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Continuer la lectureBruel, Jeremstar, Myriam Palomba… l’incroyable offensive de Frédéric Truskolaski contre Public. Partie 3
Via son titre Oops, l’éditeur a violemment attaqué son concurrent, dénigrant ses dirigeantes ou prenant grossièrement la défense de plusieurs stars. Avec un objectif caché que nous dévoilons : racheter son rival. Troisième volet de notre enquête sur Frédéric Truskolaski.
Entre Public et Oops, ce n’est pas juste une question de concurrence dans le monde des magazines people. Entre eux deux, s’est nouée une histoire d’amour contrariée qui s’est terminée dans les prétoires… Mais n’anticipons pas. Le conflit débute en 2018. À l’époque, Public appartient à Lagardère, et O...
L’année suivante, Oops consacre quatre pages à Patrick Bruel. Le magazine explique cette fois que le chanteur est « victime d’un complot [et d’un] plan machiavélique destiné à détruire sa carrière et sa réputation. Derrière ce plan ? Plusieurs revues prêtes à tout pour vendre du papier, quitte à détruire la vie d’un homme ». Sont visés le Parisien mais aussi une nouvelle fois Public et sa directrice : « Myriam Palomba n’a pas hésité à salir le chanteur. L’impartialité est grande, puisque Myriam Palomba n’hésite pas à sous-entendre que le chanteur de 60 ans serait une copie de DSK. Vraiment Mme Palomba ? D’après vous, un artiste français qui aurait fait des avances à des jeunes femmes, est donc relégué au même rang qu’un prédateur sexuel ? » En l’occurrence, Oops s’avère plus royaliste que le roi, car le chanteur n’a jamais attaqué Public.
Et ce n’est pas tout. Oops prend aussi la défense d’Ophélie Winter. Il reproche à son concurrent d’avoir « plongé dans la bassesse la plus totale en révélant au monde à travers des photos dégradantes la détresse dans laquelle elle est actuellement plongée ».
Jeremstar poussé au suicide par Public ?
Mais les attaques les plus virulentes concernent l’affaire Jeremstar, qui a défrayé la chronique en janvier 2018. Public y a alors consacré sa couverture avec le titre « La vermine dans de sales draps ! », et a évoqué « deux plaintes déjà déposées » contre le blogueur dans une affaire de pédophilie. Ces accusations contre Jeremstar feront pschitt : un mois après, deux accusateurs ont retiré leur plainte, puis trois ans plus tard, le parquet a classé sans suite la plainte déposée contre lui pour « viol sur mineur ».
En 2019, Frédéric Truskolaski, dans Oops mais aussi sur son compte Facebook personnel, critique vivement le traitement du JeremstarGate par Public, qualifié de « coup monté », avec la « couverture la plus répugnante de ces 30 années », « ignoble et incroyablement partiale ».
Il s’en prend une nouvelle fois à Myriam Palomba accusée d’avoir « détruit la vie de Jeremstar ». Et cible également Claire Leost, la patronne de la presse magazine de Lagardère, et donc de Public. Il l’accuse d’avoir « monté cette affaire de toute pièce », « organisé un véritable lynchage », « traité Jeremstar de pédophile alors qu’il est innocent », avec « des mensonges et des fausses accusations de pédophilie ». Pire : elle a « voulu tuer Jeremstar contre toutes les règles déontologiques et humaines ». Il affirme que « Jeremstar a tenté de mettre fin à ses jours suite à cette invention ignoble » Et conclut : « ce que vous avez fait Mme Leost est ce qu’il y a de pire dans l’espèce humaine ».
Entre-temps, Jeremstar a porté plainte pour « diffamation » contre Public, ce qui a conduit à la mise en examen de la directrice de la publication de l’hebdomadaire, en l’espèce Claire Leost. Rappelons qu’en matière de diffamation, une plainte entraîne automatiquement la mise en examen et ne préjuge donc en rien de la culpabilité de la personne. Mais le trublion de la presse magazine en fait ses choux gras dans Oops et sur ses réseaux sociaux, en annonçant que Claire Leost était « mise en examen pour avoir monté une fausse affaire de pédophilie », ou pour « avoir poussé à une tentative de suicide Jeremstar en l’accusant faussement de pédophilie ».
Et ce n’est pas tout. Selon Trusko, la dirigeante a agi par « vengeance personnelle », car Jeremstar aurait en 2013 refusé de lui vendre son blog. Cette théorie est développée dans un article s’étalant sur quatre pages dans Oops, qui affirme : « Claire Leost, pour assouvir une soif de vengeance, n’a pas hésité à crucifier sur la place publique Jeremstar, quitte à le pousser au suicide… Une magnifique success story détruite par l’ambition cupide, les manipulations et le désir de vengeance d’une femme : Claire Leost ». L’article est même annoncé en une, alors que la patronne de presse est totalement inconnue du grand public, avec le titre : « Claire Leost (mag Public) : Fausses accusations de pédophilie, mensonges… Elle a tout inventé par vengeance pour détruire Jeremstar ».
Plus étrange encore. Oops n’a pas seulement voulu défendre des people victimes de la presse people, le bimensuel a aussi voulu singer les Échos en publiant plusieurs articles surprenants sur les résultats économiques de Public. Ainsi, en 2018, lorsque le groupe Lagardère met en vente ses magazines (dont Public), paraît un pamphlet intitulé « Pourquoi Arnaud Lagardère veut arrêter la presse ! ». Il indique que les ventes de Public ont été divisées par trois en trois ans. Il tire à boulets rouges sur Myriam Palomba, jugée « incompétente », « responsable de ce fiasco », « complètement larguée ». Et ce n’est pas tout, elle est accusée d’avoir « torpillé le navire », « multiplié les erreurs stratégiques, […] les scoops bidon, les montages grossiers, et les informations non vérifiées ».
Finalement, en 2019, Lagardère cède sa presse magazine (dont Public) au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, qui reconduit à leurs postes Claire Leost et Myriam Palomba. Les attaques de Oops s’intensifient alors. Cette fois, Myriam Palomba serait coupable d’un recul des ventes de 30 %, de « mentir délibérément à ses lecteurs en décidant de faux scoops », de « ne pas connaître l’expression ‘présomption d’innocence’ », et de « jeter un homme en pâture et ruiner sa vie, sans se soucier des conséquences ».
Même traitement pour Claire Leost, qui se voit reprocher une « division par quatre » des ventes de Public depuis son arrivée en 2014, « un désastre » (en réalité, les ventes en kiosques ont seulement été divisées par 2,5 sur la période, selon l’ACPM). Et quasiment tous les autres magazines qu’elle dirige « se cassent la figure avec des pertes de ventes spectaculaires ». Mieux : la patronne de presse « fait croire à son pigeon milliardaire Daniel Kretinsky que tout allait bien ». Cerise sur le gâteau : elle est qualifiée de « bête », « aigrie », d’avoir « oublié tous les codes et l’éthique du métier de journaliste », et de « nourrir une haine tenace contre les hommes qui réussissent ». Le trublion de la presse magazine demande même à Daniel Kretinsky de « mettre à pied Claire Leost qui a fait une faute professionnelle ».
Même le physique de Myriam Palomba n’est pas épargné. Oops publie d’abord une photo d’elle avec les dents jaunies. Puis Voiri, un de ses autres titres, publie un article intitulé « Sorcières aux dents jaunes ou pas ? ». Il présente deux photos de la future chroniqueuse de Touche pas à mon poste, l’une avec les dents blanches et l’autre avec les dents jaunes, et sous-entend qu’elle aurait retouché la photographie pour cacher leur véritable couleur. En réalité, sur la photo d’origine, la journaliste a bien les dents blanches, et elles ont été artificiellement jaunies par Oops et Voiri.
Un tsunami médiatique sur Daniel Kretinsky
Les deux dirigeantes ne se laissent pas faire, et portent plainte pour diffamation. Et ces procès ont révélé les intentions cachées de Frédéric Truskolaski en publiant tous ces articles étranges : il voulait racheter Public. Il le dit clairement au nouveau propriétaire du titre, Daniel Kretinsky, dans des e-mails révélés lors des procédures. Il raconte d’abord avoir demandé un rendez-vous pour « parler du rachat de Public » à Claire Leost, qui n’a pas donné suite, ce que Trusko juge malpoli… Il ajoute que Myriam Palomba et Claire Leost « n’ont pas les compétences pour diriger » l’hebdomadaire.
Mais il parle surtout de la plainte de Jeremstar contre Public. Dans ses courriels, il explique que des journaux « influents » comme le Canard enchaîné, Mediapart, ou le Monde vont se pencher sur l’affaire, qui « deviendra totalement hors de contrôle ». Il prédit que le procès va être « un tsunami qui va impliquer des termes de ‘pédophilie’ sur Public, et le témoignage de plusieurs enfants dont les témoignages ont été totalement manipulés et falsifiés par Claire Leost et Myriam Palomba… Quand Public et CMI [groupe de Daniel Kretinsky] seront condamnés pour avoir accusé un jeune homme de pédophilie alors qu’il est innocent, en utilisant de faux témoignages d’enfants, c’est un tsunami médiatique qui va tomber sur votre groupe en France et vos ambitions dans notre pays ». Bon prince, Trusko se pose en sauveur et propose une solution « gagnant gagnant » : « je reprends Public AU PLUS VITE (c’est capital)… Ce sera donc moi qui prendrais toute l’opprobre de la presse sur ma réputation et mon honneur, mais j’y suis prêt ».
Hélas, Daniel Kretinsky décline ce généreux sacrifice. Frédéric Truskolaski ne lâche pas l’affaire pour autant, et sollicite alors le bras droit du Tchèque, Étienne Bertier. Il évoque l’affaire d’Outreau, et assure qu’il faut « faire revenir la morale » au sein des magazines rachetés par l’oligarque… Sans plus de succès.
Finalement, la catastrophe annoncée ne s’est pas produite. Fin 2021, Jeremstar a perdu son procès en diffamation contre Public, parvenant seulement à faire condamner l’hebdomadaire pour injure suite à l’emploi du mot « vermine ». Un verdict confirmé en appel un an plus tard.
Un mobile caché au lecteur
Au final, cette série d’articles et de posts a valu à Frédéric Truskolaski trois condamnations successives pour « diffamation », et à payer au total 35 500 euros en amendes, dommages et frais de justice, non versés à ce stade [*]. Le premier jugement avait été révélé par la Correspondance de la presse. Notre homme a aussi été condamné à publier un des jugements en une de Oops, ce qu’il n’a pas fait. Il a contesté deux des trois condamnations. Son premier appel a été rejeté, le second est en cours.
Pour sa défense, Trusko a expliqué avoir voulu « dénoncer le traitement violent et injuste subi » par Jeremstar, qui a suscité chez lui une « indignation légitime ». Mais comme preuve, il ne fournit que sept coupures de presse, dont deux publiées après ses propres pamphlets. Parallèlement, l’avocate de Jeremstar a démenti avoir tenu les propos qui lui étaient attribués dans Oops.
Dans l’affaire Leost, le tribunal a donc estimé que « la mauvaise foi de M. Truskolaski est caractérisée », car il « ne disposait d’aucun élément factuel ou tangible ». D’autant que « M. Truskolaski, pour être directeur de publication lui-même, était nécessairement conscient que la mise en examen de Mme Leost découlait de sa qualité de directrice de publication, et ne présageait en rien de la réalité des faits ». Mais, « en dépit de l’absence d’élément probant, M. Truskolaski a choisi de mettre en cause publiquement Mme Leost dans des termes outranciers, allant jusqu’à appeler M. Kretinsky à la limoger… Mme Leost a été présentée comme une personne particulièrement vile aux yeux du public, mais également auprès de M. Kretinsky, dans une entreprise de déstabilisation professionnelle. »
Surtout, dans les trois procédures, la justice a estimé que ces articles poursuivaient en réalité un autre but qu’informer les lecteurs. Concernant les premiers articles (parus en 2018 lors du processus de vente des magazines de Lagardère), le jugement indique : « Oops pouvait avoir un intérêt à décrédibiliser la direction de la rédaction de Public, et à donner du titre une image dégradée ».
Quant aux articles suivants (parus en 2019 après le rachat par Daniel Kretinsky), les juges ont estimé qu’ils visaient en réalité « un mobile inconnu des lecteurs ». Pour eux, « M. Truskolaski a utilisé de manière répétée ses organes de presse pour des raisons d’opportunité ». Ces articles avaient « pour véritable objectif de venir conforter les affirmations faites par M. Truskolaski dans le cadre de négociations confidentielles pour le rachat de Public, afin de peser sur l’issue de ces négociations ». Selon le tribunal, Trusko a « initié » une « campagne diffamatoire » contre Claire Leost, dont il a été « le chef d’orchestre », « pour tenter de contraindre M. Kretinsky à lui céder Public ». « Ces considérations personnelles, étrangères et extérieures [à l’affaire Jeremstar], caractérisent une animosité personnelle de M. Truskolaski envers Mme Leost ».
Loin d’être échaudé par ces revers, Trusko garde les yeux de Chimène pour Public. Lorsqu’en 2023, Daniel Kretinsky l’a remis en vente, le trublion a fait une offre à 2 millions d’euros. L’oligarque tchèque a alors déclaré « avoir reçu une offre, mais ne pas y donner suite », préférant entamer des négociations avec Heroes Media. Après cette ultime rebuffade, l’amoureux éconduit a alors tenté de sauver la face : « on a lancé l’info que Poublic voulait racheter Public, c’était la blague d’un été, pour se moquer de ces magazines qui se prennent trop au sérieux", a-t-il déclaré dans Nice matin.
Contactées, Claire Leost n’a pas souhaité faire de commentaires, tandis que Myriam Palomba et CMI n’ont pas répondu. Pour sa part, Frédéric Truskolaski indique, via son bras droit, « regretter que la présomption d’innocence de Jeremstar n’ait pas été respectée », et « avoir eu raison sur le fond avant l’heure », la plainte contre Jeremstar pour « viol sur mineur » ayant finalement été classée sans suite en 2021. Il admet un « mélange maladroit » avec le dossier du rachat de Public. Il se dit « désolé » d’avoir perturbé Claire Leost, ce qui « n’était pas du tout notre but ». Il souligne que, dans l’affaire Leost, les propos condamnés « sont surtout ceux du compte Facebook personnel de Frédéric Truskolaski, ce qui relève effectivement de sa responsabilité personnelle ».
[*] Frédéric Truskolaski ayant gagné 4 000 euros dans une affaire de diffamation, l’avocat de Myriam Palomba a fait saisir cette somme avant qu’elle ne soit versée à Frédéric Truskolaski, et ainsi récupéré une partie des sommes dues par Frédéric Truskolaski.
Extorsion de fonds avec armes
Le rachat de Oops par Frédéric Truskolaski est si rocambolesque qu’il aurait pu lui aussi faire les choux gras de la presse people. En 2014, la presse spécialisée annonce que l’hebdomadaire est racheté pour près d’un million d’euros par Medias Group, une société créée et présidée par un courtier en assurances, Michael Mahiddini. Mais les salariés découvrent après l’opération que se cache derrière Frédéric Truskolaski, propriétaire de 85 % de Medias Group, et qui finance cette société via un prêt de 1,4 million d’euros. Selon Presse news, la majorité des salariés s’en vont, en partie inquiets de la présence de « Trusko ». Un violent conflit s’ensuit entre les deux hommes. Toujours selon Presse news, Michaël Mahiddini aurait pris ses distances avec son associé pour tenter de retenir les journalistes. En tant que président de Medias Group, il décide de cesser de rembourser le prêt accordé par Frédéric Truskolaski, qui conteste cela avec succès devant le tribunal de commerce. Pour se défendre, Michaël Mahiddini avait pourtant sorti de son chapeau un accord soi-disant signé par Trusko, mais ce dernier avait rétorqué, expertise à l’appui, qu’il s’agit d’un « faux grossier »…
Il y a plus rocambolesque encore. Michaël Mahiddini demande à Frédéric Truskolaski de lui vendre ses parts. Le rendez-vous visiblement se passe mal : Trusko affirme que son associé a tenté de lui forcer la main, et porte plainte pour « extorsion de fonds en bande organisée avec armes ». Selon nos informations, l’affaire n’est pas allée bien loin : la plainte a été jugée irrecevable, car Trusko n’a jamais versé la somme d’argent nécessaire pour la procédure (la consignation, dans le jargon des juristes). Finalement, un accord amiable est conclu fin 2014, selon lequel Trusko devient l’unique actionnaire du magazine people, qu’il publie toujours aujourd’hui.
Interrogé, l’entourage de Frédéric Truskolaski indique qu’il a été une « victime » dans cette affaire, et qu’il n’a joué « aucun rôle à l’égard de la rédaction ». Selon lui, les départs des journalistes résultaient de la gestion de Michaël Mahiddini. Ce dernier ne nous a pas répondu.