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Continuer la lectureLe gouffre financier de l’aide aux personnes âgées de La Poste
Vendre des visites supplémentaires du facteur chez les retraités : séduisante sur le papier, l’idée de La Poste commence à lui coûter cher.
L’initiative est louable… mais elle commence à coûter cher ! Depuis 2017, La Poste propose une offre spéciale « Veiller sur mes parents », un dispositif visant à « Simplifier la vie des seniors et de leurs aidants en proposant des solutions pour bien vieillir chez soi. » L’idée ? Organiser des visites régulières de facteurs chez une personne âgée, moyennant un certain tarif. Pour un passage hebdomadaire, comptez 21,90 euros par mois ; pour deux visites, 38,30 euros… et ainsi de suite jusqu’à atteindre le maximum : six rendez-vous par semaine, pour 103,90 euros. Le tout, éligible au crédit d’impôt applicable aux services à la personne, à hauteur de 50%.
Malheureusement, plus de cinq ans après le lancement, force est de constater que le service peine à séduire les foules. Si le chiffre d’affaires de la filiale a progressé de 274 000 euros à 2,22 millions d’euros depuis 2017, l’affaire tourne au gouffre financier. En 2021, la Poste services à la personne, filiale dédiée, accusait un déficit de 2,5 millions d’euros. La société n’avait plus déposé ses comptes auprès du greffe. Interrogée sur cet oubli, elle explique que l’activité « n’a pas été publiée au démarrage du service », ce dernier ayant « été lancé en 2017 d’abord sous forme d’expérimentation pour répondre à un besoin d’assistance des seniors ».
Un même nombre de visite en 2018 et 2021
La Poste continue d’afficher son enthousiasme, précisant à L’Informé que « 94 % des clients du service se disent satisfaits », selon une étude interne. A écouter l’entreprise publique, depuis le premier confinement en 2020, le service « connaît une croissance importante de l’ordre de 40% par an ». Pour autant, elle reste floue sur le nombre de ses clients et refuse de communiquer le moindre chiffre. A peine souffle-t-elle que 200.000 visites à domicile ont été réalisées par les facteurs en 2021. Une donnée surprenante, puisque ce nombre correspond exactement à celui qu’elle avait fourni pour l’exercice 2018 au site Les Jours dans un article publié en 2019.
Dès le début du projet, les syndicats du secteur avaient émis leurs réserves. À l’image de Sud PTT, qui tire un bilan amer de l’affaire : « Cinq ans après, on en est au même stade qu’au départ », se lamente Pascal Frémont, secrétaire adjoint du syndicat. « Ça ne décolle pas du tout, et pour une simple raison : que les gens payent ou non, le facteur passe quand même. Ils ont essayé de marchandiser ce qui existait déjà », ajoute le syndicaliste, pour qui le service est un échec total. Aujourd’hui, Sud PTT milite davantage pour une véritable veille sociale des agents de la poste, « mais avec un financement public ».
Une « marchandisation du lien social »
Depuis le début du dispositif, l’entreprise défend un projet de renforcement du lien social. Une chimère pour l’association Les Petits Frères des Pauvres, qui accompagne les seniors seuls et démunis. « Le fait que ce service ne fonctionne pas n’est pas étonnant : les personnes âgées ayant le plus besoin de lien social sont souvent celles en situation de précarité, qui n’ont pas les moyens de se payer cette prestation », avance l’association. Dénonçant une « marchandisation du lien social ».