Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Oops, Clooser… enquête sur Frédéric Truskolaski, le roi de la presse low cost. Partie 1

Première partie d’une enquête sur le trublion de la presse magazine. Une carrière émaillée de conflits et de procès, qui ont démarré dès ses débuts dans les journaux gratuits pour les jeunes.

Photo
Montage l’Informé

L’homme est aussi discret que ses magazines sont tapageurs. On le retrouve derrière Oops, Clooser, Ça m’est arrivé, Vécu faits divers, Histoires vraies… des journaux aux couleurs flashy, aux photos chocs et aux unes fracassantes. Inconnu du grand public, il fuit le plus souvent les micros et les caméras (sollicité à plusieurs reprises, il a d’ailleurs refusé nos demandes d’interview, préférant nous renvoyer vers son bras droit et nous transmettre une mise en demeure de son avocat). Frédéric Truskolaski a pourtant beaucoup à raconter. Propriétaire de 22 titres, cet entrepreneur, titulaire d’un simple DEUG d’anglais, se targue de diriger aujourd’hui le premier groupe de presse indépendant de l’Hexagone, avec un chiffre d’affaires de 16 millions d’euros. Rien que ses magazines Télé 15 jours et Télé programmes 2 semaines – les seuls à faire certifier leur diffusion - s’écoulent à plus de 120 000 exemplaires par numéro.

Dans une série d’articles, l’Informé vous révèle l’étonnante trajectoire de ce quinqua batailleur, un parcours jalonné de rebondissements plus rocambolesques les uns que les autres, qui aurait pu faire la couverture d’un de ses magazines à sensation.

Les photos de lui sont rarissimes. Dans un portrait que lui consacre le Parisien, en 1996, on découvre son visage, juvénile, fier, alors qu’il porte son tout premier journal à la main. Il a 25 ans. Après avoir voulu être journaliste - il aurait même gagné le concours du meilleur reporter sportif en 1987, avant de présenter des flashs sur RFM et Voltage FM, nous apprend le quotidien — il lance son premier titre : un mensuel gratuit, le Lycéen.

Plusieurs fois interrompu puis relancé, ce titre paraîtra jusqu’en 2005, selon le catalogue de la BNF. En 2003, le Monde de l’éducation consacre un papier à ce drôle de canard, écrit par des bénévoles lycéens et étudiants, qui revendique un tirage à 150 000 exemplaires. Cette fois, Trusko ne se dit plus journaliste : « je ne veux pas l’être », précise-t-il. Et, de fait, le très sérieux mensuel se pince le nez devant les sujets de ce journal gratuit, prêt à dévoiler la « face cachée » des lycées, ou comment « glandent », « baisent » et rêvent les élèves : on y trouve des articles sur les « magouilles » du lycée Henri-IV, les victimes de la « drogue du viol » , un prof qui « a soif d’argent », ou un autre qui suscite « autant de désir qu’un bouton de fièvre ». Et le Monde de l’éducation de conclure : « Frédéric Truskolaski a compris comment fidéliser les annonceurs : dans le Lycéen, une pub pour les scooters est précédée d’un article sur ceux-ci, une réclame pour un film d’une critique polie ». Bref, les ingrédients principaux de la recette « Trusko » sont déjà tous là.

Sa propension à se fâcher avec ses partenaires, aussi. Selon notre enquête, le jeune entrepreneur découvre à cette époque les joies des prétoires, et ce ne sera qu’un début. Un premier litige éclate avec la société Medias et Support, la régie publicitaire du Lycéen. La raison ? Le contrat entre les deux entreprises tablait sur une diffusion de 100 000 exemplaires. Après le premier numéro, l’agence met en demeure Frédéric Truskolaski de justifier ce tirage, mais n’obtient pas de réponse… Elle décide alors de résilier le contrat de régie, ce que Frédéric Truskolaski conteste en justice, réclamant 93 377 euros. Une bien mauvaise idée pour le novice : le tribunal de commerce, puis la cour d’appel le déboutent, et le condamnent même à payer 5 000 euros de dommages, plus 3 000 euros de frais de procédure. La régie publicitaire avait de quoi s’interroger : la procédure révélera que la diffusion était loin des 100 000 exemplaires promis, mais de 1 000 copies seulement selon une facture d’imprimerie…

Autre projet, autre problème. À cette période, le jeune homme veut lancer un nouveau gratuit - le 18/25 - destiné cette fois aux étudiants. Pour le financer, il lève des fonds auprès de business angels, comme Ian Travaillé (patron de Voltage FM), Hervé Giaoui (futur propriétaire d’Habitat), Yaacov Gorsd (fondateur du fabricant d’ordinateurs Cibox)… Fin 1998, il crée avec eux une société baptisée Target Medias. Mais de « graves dissensions » apparaissent entre Trusko et les autres actionnaires, à en croire ces derniers. Après la nomination d’un mandataire ad hoc, la collaboration tourne court : Frédéric Truskolaski revend ses parts et se voit démis d’office du conseil d’administration.

