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Continuer la lectureBrandt : les dessous étonnants du projet de reprise de Metavisio
L’Informé dévoile le montage imaginé pour relancer l’emblématique marque d’électroménager française, en liquidation depuis décembre. Les liens futurs entre Metavisio et Brandt posent question.
Un fabricant français emblématique joue son avenir cette semaine. D’ici vendredi plusieurs offres devraient être déposées pour la reprise des actifs de la société d’électroménager Brandt, dont la liquidation a été annoncée le 11 décembre dernier. Parmi les candidats, un ex-salarié du groupe souhaiterait récupérer les marques (De Dietrich, Vedette, Sauter…), faire fabriquer sous licence ailleurs en Europe puis remonter un site en France ultérieurement. Selon le délégué CGT Pascal Sudre, le patron de la start-up Everever, dédiée à l’électroménager durable, Martin Hacpille, serait aussi sur les rangs. Mais le projet « New Brandt », le plus médiatisé jusqu’alors est celui porté par Stephan Français, PDG du fabricant d’ordinateurs Metavisio - Thomson Computing, qui promet le moins de casse sociale avec la reprise de 150 salariés sur 700 et le possible maintien d’un site de production sur le sol français. L’Informé en sait plus sur cette candidature - par certains aspects surprenants - annoncée en grande pompe le 24 décembre dernier.
Selon nos informations, Stephan Français propose de devenir principal actionnaire du groupe d’électroménager avec près de 30 % du capital, aux côtés de financiers. L’entreprise serait alors dirigée par l’ex-directeur des marques de Brandt, Mauricio del Puerto. Pour l’épauler, d’anciens collaborateurs sont dans les starting-blocks : Sébastien Ledru, jusqu’ici chargé du marketing « cuisson », ainsi que Benachir Hammout, directeur des systèmes d’information. Ils seraient rejoints par des dirigeants de Metavisio, comme Victoria Charreyron, en tant que directrice des achats. Aux finances, Rodolphe Cadio, un temps pressenti pour le poste de directeur financier, intervient désormais en tant que conseil. Dirigeant de transition, il s’occupait jusqu’à fin 2025 des finances du groupe Vergnet, finalement liquidé la semaine dernière ; il a collaboré avec plusieurs fonds dubaïotes, Atlas Capital Markets, puis Alpha Blue Ocean.
Des structures qui ont bien mauvaise presse auprès des boursicoteurs : en émettant des obligations immédiatement transformées en actions vendues en masse sur le marché (OCABSA*), elles plombent les cours des sociétés. Vergnet, Visiomed (Klea Holding), Europlasma, Calibre ou Pharnext ont ainsi vu leur titre sombrer au point de devenir des « penny-stock », des actions valant quelques centimes seulement. On retrouve un de ces fonds sur le dossier Brandt puisque Metavisio se finance auprès d’Alpha Blue Ocean (ABO) depuis plusieurs années par le biais d’OCABSA. En cinq ans, son cours de Bourse a perdu 99 % de sa valeur. Mais ces dernières semaines, le projet de reprise du groupe d’électroménager lui a fourni un récit opportun alors que l’entreprise était au plus mal. Le 11 décembre dernier, lorsque Brandt est placé en liquidation judiciaire, le titre Metavisio touche un plus bas historique à 0,0025 euro en séance. Suite à l’annonce de la reprise de Brandt, le 24 décembre, le titre a bondi jusqu’à 0,0050 euro. Surtout, les volumes échangés, essentiels pour que des cessions d’actions se déroulent, ont prospéré. Le fonds ABO, qui avait encore sur les bras des obligations, a ainsi pu les transformer en actions et les céder. Le marché a donc perçu les annonces du dirigeant comme de bonnes nouvelles pour Metavisio. « Il est pourtant juridiquement et financièrement impossible que Metavisio, en conciliation et surendettée, ait le feu vert d’un tribunal pour reprendre une société industrielle nettement plus grosse et en liquidation », estime-t-on de source proche de la société informatique.
Signe de la proximité de la PME avec les fonds dubaïotes, ses créanciers, qui se réunissent quasiment toutes les semaines ces temps-ci dans le cadre d’une conciliation avec l’entreprise, ont eu la surprise de retrouver comme interlocuteur l’avocat Johann Bioche, qui a repris le dossier il y a quelques mois. Coutumier de ces étranges structures installées aux Émirats arabes unis, il a travaillé pour Visiomed, repris par Park Capital, puis Pierre Investissement, où est également présent Park Capital.
Selon plusieurs sources, Stephan Français a conscience de la situation délicate de Metavisio, alors que la fin de sa conciliation est prévue le 17 février et que le montant de la dette, qui serait plus proche de 37 millions que des 25 communiqués jusqu’alors, met la structure en danger. Son projet serait de reprendre une autre structure déjà cotée, d’en changer l’objet social et d’y intégrer à la fois les actifs Metavisio et Brandt une fois les deux structures liquidées, afin d’évacuer la dette. Un tour de passe-passe qui permettrait de récupérer des financements publics et privés - avant de relancer des OCABSA sur le « New Brandt » ? Le fait que l’homme d’affaires s’arroge, dans sa propre offre, une partie du capital de la future structure faciliterait cette hypothèse.
Du côté des ex-Brandt associés au projet, on nie tout plan de rapprochement entre les structures juridiques de Metavisio et Brandt. « Les sociétés n’auront rien en commun. Metavisio a simplement l’intention d’apporter du chiffre d’affaires au projet en faisant fabriquer des ordinateurs sur le sol français dans nos usines » estime Mauricio del Puerto, potentiel futur directeur général. Contactés, Stephan Français, Rodolphe Cadio et Johann Bioche n’ont pas souhaité répondre à nos questions.
*OCABSA : obligations convertibles en actions avec bons de souscription d’actions