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Continuer la lectureMatthieu Pigasse contraint de lever le voile sur sa fortune
Via ses participations dans Radio Nova, Mediawan ou Rock en Seine, la principale holding du banquier d’affaires et candidat putatif à la présidentielle détient 65 millions d’euros d’actifs. Mais elle est lestée par de très lourdes dettes.
« Moi je ne suis pas noble, je fais partie du tiers état ». Aux universités d’été des Écologistes, en août dernier, le banquier rock et candidat potentiel à la présidentielle Matthieu Pigasse a osé… tout en reconnaissant avoir « acquis un certain nombre de privilèges ». Il n’en dira pas plus. Depuis ...
Mais contraint par un lanceur d’alerte, Maxime Renahy, Matthieu Pigasse vient de publier les bilans de sa holding principale, Combat Media. Elle regroupe Radio Nova, les Inrocks, des participations dans Mediawan, la filiale française du HuffPost, et les festivals de musique Rock en Seine, We love green et Golden coast. Ces documents, récupérés et épluchés par l’Informé, révèlent des finances bien moins flamboyantes que leur patron.
La structure n’a distribué aucun dividende depuis 2020. À fin 2025, elle supporte même une dette de 45 millions d’euros bruts. En face, les actifs s’élèvent à 65 millions, essentiellement les participations des sociétés au portefeuille (34 millions) et des avances qui leur ont été consenties (15 millions). Surtout, ces actifs ont perdu la moitié de leur valeur depuis l’investissement initial. Explication : ses entreprises ont très souvent été déficitaires. Touché par la crise de la presse, le magazine les Inrocks, a cumulé 8,3 millions d’euros de pertes entre 2009 et 2012. Et frappé de plein fouet par le Covid, ReS Holding (la société détenant le festival Rock en Seine) a perdu 8 millions d’euros entre 2019 et 2021. Même si depuis, le marché des concerts est fortement reparti. Radio Nova a d’ailleurs aussi vu ses audiences exploser depuis deux ans suite au recrutement d’humoristes personnellement choisis par son propriétaire.
Situation financière périlleuse
Les éléments publiés révèlent également que l’énarque s’est retrouvé dans une situation financière plus que périlleuse il y a quelques années. L’associé de la banque d’affaires américaine Centerview - qui n’a pas voulu répondre à nos questions - a d’abord multiplié les acquisitions dans les années 90. La plus grosse d’entre elles, son investissement dans le Monde et l’Obs, lui a coûté près de 50 millions d’euros. Ne disposant pas de cette somme, il l’a emprunté pour moitié à la banque Palatine, grâce à une caution de Xavier Niel (par ailleurs actionnaire de l’Informé). Et ce n’est pas tout. En 2016, Combat Media a souscrit aussi des obligations convertibles auprès de l’agence de publicité britannique WPP. Le quinquagénaire avait évoqué « plusieurs dizaines de millions d’euros » à l’époque, avant de réviser ce montant à « 15 millions d’euros ». Toujours en 2016, Combat Media a aussi bénéficié de financements de Reliance sous la forme d’obligations convertibles et d’actions. À l’époque, le groupe indien souhaitait développer ses réseaux auprès des décideurs socialistes au pouvoir, afin de devenir partenaire de Dassault pour la construction des Rafale en Inde. Le groupe d’Anil Ambani a notamment financé le film Tout là-haut produit par Julie Gayet, ce qui vaudra à l’épouse de François Hollande d’être interrogée dans le cadre de l’enquête préliminaire menée sur le sujet.
