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Médias - Culture

À Bordeaux Montaigne, un prof accusé de harcèlement sexuel va pouvoir reprendre ses cours

Le maître de conférences en archéologie avait été suspendu par la présidence de l’Université bordelaise début septembre. Les organisations étudiantes s’inquiètent des conditions de son retour.

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VALENTINO BELLONI / Hans Lucas via AFP

Depuis quelques mois, le mouvement #MeToo secoue l’Université de Bordeaux Montaigne. L’établissement, également appelé Bordeaux III et qui accueille plus de 18 000 étudiants, fait face à au moins quatre affaires de violences sexistes et sexuelles après des signalements contre des professeurs. L’une d...

C’était la crainte des étudiants et étudiantes en archéologie de l’établissement, qui se sont réunis en collectif. Dans un communiqué publié fin septembre, ils disaient avoir appris que le professeur serait suspendu, bien que les modalités de la mesure ne leur aient pas été communiquées et qu’elles « laissent planer la possibilité d’un retour proche du MCF ». Or, « si ce dernier vient à reprendre ses fonctions, il pourra continuer à encadrer des étudiant-es et maintenir ses chantiers sur lesquels il forme les étudiant-es dans le terrain, dans un contexte de proximité », alertait leur texte, cosigné par dix organisations, comme le Clasches, le Planning familial, Nous Toutes ou le collectif Poing Levé.

En décembre 2022, le chercheur avait fait une première fois l’objet d’une suspension, comme l’avait indiqué le quotidien Sud-Ouest, puis d’une procédure disciplinaire suite à des signalements à son encontre pour des faits présumés de violences sexuelles. Début juillet, la section disciplinaire de l’Université Bordeaux Montaigne l’avait relaxé de toute sanction. « Nous regrettons la première décision de relaxe prise par l’université suite à sa première suspension », écrit le collectif d’élèves en archéologie dans son communiqué. De son côté, le président de l’Université a fait appel, en faisant valoir le « caractère infondé » de la décision, entachée à ses yeux « de nombreuses irrégularités ».

Le chef d’établissement soutient au contraire le « caractère suffisant de vraisemblance et de gravité des faits reprochés » au chercheur. À la rentrée universitaire, le président de l’établissement a une nouvelle fois suspendu l‘enseignant pour 6 mois, en raison du « sentiment d’insécurité exprimé en interne par des personnels et étudiants de l’université ». Le président dit vouloir préserver « la sérénité nécessaire au déroulement des activités d’enseignement et de recherche universitaires » face aux « fortes tensions » qui découlent de ce dossier.

Manque de communication

Le prof a contesté devant la justice. Le 23 octobre, le tribunal administratif lui a donné raison et a jugé qu’il n’y avait pas d’éléments nouveaux susceptibles de justifier une nouvelle suspension suite à la relaxe. « Le conseil disciplinaire avait décidé à l’unanimité d’assortir sa décision de l’exécution provisoire, donc l’université ne pouvait pas le suspendre pour les mêmes faits, y compris en cas d’appel », défend son avocat, Me Thibault Fonseca, avant de rappeler que son client conteste tous les faits qui lui sont reprochés.

Selon nos informations, une réunion s’est tenue ce jeudi entre des responsables de l’Université et des étudiants du service archéologie pour les informer que le professeur va reprendre ses cours « après les vacances de la Toussaint » s’il le peut. Dans son communiqué de fin septembre, le collectif d’élèves avait demandé que le maître de conférences, s’il revenait à ses fonctions, ne puisse pas encadrer d’élèves en master ou en thèse, ni les engager dans le cadre de ses chantiers de fouille.

Selon un compte rendu de la réunion de ce jeudi, les responsables de l’établissement se contentent pour l’heure de conseiller aux étudiants « d’éviter les rendez-vous seul à seul avec l’enseignant » s’ils se sentent mal à l’aise. Sollicité sur la décision du tribunal administratif et les conditions d’un prochain retour du maître de conférences, l’établissement n’a pas répondu pour l’heure. Avant cette réunion, le collectif des élèves d’archéologie s’était plaint d’un manque de communication de la part de la direction. « Nous apprenons les décisions de l’université sur le fait, par le bouche à oreille », ont-ils écrit dans leur communiqué de fin septembre.

D’autres dossiers de harcèlement sexuel ont récemment mis la direction de l’université Bordeaux Montaigne sous pression. Selon Sud-Ouest, un professeur a été interdit d’exercer dans l’établissement pendant 18 mois suite à un rapport de la commission disciplinaire en février 2022. Un an auparavant, un enseignant-chercheur avait écopé de la même sanction, mais pour une durée de trois ans. Celui-ci a fait appel de cette interdiction, qui couvre toute fonction dans un établissement public d’enseignement supérieur.

Un bilan à venir

Depuis de longs mois, le département de philosophie est lui aussi agité par des signalements à l’encontre d’un ancien directeur de laboratoire, toujours selon Sud-Ouest. Accusé de viol par une collègue et de comportements inappropriés par une dizaine d’étudiantes, le professeur conteste les faits. Selon le quotidien régional, la gestion de ces signalements par l’Université fait l’objet de critiques, notamment sur les délais avant que la direction ne prenne des mesures. Une commission disciplinaire est désormais saisie depuis mars 2023. Dans un communiqué en date du 24 octobre, le président de Bordeaux III, Lionel Larré, assure que « la situation a été prise avec le plus grand sérieux par la cellule de signalements, mais aussi par la présidence de l’université ».

Le collectif Poing Levé, lui, dénonce une « opacité » dans la gestion des dossiers. « Nous avons obtenu, avec les autres organisations étudiantes, que la présidence présente, lors du prochain conseil d’administration le 10 novembre, un bilan anonyme de la cellule de signalement de l’établissement », assure Petra Lou, militante du collectif. Un pas nécessaire, à ses yeux, vers la transparence. Elle ajoute : « Nous ne sommes pas là pour déballer les dossiers, remettre en cause les procédures ou la confidentialité des affaires, mais pour dénoncer la gestion globale des affaires de violences sexistes et sexuelles par l’Université. »