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Continuer la lectureConflits d’intérêts : Thierry Marx et Stéphane Manigold règlent leurs comptes au tribunal
Le médiatique patron du syndicat de restauration UMIH poursuit son vieux rival en diffamation. Ce dernier l’avait soupçonné de manquer d’indépendance à l’égard des géants du ticket resto.
L’UMIH se déchire devant les tribunaux. Fin 2023, le président du syndicat des restaurateurs, Thierry Marx, était publiquement accusé de conflit d’intérêts par le patron de l’antenne parisienne du groupement, Stéphane Manigold, qui dirige le groupe de restaurants Eclore. Une attaque difficile à digérer pour le chef étoilé, qui n’a pas hésité à poursuivre son collègue en diffamation. Ce lundi 4 mai, Stéphane Manigold a été entendu à la 17e chambre du tribunal judiciaire. L’occasion de se défendre… et de préciser ses accusations.
À l’origine de la discorde, il y a une interview sur BFM TV, le 3 octobre 2023. La ministre déléguée en charge des Entreprises de l’époque, Olivia Grégoire, vient alors d’annoncer le projet de dématérialiser les tickets resto, mais aussi de plafonner les commissions perçues par les émetteurs. Une position offensive à laquelle l’UMIH a répondu par un communiqué de presse soutenant le projet de dématérialisation, mais évoquant la question des commissions du bout des lèvres. Un texte jugé « mou » par Stéphane Manigold, alors que des restaurateurs sont « aux abois ». Selon lui, les commissions de 4 % prélevées par les plus gros acteurs de ticket resto sont beaucoup trop importantes : elles « mangent la moitié des marges » des établissements, a-t-il même avancé à l’audience.
Sur BFM TV, M. Manigold avait alors mis en doute l’indépendance du syndicat, et de son président. « L’UMIH nationale touche plus de 400 000 euros de la part de Up, Sodexo, Edenred et Bimpli. Quand vous prenez 400 000 euros de ces opérateurs, est-ce qu’ils s’achètent une tranquillité ? », avait lancé le restaurateur.
Il s’était aussi interrogé sur « la question des conflits d’intérêts » et sur la position de Thierry Marx, dont « un des employeurs est Sodexo » avait-il indiqué à l’antenne.
Le chef étoilé se produit souvent dans des publicités vantant des produits industriels : surgelés Picard, casseroles Lidl, plats Intermarché, chocolats Côte d’Or, pâtes Lustucru…
Et au premier étage de la Tour Eiffel, il propose en effet un espace appelé « Madame Brasserie » avec Sodexo. Or le groupe côté est un des acteurs importants des tickets-resto. À l’audience, les juges de la 17e chambre ont longuement interrogé M. Manigold sur ce sujet.
« Vous estimez que M. Marx travaille pour Sodexo, qu’avez-vous voulu dire ? », lui a demandé un des juges. « Je voulais que M. Marx, en tant que président de l’UMIH, se déporte du sujet « tickets-resto » parce qu’il est associé avec eux, et aussi avec des acteurs de la grande distribution », a-t-il répondu.
Mais selon Richard Malka, avocat de l’ancien juré de Top Chef, celui-ci n’est pas « employé » par Sodexo ; il est « associé », au sein d’une société. Ce qui tendrait à prouver, selon lui, qu’il n’y a pas de relation de subordination entre les deux parties.
Pour Stéphane Manigold, ces liens auraient au contraire dû amener le président de l’UMIH à signer « des conventions réglementées », soit des déclarations écrites destinées à dévoiler les liens d’intérêt. De son point de vue, les présidents de syndicats seraient concernés par cette règle exigée par la Haute Autorité pour la Transparence de la vie Publique. Mais pour l’avocat de Thierry Marx toutefois, la règle n’a pas à s’appliquer ici puisque la société avec laquelle Thierry Marx a contracté pour obtenir la concession de la Tour Eiffel - Sodexo Live - n’est pas la même que celle qui émet des tickets-resto.
Lors de l’audience, Stéphane Manigold, par la voix de son avocate, a aussi lié son exclusion « temporaire » des instances de l’UMIH nationale en 2023 à une tentative de faire taire son client. Une accusation balayée par Thierry Marx : la décision aurait selon lui été prise par les seuls présidents de départements de l’UMIH, et non par lui. L’éviction avait pourtant été signifiée quelques jours après la plainte en diffamation… « Nous sommes victimes d’une procédure-bâillon » a estimé Laura Ben Kimoun.
« L’UMIH, j’ai suffisamment de dossiers pour faire exploser le truc »
Le directeur du groupe de restaurants Eclore a aussi profité de cette tribune pour dénoncer des faits, toujours liés Thierry Marx, pouvant être caractérisés pénalement. Son espoir ? Susciter un « article 40 », soit l’obligation de prévenir le procureur pour toute autorité prenant connaissance d’un crime ou délit. Il a ainsi évoqué des éléments concernant potentiellement des abus de confiance, et abus de biens sociaux : dans une interview publiée par le média Bouillantes en avril 2025, Thierry Marx avait assuré qu’« il avait suffisamment de dossiers pour faire exploser le truc » et que « tout le monde a pris du pognon à l’UMIH ».
Interrogé à ce sujet, le médiatique chef a assuré qu’il avait été trompé, qu’il pensait parler à un autre Franck, et qu’il parlait de l’ancienne UMIH et non de l’actuelle. Quant au « je vais me le faire » prononcé à propos d’un autre président de département de l’UMIH qui s’interrogeait sur les finances du syndicat, Thierry Marx a justifié ces paroles en indiquant qu’il avait dit cela parce qu’Adrien Pedrazzi était « mis en examen » sans plus de détail. Interrogé par l’Informé, ce dernier dément toute mise en examen.
Malgré ces éléments, la présidente du tribunal a estimé hors sujet l’évocation d’un article 40. La procureur n’a pas semblé entendre la requête non plus - au contraire. Elle a estimé que les propos tenus sur BFM TV étaient précis, et venaient jeter un discrédit sur l’intégrité de Thierry Marx, mais aussi que la base factuelle n’était pas établie, donc que Stéphane Manigold n’avait pas fait preuve de prudence dans son expression. L’UMIH ne publiant pas ses comptes, difficile d’établir de base factuelle. Le clan UMIH assure qu’il n’y a pas de subventions de la part des opérateurs tickets-restaurants, mais n’a pas exclu des « partenariats ». Stéphane Manigold, qui dit avoir consulté les comptes, soutient que l’UMIH et certaines de ses filiales comme la SPEPIH, théoriquement spécialisée dans l’édition de brochures et magazines, amassaient 700 000 euros par an - sous prétexte de partenariat lors d’évènements ou de publicité.
De son côté, Thierry Marx assure avoir été victime de harcèlement. « J’ai vécu plusieurs diffamations et un harcèlement téléphonique et aussi sur les réseaux sociaux. En prenant la tête de l’UMIH, je m’attendais à un procès en légitimité, mais pas à du harcèlement », a-t-il regretté, tout en défendant son bilan alors qu’il doit quitter son fauteuil fin 2026.
Les deux parties ont respectivement demandé des dommages et intérêts de 10 000 euros. Le tribunal devrait trancher en juin prochain.