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Finance - Conseil

Rapport McKinsey sur l’école : le ministère de l’Éducation nationale persiste dans l’opacité

Les services de Pap Ndiaye n’ont pour l’instant dévoilé qu’une version marquée « en cours d’élaboration » du fameux rapport vendu un demi-million d’euros par le géant du conseil à l’État. Et toujours pas sa facture détaillée.

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ALAIN JOCARD / AFP

Le feuilleton commence à être long. En janvier 2022, lors des travaux de la commission d’enquête sur l’influence des cabinets de conseil, la sénatrice Éliane Assassi avait révélé que le géant du conseil McKinsey avait facturé à l’État 496 800 euros un rapport sur l’évolution de l’école. Devant la même commission, Karim Tadjeddine, directeur associé du cabinet en France, avait expliqué qu’il s’agissait notamment de réfléchir aux « grandes tendances d’évolution du secteur de l’enseignement » et « du métier d’enseignant ». Problème, près d’un an et demi après, il est toujours impossible d’accéder à la version définitive de ce rapport. L’Informé vous révèle pourquoi.

Le lendemain de l’audition du 18 janvier 2022, le ministère de l’Éducation nationale avait fait la sourde oreille à la demande de communication de toutes les pièces de ce dossier, à savoir le rapport McKinsey, le contrat-cadre initial mais aussi l’ensemble des factures afférentes. Dans son avis n° 20221117 du 31 mars 2022, la Commission d’accès aux documents administratif, saisie par l’auteur de ces lignes, avait pourtant estimé que ces pièces étaient parfaitement communicables, exceptées celles qui « reflètent la stratégie commerciale de l’entreprise et dont la divulgation est susceptible de porter atteinte au secret commercial ». Fort de cet avis positif, nous avions relancé le ministère puis, celui-ci faisant toujours le mort, nous engagions en octobre 2022 une procédure devant le tribunal administratif de Paris défendu par Me Alexis Ó Cobhthaigh.

Enfin le bout du tunnel ? Toujours pas ! Dans ses dernières écritures, adressées en avril 2023 au tribunal dans le cadre de la procédure, les services de Pap Ndiaye concluent au rejet de notre demande, indiquant au juge nous avoir déjà communiqué le rapport. Pour le gouvernement, pas de doute : « la requête est donc devenue sans objet sur ce point ». Le 11 janvier 2023, alors que cette procédure était toujours en cours, l’Éducation nationale nous avait effectivement transmis plusieurs fichiers, ainsi qu’à David Libeau, développeur et membre de l’association OpenKnowledge France. Diffusé dans la foulée sur les réseaux, le document de 204 pages avait été moqué pour sa pauvreté par les experts du secteur et pour ses larges emprunts. Il était accompagné de deux autres pièces, l’une intitulée « Valorisation du mérite des professeurs » longue de 60 pages et l’autre « Quel modèle de gestion des professeurs pour l’école de demain ?  », un PDF de 35 pages. Mais était-ce bien le rapport définitif tel que livré au gouvernement ? La couverture du document principal, classé « confidentiel », sème le doute puisque qu’elle est barrée d’une mention « version en cours d’élaboration ». Le ministère ne nous a apporté aucune explication sur cette contrariété apparente.

La couverture du rapport tel qu’il nous a été adressé. Avec la mention « en cours d’élaboration ».

Autre point, l’Éducation nationale sollicite du tribunal administratif un « non-lieu à statuer » s’agissant cette fois du contrat et des factures relatives aux prestations du cabinet McKinsey. Ces éléments pourraient apporter des détails intéressants sur la ventilation des 496 800 euros dépensés par l’État. Il s’en explique : « concernant les pièces du contrat-cadre, je vous informe que ce dernier a été réalisé par le ministère de la transformation et de la fonction publique ». Dit autrement, nous aurions frappé à la mauvaise porte. Pourtant selon le Code des relations entre le public et l’administration, « lorsqu’une administration (…) est saisie d’une demande de communication portant sur un document administratif qu’elle ne détient pas mais qui est détenu par une autre administration (…), elle la transmet à cette dernière et en avise l’intéressé ». Les services de Pap Ndiaye auraient donc dû transmettre notre demande à ceux de Stanislas Guerini. La direction des affaires juridiques, agissant pour le ministre de l’Éducation nationale, demande en conséquence au président du tribunal administratif de Paris « d’appeler le ministère de la transformation et de la fonction publiques en la cause », en clair dans la procédure en cours. Celui-ci aura peut-être plus de chance que nous.