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Industrie

Protéines d’insectes : Bpifrance se fait prier pour sauver Agronutris

La start-up, qui risque d’être à court de cash fin mai, est soutenue à bout de bras depuis des mois par deux de ses actionnaires… Mais pas par Bpifrance, pourtant à son capital depuis 2021.

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FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Le temps presse pour Agronutris. Moins connue que sa rivale Ynsect actuellement en redressement judiciaire, la start-up industrielle qui produit des protéines d’insectes pour l’alimentation animale n’est guère dans une position plus enviable. Coincée entre le retard de la montée en puissance de son s...

Mais, pour rassembler les 6 millions d’euros, Agronutris attend un geste de la part de l’un de ses principaux actionnaires : Bpifrance. La banque publique figure au capital depuis 2021 via son fonds Société de projets industriels. Elle avait alors apporté une trentaine de millions d’euros à un tour de financement de 100 millions d’euros (en fonds propres, dettes et subventions), aux côtés de Mirova, de Nutergia et du business angel Bertrand Jelensperger (l’un des fondateurs du site de réservations La Fourchette)... Néanmoins, lorsque l’entreprise a eu besoin de cash ces derniers mois, Bpifrance a été aux abonnés absents, a dénoncé Agronutris dans un courrier envoyé le 14 mai à Matignon, à Bercy ainsi qu’à divers élus et administrations nationales et régionales pour alerter sur sa situation. « Nous sollicitons donc en urgence le soutien de l’État à hauteur de 3 millions d’euros, via la BPI (la Banque publique d’investissement, NDLR), pour accompagner Mirova, qui est prêt à couvrir le même montant », est-il écrit dans cette lettre, dont l’Informé a obtenu une copie.

Agronutris déplore d’autant plus le manque de soutien de Bpifrance qu’elle explique que les clients et les contrats sont désormais au rendez-vous. « 50 % des volumes sont déjà vendus pour les sept prochaines années auprès d’un leader mondial de l’alimentation animale », justifie la start-up dans son courrier, faisant allusion à ses liens avec le groupe BioMar. Selon nos informations, grâce à ces perspectives commerciales et à la mise en service opérationnelle de son usine, l’entreprise tablerait même sur un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros et un résultat d’exploitation de 6 millions en rythme de croisière.

L’entreprise n’hésite pas non plus à dénoncer un « traitement inégalitaire » entre elle et Ynsect, alors qu’elle revendique des coûts de production moins élevés que sa rivale et se dit en avance sur elle dans le déploiement industriel de son site… Une référence à peine voilée au soutien que, selon Les Echos, Bpifrance aurait apporté à cette dernière pour lui éviter une liquidation début avril, seulement un mois après avoir déposé le bilan (l’entreprise n’avait pas dit qui avait apporté cette rallonge). La banque publique fait partie des nombreux investisseurs qui avaient apporté près de 600 millions à Ynsect.

Contacté par l’Informé, Agronutris n’a pas souhaité s’exprimer et commenter la lettre, tout comme Mirova. De son côté, Bpifrance n’a pas donné suite à nos sollicitations. Le 17 mars, lors d’une visite à Reims, Nicolas Dufourcq, son directeur général, avait néanmoins évoqué la situation difficile de la start-up. « Pour moi, c’était une grosse déception », a-t-il lâché, selon des propos rapportés par le quotidien régional l’Union. La chaîne de la valeur, machine par machine, conduit cette entreprise à perdre un peu d’argent à chaque étape de production, alors qu’elle devait en gagner un peu. Le problème, c’est que l’on est sur des business de centimiers ». Au sujet  d’un réinvestissement de la banque publique, Nicolas Dufourcq avait répondu : « On se met un tout petit peu en retrait, mais on soutient les efforts de Mirova ».