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Continuer la lectureLes départs s’enchaînent dans l’activité grands LBO d’Ardian
L’équipe Buyout du géant français du private equity traverse une période de chamboulements alors qu’elle est censée démarrer la levée d’un nouveau fonds en 2025.
Valse de « managing directors » au sein de l’équipe Buyout d’Ardian. Dédiée aux investissements de la firme de la place Vendôme dans les grandes opérations de LBO (les laboratoires d’analyses médicales Inovie, les robots cuiseurs Magimix, les magasins Grand Frais via Prosol...), cette activité stratégique perd l’un de ses deux responsables en France : Nicolas Darnaud va rejoindre début avril Cobepa, holding belge contrôlée par la famille De Spoelberch (AB Inbev). Cet important mouvement a été officialisé début février. Bloomberg révélait dans le même temps l’arrivée prochaine chez PAI Partners de l’un des responsables d’Ardian Buyout en Italie, Marco Bellino. Mais la liste des mouvements est appelée à s’allonger. Selon nos informations, Yann Chareton, dirigeant de l’équipe transalpine et chief operating officer de la stratégie d’investissement pour tous les pays, quittera prochainement le fonds. Arrivé chez Ardian il y a une vingtaine d’années, il s’apprêterait aujourd’hui à prendre la tête du bureau italien de Perwyn, family office de la famille Perrodo (actionnaire de Perenco) - où il rejoindra un autre ex-Ardian, Mathieu Antonini. De même, Alexander Friedrich, l’un des « managing directors » du bureau de Francfort, devrait faire ses cartons en mars. Son départ a été discrètement acté en juillet dernier.
L’équipe Buyout d’Ardian a radicalement changé de visage depuis deux ans. Son ancien patron, Philippe Poletti, avait quitté la société en 2023, laissant sa place au binôme Thibault Basquin-Nicolò Saidelli. Un autre managing director, Daniel Setton, avait lui aussi été invité à partir, l’intéressé ayant choisi ensuite de se concentrer sur les investissements de son propre family office. Quant à Lise Fauconnier, qui fait partie de la vieille garde, elle avait vu sa place redéfinie : elle est désormais plus particulièrement impliquée dans le pilotage d’un nouveau véhicule d’investissement d’Ardian dans les semi-conducteurs. Idem pour Yann Bak : ce « managing director », qui a mené une grosse douzaine d’opérations (Siaci Saint Honoré, Outre-Mer Télécom, Trescal, Odealim...) dont la prise de participation de la firme dans Indexia (placé en liquidation judiciaire en mai 2024) ou dans le spécialiste de la maintenance et de la réparation aéronautique Revima, est désormais responsable « climate & impact solutions ». Certaines sources évoquent son départ prochain - l’intéressé précisant à l’Informé que le sujet n’est pas d’actualité, tandis qu’Ardian affirme qu’il est toujours dans ses rangs. Son rôle entre le fonds Buy out et la stratégie Impact & Climate serait en fait toujours en discussion. À ce stade, l’incertitude plane toujours sur sa présence, ou non, dans le prochain fonds de LBO.
En parallèle, Ardian s’est attelé à quelques recrutements et mouvements d’équipe. En Italie, le français a débauché Federico Fasciolo, un transfuge du fonds Investindustrial du milliardaire Andrea Bonomi. Le responsable Buyout au Royaume-Uni, Olivier Personnaz, va prendre la direction d’Abou Dhabi, où il épaulera localement les participations du fonds, tout en faisant la jonction avec de grands investisseurs du Moyen-Orient pour les inciter à co-investir dans les deals d’Ardian.
Tous ces mouvements interviennent à un moment charnière pour la stratégie Buyout de la firme aux 176 milliards de dollars d’actifs sous gestion. En effet, celle-ci ambitionnerait de lancer cette année la commercialisation de sa nouvelle génération de véhicule d’investissement, Ardian Buyout VIII, dont les statuts ont même été déposés mi-janvier. Celui-ci doit prendre le relais d’un fonds de 6,5 milliards d’euros levé en 2021 auprès de plus 200 investisseurs - on y trouve par exemple la Caisse de Dépôts et Placement du Québec, le fonds de pension néerlandais APG, celui de l’Etat du New Jersey, et même Bpifrance. La commercialisation du nouveau véhicule s’annonce périlleuse, vu les performances décevantes du véhicule de sixième génération (levé en 2016) qui ne parviendra pas à verser la commission de surperformance (le « carried interest ») aux équipes de gestion, déclenchée à partir d’un seuil de rendement annuel de 8 % en général. « Ces mouvements arrivent à un moment où les gérants ont cristallisé leur carried interest sur les précédents fonds et n’ont aujourd’hui plus grand-chose à perdre, souligne un proche de la société de gestion. Ils sont d’ailleurs bien moins intéressés au capital que le top management, ce qui les rend plus sensibles à l’absence de carried ou de bonus. »
La situation n’a pas échappé à Thibault Basquin et Nicolò Saidelli, auteurs d’une lettre destinée à leurs investisseurs ce 7 février, que l’Informé a pu consulter. Les deux membres de la direction d’Ardian y annoncent leur souhait de continuer à renforcer et à développer l’équipe en choisissant de nouvelles personnes clés, entraînant « certains changements, y compris des départs ». La lumière est aussi faite sur les bonnes performances de 2024, avec une restitution de 2,2 milliards d’euros aux investisseurs, la multiplication des dividend recaps, ainsi que trois sorties majeures portant sur le logisticien Staci, le spécialiste britannique des consoles de mixage audio Audiotonix (où Ardian a conservé une participation minoritaire aux côtés de PAI) et le leader espagnol des pâtes surgelées Monbake. Dans le même temps, la croissance de l’Ebitda des entreprises encore en portefeuille aurait été de 10 % en 2024. Une démonstration de force d’autant plus cruciale que la stratégie « mid-cap » de l’équipe d’Ardian Expansion (et son représentant François Jerphagnon) continue d’être portée par des vents favorables. Leur fonds de sixième génération a annoncé le mois dernier avoir récolté pas moins de 3,2 milliards d’euros, à la clôture de sa commercialisation. Ce qui représente un bond de 60 % par rapport au précédent millésime.