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Grande conso

« Fabriqué en Normandie » : Cœur de Lion, Le Rustique et Lanquetot devront modifier leurs emballages

Ces camemberts industriels sont accusés de jouer la confusion avec l’appellation d’origine contrôlée (AOP) de Normandie. Après avoir longtemps bataillé, ils vont devoir revoir leur marketing

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Au pays du camembert, on ne plaisante pas avec les emballages. Alors que certains s’indignent d’une possible interdiction des boîtes en bois par Bruxelles (une menace largement fantasmée), la justice se penche sur leur packaging pour une tout autre raison : les mentions vantant la Normandie sur les é...

Des marques archiconnues sont concernées : le premier jugement porte sur Cœur de Lion et Le Rustique, fabriqués par une filiale de Savencia, la Compagnie des fromages et Richesmonts ; le second concerne les camemberts Lanquetot, produits par le leader Lactalis, via la société fromagère d’Orbec. Et d’autres devraient suivre…

Il s’agit d’un nouvel épisode de la guerre des camemberts qui divise la Normandie (et les amateurs de fromages !) depuis des années maintenant. D’un côté donc, la traditionnelle recette AOP qui, seule, peut se revendiquer « camembert de Normandie ». Elle répond à un cahier des charges scrupuleux : utilisation de lait cru, moulage manuel à la louche, affinage de trois semaines minimum… De l’autre, un fromage plus adapté à la production de masse, qui pèse 90 % du marché. Les grandes marques jouent souvent (ou ont joué) sur la confusion en s’affichant « fabriqué en Normandie », et non pas « de Normandie ». Elles multiplient aussi des mentions comme « au lait 100 % normand », ainsi que les visuels évocateurs comme les deux léopards, emblème régional. Autant d’éléments que les services de la répression des fraudes ont aussi dans le collimateur : ils y voient un « détournement de notoriété » de l’AOP.

En 2021, ils ont ordonné à de multiples fabricants récalcitrants de revoir leur marketing. Mais, dans la foulée, les producteurs de Cœur de Lyon (Savencia) et Lanquetot (Lactalis) étaient parvenus, chacun de leur côté, à faire suspendre ces injonctions par les tribunaux administratifs. Aujourd’hui, les décisions du Conseil d’État rétablissent en partie l’obligation de modifier leurs étiquettes pour les marques concernées, dans l’attente d’un jugement au fond.

Dans son arrêt, la plus haute juridiction administrative définit avec un luxe de détails surprenants ce que l’on peut écrire (ou pas !) sur un camembert. Exit la mention « fabriqué en Normandie » : elle figurait encore sur les camemberts Lanquetot destinés à la restauration et à l’exportation. Les mentions sur l’utilisation de lait normand sont aussi proscrites, sauf celles figurant « au dos de l’emballage, en petits caractères, sans être mis en exergue ». Quant au blason normand, il est sauvé uniquement parce que les producteurs en avaient fait une marque déposée depuis plusieurs décennies.

Ces décisions sont donc une demi-défaite pour les industriels. La guéguerre du camembert n’est sans doute pas terminée. Le Conseil d’État doit encore se prononcer, toujours dans une procédure d’urgence, sur le cas des fromages Président : la marque phare de Lactalis a aussi obtenu un sursis pour la révision de ses étiquettes.

Encore des années de procédure en perspective ?

Ensuite, tous les dossiers devront être examinés sur le fond. Au total, selon nos informations, une dizaine de recours de producteurs ont été déposés devant les tribunaux administratifs de Caen, Rennes et Melun. La plupart émanent des différentes filiales du groupe Lactalis. De façon plus surprenante, la fromagerie Gillot et la Coopérative Isigny-Sainte-Mère, fabricants éminents de camemberts de Normandie AOP, se sont joints au mouvement : ils rechignent à abandonner les oripeaux de la Normandie sur la part de leur production hors AOP.

Les grands industriels mettent en avant la baisse des ventes qu’occasionnerait la suppression de toute référence à la Normandie sur leurs camemberts. « Ils n’hésitent pas à faire du chantage à l’emploi », estime un acteur de la filière camembert AOP, qui se désole : « Ils iront jusqu’au bout de tous les recours possibles, cela risque de durer encore des années. Pour une petite filière comme nous, c’est usant. »