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Industrie

Dassault : Henri Proglio finalement porté à la présidence du Comité des sages

Coup de théâtre ! Alain Lambert ne prendra finalement pas la tête de l’instance chargée de trouver un successeur à Charles Edelstenne, le président du groupe.

Henri Proglio
Henri Proglio STEPHANE DE SAKUTIN

Retournement de situation dans les hautes sphères du groupe Dassault. Depuis plusieurs semaines, les planètes semblaient alignées pour que l’ancien ministre du budget Alain Lambert prenne la tête du Comité des sages, l’entité chargée d’accompagner les héritiers de Marcel Dassault dans la stratégie du groupe et dans le choix d’un dirigeant pour cette holding familiale surpuissante (12,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021). C’est elle qui a la main pour choisir, d’ici la fin 2024 au plus tard, le successeur de Charles Edelstenne à la présidence de Groupe industriel Marcel Dassault (GIMD). Mais, le château de cartes s’est effondré. Selon nos informations, le Comité des sages (composé outre d’Alain Lambert, de l’ex-Pdg de Veolia et d’EDF Henri Proglio, de Jean-Martin Folz, ex-patron de PSA, de Stève Gentili, ancien président de la Bred, et de l’ex-préfet de police de Paris, Pierre Mutz) s’est concerté ces derniers jours pour porter un autre membre à sa tête. Un revirement qui illustre les incessantes luttes d’influence entre héritiers et les hauts dirigeants au sein du groupe créé en 1929.

Ex-président de la commission de finances du Sénat, Alain Lambert en a fait les frais. « Il était bien pressenti pour le poste mais peut-être un peu trop tôt, rapporte un proche de la famille Dassault. Il siégera bien comme titulaire au Comité des sages, mais il y est entré trop récemment pour occuper la fonction de président ». Ce notaire de profession a en effet rejoint l’instance seulement l’année dernière, comme membre suppléant. Il était en piste pour reprendre le fauteuil de Denis Kessler, l’ancien patron de Scor qui a conservé ses fonctions de président du Comité jusqu’à son décès le 9 juin dernier.

Un consensus s’est finalement dégagé au sein du Comité des sages pour en confier la présidence à Henri Proglio, membre de ce conseil depuis sa création par Serge Dassault en 2008, affirment plusieurs sources à l’Informé. Âgé de 74 ans, l’ex-PDG de Veolia et d’EDF était un proche de Serge Dassault, qui l’avait d’ailleurs fait entrer au conseil d’administration de Dassault Aviation, le fleuron du groupe qui produit les Rafale et les jets civils Falcon. Le groupe Dassault avait aussi acheté en Bourse plus de 5 % du capital de Veolia, quand Henri Proglio en était le PDG. « La solution est venue naturellement, explique diplomatiquement une source au fait du dossier. Des cinq membres, Henri Proglio a la plus grande longévité dans les conseils d’administration de la maison Dassault. C’est aussi celui qui a la relation personnelle la plus longue avec Charles Edelstenne ».

Au sein de la famille, beaucoup voient l’influence de ce dernier dans le changement de pied de dernière minute. Tout-puissant successeur de Serge Dassault en 2018 à la présidence du directoire de GIMD, « Charles Edelstenne déjeune chaque mois avec les membres du Comité des sages, sans que les représentants de la famille ne soient conviés », rappelle un bon connaisseur des arcanes du groupe. Selon plusieurs proches du dossier, l’arrivée d’Alain Lambert était téléguidée par un autre notaire, Bernard Monassier. Ancien administrateur et membre du Comité jusqu’à l’année dernière, il a toujours contesté l’influence auprès de Serge Dassault d’Edelstenne. Ce dernier se serait donc employé à écarter le protégé de son rival du poste stratégique de président du Comité des sages.

Henri Proglio aura donc la responsabilité d’organiser les débats et de présenter les options pour choisir son successeur à la tête de la holding de contrôle de la famille (Dassault Aviation, Dassault Systèmes, Le Figaro, 25 % du capital de Thales). Bientôt atteint par la limite d’âge, Charles Edelstenne doit passer le relais à la fin de l’année 2024. Le sujet, sur la table depuis trois ans, tarde à être tranché. Plusieurs administrateurs plaident pour l’arrivée d’un membre extérieur à la galaxie Dassault, l’absence de passif et d’attaches avec les uns ou les autres des héritiers de Marcel Dassault étant un gage de neutralité. Le sujet sera au menu de la prochaine réunion du Comité en septembre.