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Continuer la lectureLes ambitions secrètes d’Olivier Bertrand pour Burger King
Sous l’impulsion de son dirigeant, Groupe Bertrand veut rapprocher ses fast-food de ses autres chaînes pour créer une plateforme de franchise multi-enseignes.
En 2013, Groupe Bertrand provoquait un mini-séisme dans la restauration rapide française en décrochant la master franchise de Burger King pour l’Hexagone. Dix ans plus tard, et fort d’un énorme succès pour l’autoproclamé roi du burger qui compte désormais 500 emplacements, le premier groupe français ...
Burger King France n’était jusqu’alors pas inclus dans cette stratégie, en raison d’un point spécifique à sa structure actionnariale. L’entité, contrôlée par Groupe Bertrand, a aussi Bridgepoint à son capital depuis 2018. Selon nos informations, le fonds y a investi pas moins de 400 millions d’euros et a notamment permis l’accélération du programme de conversion des restaurants Quick - une autre enseigne acquise par Olivier Bertrand en 2015 - en Burger King, tout en assurant l’inauguration de nouvelles adresses. Aujourd’hui, le roi du burger afficherait dans l’Hexagone près de 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour un Ebitda proche de 150 millions d’euros, selon nos sources.
Bridgepoint veut choyer ses investisseurs
Mais le projet de rapprochement de l’enseigne de burger avec le pôle restauration d’Olivier Bertrand s’avère être d’une grande complexité, notamment en raison d’intérêts divergents sur la valorisation des actifs. « Groupe Bertrand a intérêt à minimiser la valorisation de Burger King au profit de ses enseignes, alors que Bridgepoint cherche à défendre sa participation pour espérer obtenir une part significative dans le nouvel ensemble », explique un proche du dossier. Et les deux parties n’ont pas lésiné sur les conseils. Groupe Bertrand a mandaté Rothschild & Co et BNP Paribas, sa banque historique, tandis que Bridgepoint est épaulé par Natixis Partners.
Lazard, présente sur de multiples aspects de cette colossale opération, et Citi travaillent aussi sur le vaste projet de financement (qui occupe aussi les équipes de BNP Paribas). À cette occasion, Bridgepoint entend solder ses titres de créances et réduire sa participation, pour faire remonter du cash à ses propres investisseurs. Groupe Bertrand refinancerait quant à lui une ligne de prêt à court terme (equity bridge) qui lui avait permis de financer certaines de ses acquisitions, dont l’enseigne de restauration rapide Pitaya, et cherche à accroître sa part de détention dans le nouvel ensemble. Bridgepoint pourrait accepter de lui céder une partie de ses parts mais les jeux ne sont pas totalement fermés. « Ils cherchent des investisseurs tiers, mais ce n’est pas une mince affaire car il faut réussir à rendre attractif ce nouvel ensemble de plus de 200 millions d’euros d’Ebitda et à être confortable en tant que minoritaire aux côtés d’Olivier Bertrand, estime un banquier. Or Burger King est une vraie success story qui va se retrouver mélangée à des enseignes aujourd’hui en bonne santé mais en moins forte croissance ».
Groupe Bertrand veut cependant croire en la dynamique d’un tel rapprochement, pour espérer marcher dans les pas d’Inspire Brands. Ce groupe américain est né en 2018 à la suite du rachat par l’enseigne Arby de ses concurrentes Buffalo Wild Wings et Rusty Taco. Avec sa stratégie de franchisés multi-enseignes (comptant aussi Jimmy John’s, Sonic Drive-in, Dunkin’…), Inspire Brands a fait émerger un énorme réseau de 4 600 restaurants dans le monde, affichant 31 milliards de dollars de ventes. « La franchise multi-enseigne offre à nos partenaires la possibilité d’avoir davantage de restaurants sur une même zone de chalandise et leur offre un moyen d’élargir leur création de valeur avec des enseignes complémentaires », explique un proche d’Olivier Bertrand.
Si une telle dynamique venait à se matérialiser, Bridgepoint pourrait donc bénéficier d’un regain de croissance pour sa participation, qui a subi - comme l’ensemble de la restauration - les affres des années Covid. Sa sortie en serait alors facilitée et pourrait prendre la forme d’une introduction en Bourse d’ici trois ans… si le marché le permet.