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Industrie

Dominique Carlac’h vs Patrick Martin : les fortunes (inégales) des candidats au Medef

Dans quelques jours, le Medef choisira son prochain patron. Les deux rivaux en présence symbolisent chacun un esprit entrepreneurial bien différent. L’Informé fait le point sur leurs business et leurs méthodes.

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JOEL SAGET / AFP

Qui pour succéder à Geoffroy Roux de Bézieux ? Le 6 juillet prochain, les grands électeurs du Mouvement des entreprises de France (Medef) choisiront leur nouveau leader. Deux candidats s’affrontent : Dominique Carlac’h et Patrick Martin. Si les deux chefs d’entreprise ont le même objectif, devenir patron des patrons, leurs expériences respectives sont bien différentes. Résultats, fortune, management… L’Informé vous en dit plus.

Actuel numéro 2 du Medef et grand favori de l’élection, Patrick Martin est à la tête de Martin Belaysoud Expansion, une société créée en 1829 par un de ses aïeuls et désormais spécialisée dans la distribution de produits et services pour le bâtiment et l’industrie. « C’est un chef d’entreprise accompli, qui peut fonder son discours de candidat sur sa réussite industrielle, » estime l’un de ses soutiens, Christian Person, PDG de la société de portage salarial Umalis. De fait, le petit commerce familial se porte bien : le chiffre d’affaires du groupe, composé d’une vingtaine de filiales, a doublé en six ans pour dépasser le milliard d’euros en 2022, avec un chiffre d’affaires de précisément 1,058 milliard d’euros. Présent en France, en Slovaquie et au Maroc, il totalise déjà 3 000 salariés et s’apprête à intégrer « dans les prochains jours » les 250 salariés de l’entreprise spécialiste du solaire HRC Solipac, rachetée récemment, nous précise Patrick Martin.

16 millions d’euros de dividendes

Ce dynamisme profite allégrement au patron. Rien qu’entre 2018 et 2021, Martin Belaysoud Expansion a distribué plus de 16 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires, dont près d’un million à la holding familiale de Patrick Martin, baptisée 1829. En cas de victoire ce jeudi, les équipes du Medef savent qu’ils auront affaire à un manager à poigne. Au sein de l’association patronale, certains louent son implication sur les dossiers.  « Quand il veut quelque chose, il met tous les moyens nécessaires pour y arriver, c’est un gagnant », nous confie un membre du conseil exécutif. Mais d’autres décèlent un comportement « brutal », comme nous l’indique le président d’un Medef territorial souhaitant garder l’anonymat. Derrière une « bonhomie de façade », un autre acteur régional décrit un « manœuvrier à la personnalité pas excellente ». Trop directif, Patrick Martin ? « J’appelle ça trancher et prendre ses responsabilités », réfute Elisabeth Grenin, présidente du Medef Limousin.

Au sein de son entreprise, le manager est surtout… absent. « Il venait environ une fois par semaine », se souvient un ancien salarié du siège de la société. Et le patron l’assume parfaitement. « Adepte du collectif », il explique avoir pour habitude de décentraliser et de déléguer, une nécessité compte tenu de la taille de son activité, du temps consacré au Medef, mais aussi « par culture d’entreprise ». Une situation qui n’est pas pour déplaire aux salariés : les délégués syndicaux d’une filiale du groupe décrivent un climat social « apaisé depuis qu’il n’est plus dans l’entreprise et se consacre au Medef ». Les élus se souviennent notamment d’un épisode lors de négociations annuelles obligatoires où Martin avait tapé du poing sur la table, indiquant que les choses se feraient comme il l’entendait et pas autrement. Ambiance.

Embauche de jeunes et « management du pré carré »

L’outsider de la compétition, Dominique Carlac’h , dirige pour sa part, une société de conseil en innovation, D&Consultants, depuis une trentaine d’années. L’entreprise, bien plus modeste que celle de son concurrent, intervient notamment dans les domaines des industries agroalimentaires, de la santé ou encore de l’énergie et de l’environnement. « Dominique sait se mettre à la portée des petites et moyennes entreprises, ce qui ne l’empêche pas d’avoir également une capacité d’analyse des plus grosses structures », assure son soutien Philippe Neys, président du Medef Nouvelle-Aquitaine. Fortement impactée par la crise du Covid-19, D&Consultants a enregistré un net recul de son activité entre 2019 et 2020, passée de 4,4 à 3,7 millions d’euros, avant de redresser la barre et de dépasser 5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021. Confiante, Dominique Carlac’h indique déjà à l’Informé que « 2023 se présente comme une année historique ». De bon augure pour son plan « Route 55 » - lancé il y a quatre ans pour atteindre 5,5 millions de chiffre d’affaires et 55 collaborateurs d’ici 2024 - et ses futurs revenus. Depuis 2016, la patronne s’est versé plus de 400 000 euros de dividendes, via sa holding Marie Hortense de Sion.

« Bienveillante », « à l’écoute »... Interrogés, plusieurs salariés, actuels et anciens, de D&Consultants ne tarissent pas d’éloges sur leur boss. À l’image d’Aurélie Dandeville, entrée dans l’entreprise comme assistante il y a 20 ans et aujourd’hui directrice administrative et financière du groupe. « Elle sait récompenser les personnes en qui elle a confiance », indique la fidèle parmi les fidèles. Si un ancien collaborateur reconnaît avoir quitté l’entreprise à cause d’une trop grande charge de travail, il n’attribue pas la situation à la PDG mais plutôt à son n-1 : « Dominique ne s’en rendait pas vraiment compte, et quand elle l’a compris après plusieurs départs, elle a repris les choses en main. »

Ses grands principes ? « Recruter beaucoup de jeunes », « refuser le clonage », puis pratiquer un « management du pré carré » : « je donne des responsabilités précises à mes employés et leur fais confiance sans me mêler de tout en permanence », explicite la patronne. Des patrons ?

Une élection sous tension

Lors de nos interviews pour cet article, plusieurs personnes interrogées, notamment des élus territoriaux du Medef, nous ont confié avoir ressenti des pressions pour voter Patrick Martin. Un président régional va même jusqu’à accuser l’actuel n° 2 du Medef et son entourage de téléphoner à plusieurs électeurs, « en leur faisant comprendre qu’ils se souviendront de ceux qui n’ont pas voté pour eux ». Un autre interlocuteur assure même avoir eu des échos d’un dîner où l’un des soutiens de Patrick Martin aurait épinglé les personnalités présentes qui ne se seraient pas encore déclarées en sa faveur sur les réseaux sociaux. Interrogé sur cet épisode, Patrick Martin assure qu’un tel événement ne lui a pas été relaté, indiquant avoir toujours été aux côtés des présidents régionaux, « quelle que soit la gravité de la situation » au fil des ans. Et d’ajouter qu’une élection « ne se fait pas sur les réseaux sociaux à coups de likes », mais « à coups de projets ».

De son côté, le président du Medef Nouvelle Aquitaine Philippe Neys assure avoir été victime de « chantage au financement » de la part de Patrick Martin, qui lui aurait « coupé les vivres pendant un an et demi », jusqu’à ce que Neys concède à raccourcir son mandat. Le chef d’entreprise évoque l’existence d’autres chantages du même type dans d’autres territoires : des accusations balayées par Patrick Martin, qui dénonce des « rumeurs infondées », qui « avaient déjà circulé lors des élections précédentes ».