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Continuer la lectureMaster Poulet, Tasty Crousty… les fast-foods à succès font la chasse aux imitateurs
Les enseignes de poulet à prix cassé, qui multiplient les ouvertures, poursuivent des concurrents adoptant une marque trop proche de la leur.
Le poulet aiguise les appétits. Dans les rues des grandes villes et de leurs banlieues, les fast-foods spécialisés dans la volaille se multiplient. La tendance alimente des débats enflammés entre les partisans d’une restauration accessible et ceux qui dénoncent la malbouffe. Mais selon l’enquête de L’Informé, elle suscite aussi bien des chamailleries judiciaires entre les (ambitieux) acteurs du secteur. En jeu ? Des accusations de copiage, entre, d’un côté, des enseignes au développement fulgurant et, de l’autre, des concurrents cherchant à s’engouffrer dans leur sillage. « Le même phénomène s’était produit il y a une dizaine d’années avec le succès du tacos », commente un spécialiste.
En première ligne, Master Poulet. La chaîne a inauguré plus de cinquante points de vente en à peine deux ans et pourrait voir son développement encore accéléré par le bras de fer très médiatisé qui l’oppose au maire de Saint-Ouen ces dernières semaines. Une dynamique que l’entreprise semble vouloir protéger bec et ongles : elle a ainsi intenté un procès à un petit concurrent, Tout poulet, qui exploite trois points de vente en Île-de-France. Elle l’accuse d’imiter sa marque. Il est vrai que la ressemblance est troublante. Comme Master Poulet, Tout poulet affiche sur ses devantures un coq de couleur orange, qu’il place entre les deux mots de son nom.
La « forte similarité visuelle, auditive et conceptuelle » présente un « risque de confusion pour le public », a estimé, en référé, le tribunal judiciaire de Paris, au printemps 2025. Dans cette procédure d’urgence, il a interdit au petit concurrent de maintenir sa marque telle quelle et l’a condamné à payer 2 000 euros à Master Poulet pour contrefaçon.
Mais l’affaire est toujours en cours : le dossier doit être jugé sur le fond – sans doute d’ici fin 2026. « La question sera d’abord de savoir si le logo de Master Poulet est suffisamment distinctif pour être protégé », prévient maître Pierre Surjous, avocat de Tout Poulet. En attendant, l’enseigne attaquée n’a pas touché à son image. Ni à ses prix, parfaitement alignés sur ceux de son rival : 2,50 euros la cuisse, 4 euros le demi-poulet et 7,50 euros le poulet entier. Où s’arrête le jeu normal de la concurrence sur un créneau à la mode ? Où commence la copie illégitime ? Ces questions se posent aussi pour Tasty Crousty. Le réseau connaît un succès viral pour son plat unique : du poulet frit recouvert de panure croustillante, servi nappé de sauce dans de copieuses barquettes.
Il a assigné deux fast-foods installés en Essonne ayant adopté un nom s’approchant du sien : le Tasty’s à Longjumeau et le Tasty original à Grigny. Sans succès. Fin mars, le tribunal judiciaire de Paris l’a débouté. Le juge des référés a estimé que le mot « tasty » correspond à un terme « du langage courant dans le secteur de la restauration rapide ». Et donc que les pratiques reprochées par Tasty Crousty à ses deux rivaux « relèvent de la libre concurrence ».
L’enseigne n’ira pas plus loin dans ces deux dossiers. Ces actions avaient été engagées fin 2025 « dans une logique de sécurisation et de protection d’une marque [Tasty Crousty] alors en pleine croissance », explique à l’Informé maître Morgan Jamet, son avocat. Aujourd’hui, son succès est tel que le besoin n’est plus si impérieux. « La marque Tasy Crousty est devenue fortement distinctive par l’usage, notamment grâce à son implantation commerciale avec plus de 60 restaurants ouverts, à sa visibilité médiatique ainsi qu’à sa présence digitale particulièrement forte », argumente l’avocat.
Malgré tout, il n’exclut pas de nouvelles actions pour contrefaçon, parasitisme ou concurrence déloyale contre d’autres acteurs si cela apparaît « nécessaire et proportionné ». Il assure d’ailleurs que plusieurs dossiers se sont réglés hors des tribunaux : Tasty Crousty aurait obtenu « des modifications de pratiques, des ajustements de communication ou encore l’abandon de dépôts de marques litigieux » de la part de plusieurs concurrents.
Mais le copié n’est-il pas lui-même un copieur ? Si Tasty Crousty se revendique « L’original. Le seul. Le numéro 1 », il n’est pas l’inventeur du poulet croustillant. Le pionnier, Krousty Sabaïdi, propose ce plat d’inspiration asiatique à Bordeaux depuis 2012. Il a commencé à essaimer, certes timidement, hors de sa région d’origine en 2022, soit avant la création de Tasty Crousty. Alors qu’il accélère aujourd’hui son développement avec un objectif de 65 restaurants à fin 2026, il assure ne pas vouloir se lancer dans une chasse aux imitateurs : « De nombreux concurrents ont repris notre plat en le retravaillant, explique Jérémy Dupuis, directeur des opérations et du développement de Krousty Sabaïdi. C’est bénéfique pour nous aussi, car cela booste l’image du produit auprès des consommateurs. »
L’entreprise n’en protège pas moins sa marque, commençant par « Krousty », avec un « K » : « C’est pour ça que nos concurrents écrivent ‘crousty’ avec un ‘C’ », explique Jérémy Dupuis. Et l’enseigne veille. Elle vient de déposer deux requêtes en nullité de marques devant l’Institut national de la propriété intellectuelle. Dans son viseur, un établissement de Périgueux qui a déposé le nom « So Krousty », et un autre de l’île de la Réunion qui s’est baptisé « Krousty ». Les fast-foods de poulet n’ont pas fini de se voler dans les plumes…
Contactés, Master Poulet et son avocat n’ont donné suite aux sollicitations de L’Informé.