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Industrie

Cyber-renseignement : le discret Euler Data Solutions marque des points sur le méga appel d’offres de Beauvau

L’entreprise a remporté deux des trois lots portant sur le renseignement en sources ouvertes (OSINT) au sein d’un vaste accord-cadre du ministère de l’Intérieur.

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Pablo Lagarto - stock.adobe.com

Un duel inattendu émerge sur le marché tricolore du cyber-renseignement : une petite société suisse aux ramifications françaises et émiraties taille des croupières au poids lourd ChapsVision. Selon nos informations, au sein de l’accord-cadre Cyber III du ministère de l’intérieur, les lots 14 et 15 on...

Installée à Zoug en Suisse, Euler, du patronyme d’un mathématicien helvétique, dispose d’un laboratoire de recherche et développement à Bordeaux – et donc d’une filiale française – ainsi que d’un « centre de formation et de démonstration » à Dubaï. Elle doit sa création, en mai 2021, à Alexandre Iskandar Taleb et Bernard Roussely. Leur principal investisseur est le fonds luxembourgeois Perpetua Investment Group, dont le directeur financier Clément Pacaud siège au board d’Euler en Suisse.

Taleb a précédemment créé Intertech, un fournisseur de technologies de surveillance notamment actif au Maghreb sur financements européens. Bernard Roussely est un vétéran du cyber étatique passé par l’OTAN, la Direction générale de l’armement, la SCSSI (aujourd’hui ANSSI), l’Autorité de surveillance du GNSS européen (actuellement Agence de l’Union européenne pour le programme spatial) mais aussi Bertin Technologies, désormais filiale de… ChapsVision. Avec Taleb, il contrôle également la société Beware Cyberlabs, spécialisée dans la formation des cyber-combattants, et possède son propre cabinet de conseil en cybersécurité, Cyberens. Il n’apparaît toutefois plus dans l’organigramme d’Euler, dont la branche française est dirigée depuis février par Cédric Naudy, également issu des rangs d’Intertech.

Prospection en dictature

Ces contrats avec le ministère de l’Intérieur confirment le nouvel intérêt de l’entreprise, initialement tournée vers l’export, pour les marchés régaliens français. L’an dernier, Euler Data Solutions avait ainsi été présélectionnée par l’Agence d’innovation de défense (AID) du ministère des Armées dans le cadre du défi « Centre de conduite des opérations (CO) cyber militaires 3.0 ». Sa plateforme Cyberoïde proposait une « visualisation disruptive des opérations de lutte informatique défensive (LID), offensive (LIO) et d’influence (L2I) », pour aider le Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) à conduire des cyberattaques et des opérations de guerre informationnelle en ligne.

Mais l’entreprise continue de s’activer à l’étranger, sous des ciels moins démocratiques. Elle fournit ainsi une plateforme d’analyse de données de masse au renseignement intérieur gabonais, selon Africa Intelligence. En janvier, elle nouait un partenariat avec la société Vijatech pour commercialiser ses solutions au Vietnam. Début mars, elle exposait ses offres en Arabie saoudite dans le cadre du Forum France-NEOM, portant sur la ville futuriste que le prince Mohammed ben Salmane veut bâtir dans le désert. On ignore si les projets d’Euler dans ces deux pays concernent des activités civiles, sécuritaires, ou les deux.

Pour décrocher des contrats loin de la France, l’entreprise peut également compter sur son consultant Hervé Serol, conseiller élu des Français de l’étranger pour les Émirats arabes unis et Oman. En février 2024, Euler présentait ses plateformes Cybermedia (surveillance du web) et Integra (fusion du renseignement et investigations) dans le cadre luxueux de l’hôtel JW Marriott Marquis à Dubaï, au salon ISS World Middle East & Africa. Lequel, comme son nom l’indique, met en relation les prestataires en cyber-renseignement avec les appareils sécuritaires moyen-orientaux et africains. Au risque de les voir utilisés à mauvais escient.