Mais voilà… Mi-2018, la banque Palatine sonne la fin de la récréation, et exige le remboursement de ses 25 millions d’euros. Acculé, Matthieu Pigasse vend juste après au milliardaire Daniel Kretinsky 49 % du Nouveau Monde, sa holding portant sa participation dans le Monde et l’Obs. Le montant n’a pas été révélé à l’époque, mais l’oligarque tchèque indique dans ses comptes avoir payé 17 millions d’euros, et prêté en outre 48,5 millions à Nouveau Monde. « J’ai été confronté à des charges financières nouvelles, auxquelles je ne pouvais plus faire face seul, expliquait alors Matthieu Pigasse au Figaro. J’ai donc trouvé un investisseur minoritaire, passif, et avec une expérience sans tache dans la presse. »
Insuffisant ! Cette opération, mal vécue par les journalistes du quotidien, ne suffit pas à renflouer le banquier. Fin 2019, Combat Media se retrouve avec encore des pertes cumulées de 40 millions d’euros, et 68 millions d’euros de dettes brutes. Et de multiples créanciers viennent frapper à la porte. De quoi faire mauvais genre pour ce spécialiste de la restructuration des dettes souveraines, qui plaide aujourd’hui pour l’effacement d’une partie de celle de la France. Le 1er décembre 2019, Combat Media est incapable d’honorer une échéance de 2,5 millions d’euros due à Madison Cox, l’héritier de Pierre Bergé, pour racheter ses parts dans le Monde. Puis en septembre 2020, WPP engage une procédure devant le tribunal de commerce de Paris pour obtenir son dû, et déprécie sa dette de 8,5 millions d’euros. L’homme d’affaires doit aussi nantir la moitié de ses 6,5 % dans Mediawan.
Une nouvelle fois acculé, l’ancien associé gérant de Lazard se résout à céder fin 2021 à Xavier Niel le restant de ses parts dans le Monde et l’Obs. Cette vente permet à Combat Media d’enregistrer cette année-là un bénéfice net de 24,5 millions d’euros. Cette rentrée d’argent frais lui permet de rembourser Reliance et WPP, qui abandonne sa procédure judiciaire. Un temps, Matthieu Pigasse conserve une participation symbolique de 2 % dans Nouveau Monde, qu’il finit par vendre pour un euro à Xavier Niel en 2024. Depuis lors, l’auteur de l’Éloge de l’anormalité, n’est plus actionnaire ni du Monde ni de l’Obs, mais conserve 15 % du Huffington Post France.
Un goût pour les « sociétés chèque en blanc »
Ces dernières années, sa situation financière semble s’éclaircir enfin. Notre homme s’est notamment entiché d’un instrument financier venu des États-Unis qu’il avait beaucoup critiqué auparavant : les SPAC, acronyme de special purpose acquisition company, surnommé aussi « société chèque en blanc ». Il s’agit d’une coquille vide qui s’introduit en Bourse pour lever des fonds afin de financer une acquisition qui n’est pas encore identifiée lors de l’IPO. Matthieu Pigasse en a sponsorisé trois. Il y a d’abord eu Mediawan, premier véhicule du genre en France en 2016. Après y avoir investi 8 millions d’euros, il détient encore 2,4 % du producteur audiovisuel, une participation évaluée à une centaine de millions d’euros lors du dernier tour de table. Quatre ans plus tard, le financier retente l’aventure avec 2MX Organic qui a racheté Teract, propriétaire de Jardiland. Grâce à cette opération, il vient d’engranger 7,8 millions d’euros en vendant à InVivo sa participation de 3,4 %, logée dans Combat Holding (société sœur de Combat Media). Il a aussi abandonné son mandat d’administrateur, qui lui rapportait 20 000 euros par an. Enfin, en 2021, il y a eu I2PO, dont la cible fut la plateforme de streaming Deezer. Il en est toujours administrateur, recevant à ce titre près de 30 000 euros par an. Combat Holding détient 1,9 % du capital, qui valent 3 millions d’euros au cours actuel. Enfin, il siège aussi depuis 2005 au conseil d’administration du groupe Derichebourg, rémunéré pour cela 25 000 euros par an.
