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Continuer la lectureLes restaurants de burgers Big Fernand sortent in extremis de l’ornière
L’actionnaire majoritaire Bluegem Capital Partners remet au pot en échange de l’effacement des lourdes dettes qui plombaient cette chaîne de 45 restaurants, déficitaire depuis 6 ans.
Big Fernand sauve sa tête. Roi autoproclamé du burger gourmet à la française, le restaurateur n’est pas passé loin du couperet, placé en sauvegarde en février dernier. Mais selon nos informations, après plusieurs mois de discussions avec ses créanciers, l’enseigne vient de valider son plan de sortie ...
Il en aura fallu des échanges, car la situation était des plus délicates. Née en 2012, la chaîne avait d’abord profité de la folie française du burger et ouvert non-stop des points de vente sur tout le territoire. Avant d’accumuler les fausses routes. Handicapé par une baisse de la fréquentation depuis le Covid, par la hausse générale des coûts, et lesté par 19 millions de dettes, le groupe - dont les six derniers exercices ont été déficitaires -, était déjà parti à la recherche d’investisseurs ou de repreneurs depuis un moment. Mais son réseau de 52 millions d’euros de chiffres d’affaires, avec 17 restaurants en propre et 28 en franchise, n’a pas attiré d’offre sérieuse.
Face à la dégradation rapide de ses comptes, la société Big Groupe a alors demandé l’ouverture d’une procédure de sauvegarde en début d’année. Chapeautant la seule activité en propre, elle affichait un revenu de 24 millions en 2025, inférieur de 8 % aux prévisions, 2 millions de pertes d’exploitation et 3,9 millions de pertes nettes. Problème, malgré trois fermetures de restaurants et de nouvelles mesures de restructuration, les ventes du premier semestre 2026 sont restées en dessous des attentes, avec un Ebitda négatif.
Face à cette situation, et après d’âpres négociations, le fonds Bluegem Capital Partners - actionnaire depuis 2017 et majoritaire avec 86 % de Big Fernand - a fini par arracher un accord de la dernière chance avec les créanciers. Il a mis dans la balance un ultime réinvestissement de 2,4 millions pour solder le passif et repartir sur des bases assainies. En plus de ce montant, 680 000 euros issus de la vente récente de deux fonds de commerce vont s’ajouter à l’enveloppe, soit 3,1 millions d’euros dédiés à l’effacement des dettes et à la relance.
De nombreux créanciers ne récupéreront donc pas leurs billes. Avec ce plan de sauvegarde validé le 22 septembre par le tribunal des activités économiques de Paris, 15 % seulement des 19 millions de dettes seront remboursés dans les semaines qui viennent. Les mieux lotis, si l’on peut dire, sont les banques qui récupéreront 23,5 % des 10,4 millions que Big Groupe leur devait encore. Les bailleurs et créanciers sociaux et fiscaux recevront eux aussi quelques miettes. L’assainissement passera également par un coup d’accordéon sur le capital de la holding de Big Fernand. La manœuvre, classique pour effacer les pertes, va conduire à la suppression totale des titres des actionnaires actuels, remplacés par de nouveaux titres détenus par Bluegem. Dans ce dossier, le fonds va aussi tirer un trait sur les 17 millions d’euros déjà investis dans l’affaire depuis 10 ans.
« Big Fernand a beaucoup surpris lors de son arrivée, ils faisaient 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires dans leur premier restaurant de 50-60 m2, tout le monde a regardé et s’est lancé sur ce créneau, explique à L’Informé Bernard Boutboul, expert du secteur de la restauration et fondateur du cabinet Gira. Mais cela n’a pas pris sur la durée. La premiumisation du burger collait mal aux attentes des consommateurs français. »
Si ce sauvetage va faire des mécontents chez les créanciers, cela aurait pu être pire. Selon les deux cabinets d’administrateurs judiciaires qui se sont penchés sur le dossier (Abitbol & Rousselet et Thevenot Partners), le plan de remboursement validé reste deux fois mieux disant que ce qui serait advenu en cas de liquidation judiciaire pure et simple de l’entreprise. Surtout, il « apparaît comme la seule perspective de redressement opérationnel de la société (…) et de préservation de l’activité ainsi que des emplois de ses 289 salariés et d’un nombre similaire de salariés chez les franchisés » comme l’indiquent les administrateurs dans leur rapport.
Désormais débarrassé de tout endettement, Big Fernand vise maintenant une exploitation bénéficiaire dès l’année prochaine. Au programme pour y parvenir ? Poursuivre l’expansion du réseau de franchisés, rationaliser le parc de restaurants détenus en propre, notamment. À moins que Bluegem Capital Partners se résigne à vendre la chaîne, un scénario « très plausible » selon un bon connaisseur du secteur. Pendant la discussion du plan de sauvegarde, les co-mandataires judiciaires ont d’ailleurs émis une réserve sur l’absence de mécanisme destiné à encadrer une éventuelle cession à court terme. Contacté, Big Fernand n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication.