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Continuer la lectureDassault : l’ancien ministre Alain Lambert devrait prendre la tête du comité des sages
L’ex-élu de l’Orne est en piste pour remplacer feu Denis Kessler à la présidence de cette instance stratégique, chargée de conseiller les héritiers de Marcel Dassault sur la conduite du groupe. La décision sera délibérée d’ici fin juillet.
Actualisation au 19 juillet 2023 : L’ex-sénateur Alain Lambert a bien intégré le Comité des sages du Groupe industriel Marcel Dassault mais ce n’est pas lui qui en sera le nouveau président, comme pressenti fin juin. Dans la dernière ligne droite, Henri Proglio a été choisi mi-juillet pour assurer cette fonction stratégique.
C’est une instance aussi stratégique que discrète. Le « comité des sages » du Groupe industriel Marcel Dassault (GIMD) est chargé de conseiller les héritiers dans le pilotage du groupe familial. Depuis l’année dernière, il planche avec la plus grande difficulté sur la succession de Charles Edelstenne, président du directoire de cette structure qui contrôle toutes les propriétés du clan (Dassault Aviation, Dassault Systèmes, Le Figaro ou encore Thales, détenu à 24,6 %). Âgé de 85 ans aujourd’hui, l’ancien expert-comptable devenu capitaine d’industrie doit passer la main à la fin de l’année 2024, atteint par la limite d’âge. Celle-ci a déjà été repoussée l’année dernière de 85 à 87 ans, révélant les difficultés de la famille à s’entendre sur un successeur pour piloter leurs affaires. Le sujet est sur la table depuis une dizaine d’années mais n’arrive pas à être tranché, tant il est épineux pour les héritiers, particulièrement en froid depuis le décès d’Olivier Dassault en 2021.
« Le sujet n’est pas facile et le décès de Denis Kessler n’arrange rien », révèle une source proche du dossier. Car le patron de Scor, mort le 9 juin 2023 à l’âge de 71 ans, était également le président du comité des sages de GIMD, qu’il avait rejoint en 2013. Le dirigeant, ancien numéro deux du Medef et président de la Fédération Française des Sociétés d’Assurance (FFSA) était une figure respectée du monde des affaires, à même de pouvoir réunir sur une solution consensuelle les héritiers de Marcel Dassault : Marie-Hélène Habert, Laurent et Thierry Dassault, ainsi qu’Héléna Dassault, la fille d’Olivier Dassault âgée de 33 ans aujourd’hui.
Selon nos informations, c’est l’ancien ministre Alain Lambert qui devrait être désigné pour lui succéder à la tête du comité. La décision doit être délibérée lors de la prochaine réunion de l’instance, prévue avant la fin du mois. Notaire de formation, l’ancien élu de l’Orne, qui a présidé la commission des finances du Sénat de 2002 à 2004 avant d’être nommé ministre délégué au budget dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, a rejoint le comité des sages de GIMD l’année dernière, en tant que membre suppléant. Il a été introduit par un autre notaire, le confident de Serge Dassault, Bernard Monassier, qui a quitté en 2022 ce conseil. C’est donc Alain Lambert qui aura la responsabilité clé d’organiser les débats sur le choix du successeur de Charles Edelstenne, avec les autres membres (les anciens patrons d’EDF Henri Proglio, de PSA Jean-Martin Folz et de la Bred Stève Gentili, de même que Pierre Mutz, ancien préfet de police de Paris).
La tâche s’annonce extrêmement compliquée tant les positions au sein de la famille sont opposées. « C’est souvent le cas pour la troisième génération, qui est celle de tous les dangers, alors que les passages de relais se déroulent souvent sans anicroche pour la deuxième ou la quatrième », note un expert du capitalisme familial qui suit de près le dossier Dassault. Pour ne rien arranger, le choix d’Alain Lambert ne devrait pas faire l’unanimité. « Il n’a aucune connaissance de notre histoire, il n’a pas connu le fondateur Marcel Dassault. Résultat : il pèsera peu sur les débats », avance une source interne. « Son entrée au comité des sages avec le soutien Bernard Monassier, adversaire historique de Charles Edelstenne auprès de Serge Dassault, le fragilise aussi », ajoute un bon connaisseur de la famille.
« On est pourtant condamné à y arriver, c’est notre devoir de nous accorder sur le remplacement de Charles Edelstenne par quelqu’un qui assurera la direction groupe pour les 20 ans qui viennent », ajoute un proche. S’il est acquis qu’aucun des trois représentants de la troisième génération ne sera président du groupe, deux candidats acceptables par l’État, qui a un droit de veto sur les décisions stratégiques en tant que premier client du Rafale, sont pressentis depuis belle lurette. Il s’agit Eric Trappier (63 ans), le directeur général de Dassault Aviation, le cœur du réacteur de la galaxie Dassault qui produit les Rafale et les Falcon, ainsi que Bernard Charlès (66 ans), le PDG de Dassault Systèmes, l’autre grande réussite industrielle du groupe. Mais l’absence de décision en faveur de l’un ou l’autre semble indiquer que le choix pourrait se porter au final sur un troisième homme.