Pas du genre à se laisser faire, l’éconduit relance le Lycéen en mars 2001… Avec un peu trop d’entrain : un engagement de non-concurrence le liait à ses anciens partenaires du 18/25 durant un an, jusqu’à fin 2001 donc. Le tribunal de grande instance interdira donc le retour du Lycéen durant quelques mois. Une clause de non-concurrence dont il n’avait pas non plus parlé à sa régie publicitaire de l’époque…

La relance rocambolesque de 20 ans

Mais le combat judiciaire le plus révélateur des débuts de Truskolaski survient un peu plus tard, en 2009. Pour entrer dans la cour des grands, l’entrepreneur a une idée : mettre la main sur des titres à la notoriété déjà installée. En 2008, il reprend C’est dit à l’allemand Bauer, puis Miss à Edipresse, avant de jeter son dévolu sur 20 ans, l’illustre magazine pour adolescentes créé en 1961 par Daniel Filipacchi. Le titre a fini dans le giron de l’éditeur italien Mondadori, qui en a cessé la diffusion en 2006. En 2009, notre homme rachète donc la marque. Le premier numéro est confié à des pigistes. Plusieurs blogueuses s’offusquent des tarifs proposés : seulement 10 euros par page. Ces méthodes attirent l’attention de 20 Minutes, qui publie une enquête au vitriol sur la renaissance du magazine. Selon l’article, « plusieurs rédactrices attestent » que les piges, - pas encore payées - devraient être payées au noir. Un proche de Frédéric Truskolaski leur répond que les rédactrices ont pour la plupart elles-mêmes souhaité ne pas être déclarées vu les faibles sommes en jeu.

Plus surprenant encore, la rédaction en chef du premier numéro est confiée à une stagiaire de 19 ans, Claire C., étudiante en communication de l’Université Paris Est Créteil. Frédéric Truskolaski la remercie au bout de deux mois, sans même payer les 300 euros par mois prévus par sa convention de stage. « On a estimé qu’elle était un peu jeune », justifie-t-il auprès de 20 Minutes. Pour sa part, l’intéressée affirme avoir en réalité été virée pour avoir contesté sa rémunération.

Selon notre enquête, Claire C. ne s’est pas laissée faire. Immédiatement, elle a attaqué en justice son ancien employeur, et les prud’hommes lui ont octroyé 26 358 euros notamment pour « travail dissimulé ». Frédéric Truskolaski a contesté le verdict, mais il aurait mieux fait d’éviter : la cour d’appel a rehaussé les indemnités à 28 930 euros, estimant le licenciement abusif.

Pour se défendre, le patron n’a pas fait dans la dentelle. Il a argué que 20 ans était une simple « revue de plage », sans « rédaction au sens traditionnel du terme ». Il a affirmé que Claire C. était « totalement inexpérimentée", et qu’elle n’avait pas été en pratique la rédactrice en chef, un rôle dont la profession a de toute façon une « conception totalement galvaudée ». Pas de quoi convaincre la justice : après tout, l’ours du magazine et la convention de stage indiquaient tous deux son statut de rédactrice en chef. Pour les juges d’appel, « les fonctions qui lui étaient confiées étaient celles d’une rédactrice en chef. L’employeur n’a cessé de lui confier des missions qui dépassaient très largement celles d’un rédacteur stagiaire ».

Pire encore, la procédure révèle que « Trusko » a demandé à Claire C. une convention de stage pour ne pas conclure de contrat de travail. Il lui a ainsi écrit : « Tu peux pas m’avoir une convention de stage de ta fac ? J’peux pas te signer de contrat, ça voudrait dire contrat de travail, etc. Ça veut dire que quand je te file 300 euros, je dois refiler 300 euros à l’État. C’est beaucoup trop cher. »

Pour les juges d’appel, « l’employeur savait pertinemment que la conclusion d’un contrat de travail s’imposait à lui. Claire C. n’a jamais été déclarée, alors que l’employeur ne pouvait ignorer l’obligation déclarative qui lui incombait. C’est donc en toute connaissance de cause que l’employeur s’est placé en dehors du régime salarié par souci d’économie. »

Finalement, Frédéric Truskolaski arrêtera la publication de 20 ans fin 2010. Il tentera de le relancer à nouveau en 2019. Sans succès…

Interrogé, l’entourage de Frédéric Truskolaski confirme la condamnation aux prud’hommes, assumant que la société « négligeait totalement les procédures » à l‘époque. Il dément, en revanche, les déclarations de Claire C., qui étaient selon lui uniquement destinées à obtenir des indemnités.

Les magazines publiés par Frédéric Truskolaski
Edités via  RL Mags Ltd
Télé 15 jours
Tele programmes
Edités via Luxury Mobility
Actu France
100% Vrai France Mag
C’est vrai Ouah
Clooser
Dinosaures mag
Familles royales
France matin
Grace
Le guide des Pokémon
Histoires vraies
Histoires vécues faits divers
Junior sciences
Oops
People Story
Vécu faits divers People Story
Edités via Mag Opes Ltd
Chronique de l’histoire du monde
Chronique de l’histoire de France
Ca m’est arrivé 
Le guide complet du manga et animation
People Mag
Scoop
Source : société

Une réponse de Frédéric Truskolaski

En réponse à l’article publié dans L’informé le 29 décembre 2023, qui reprend de manière erronée une source antérieure, je démens formellement avoir jamais payé un quelconque collaborateur de mes sociétés de presse « au noir ».

Cet article a été modifié le jeudi 16 mai avec une clarification de la reprise des informations relatées par 20 minutes.