, sous peine d'amende. Mais le réalisateur-producteur n'a pas obtempéré, écopant de 15 000 euros d’astreintes, avant de donner une partie des pièces réclamées. Il a alors dû payer 4 500 euros d'astreintes supplémentaires, plus 6 000 euros pour "résistance abusive". Au total, l’acharnement procédural de Luc Besson lui a coûté 38 000 euros…
Finalement, l’expert a rendu son rapport en 2016, et Luc Besson a racheté les 4% pour une somme estimée à 70 679 euros. Une somme à mi-chemin entre l’estimation du cinéaste (40 000 euros) et celle de son ancien salarié (132 000 euros).