Malgré ce patrimoine important, Matthieu Pigasse s’est fait une réputation de mauvais payeur en laissant des ardoises de plus de 100 000 euros à l’hôtel Costes, comme l’avait révélé le Canard Enchaîné. Et, selon nos informations, en 2023, l’agence de communication Image 7 a dû saisir le tribunal de commerce pour obtenir le paiement d’une facture de 15 000 euros laissée par Radio Nova. Pas à un paradoxe près, notre homme avait recruté l’entreprise d’Anne Méaux, pourtant située à droite (elle a travaillé pour VGE, Madelin, Fillon…) pour faire la com de sa radio de gauche…
Quand les sociétés de Matthieu Pigasse font appel à la banque d’affaires de Matthieu Pigasse
Matthieu Pigasse continue à bénéficier de juteux contrats de banquier d’affaires sur des opérations de fusions & acquisitions, à commencer par les sociétés dont il est par ailleurs actionnaire. Ainsi, lorsqu’il était PDG de Lazard France, cette dernière a conseillé Mediawan sur l’acquisition du groupe AB. Le banquier chargé de cette opération, Guillaume Izabel, a ensuite été recruté en 2017 comme directeur financier de Mediawan. Puis, lorsque Matthieu Pigasse est devenu patron de la filiale française de Centerview, cette dernière a conseillé Mediawan pour l’entrée au capital de KKR (2020) puis le rachat de la société Plan B de Brad Pitt (2022), et touché ainsi plus de 5 millions de dollars de commissions en 2022-23. Elle a aussi travaillé sur le rachat de North Road pour lequel elle devrait empocher entre 4 et 8 millions de dollars.
Mais ce n’est pas tout. Centerview a aussi conseillé I2PO pour l’acquisition de Deezer, rémunérée pour cela 4,2 millions d’euros. Et aussi 2MX Organic pour la création de Teract (3 millions d’euros de commissions) puis pour l’étude du dossier Casino (4,5 à 6,5 millions d’euros d’honoraires si le deal avait abouti). Elle a aussi conseillé le groupe Derichebourg, dont Matthieu Pigasse est administrateur, lors du rachat d’Elior.
Les sociétés de Matthieu Pigasse
Les Inrocks : racheté en 2009 pour moins de 5 millions d’euros. Edité par les Éditions indépendantes, appartenant à la holding Ysatis détenues à 79,66 % par Combat Média, le solde appartenant notamment à Jean-Daniel Camus.
Radio Nova : racheté en 2015 pour 13 millions d’euros. Edité par NovaPress qui appartient à environ 95 % par Combat Media, le solde appartenant notamment à JF Bizot & Cie.
Le Huffington Post France : lancé en 2012. Détenu à 15 % par les Nouvelles éditions numériques, qui elles-mêmes appartiennent à 80 % à Combat Media. La directrice générale des Nouvelles éditions numériques est Anne Sinclair.
Relax news (devenu ETX Studio) : investissement en 2007 pour prendre environ 2 %. Administrateur jusqu’en 2015 puis à nouveau à partir de 2021
Les Jours : Combat Media a investi 20 000 euros en 2016 pour prendre 1 %
Rough Trade Retail Group (disquaire britannique) : en 2017, investissement de 1,7 million de livres pour racheter 37 %
Mediawan : investissement de 2 millions d’euros en 2016, puis de 6 millions en 2023. Combat Media détient aujourd’hui 2,4 % et Matthieu Pigasse est membre du conseil de surveillance
Deezer : Combat Holding détient aujourd’hui 1,9 %
Rock en Seine : rachat en 2017 de la société organisatrice du festival Garaca par ReS Holding pour environ 7 millions d’euros, puis revente de 50 % de ReS Holding à l’américain AEG.
We love green : ReS Holding rachète 80 % en 2025 pour une somme estimée à 4 millions d’euros. Les 20 % restant restent détenus par Because Music et la société WLA Events de Marie Sabot
Golden coast : Combat Media prend 35 % en 2025 pour 350 euros, le reste du capital appartenant à Believe (35 %) et Goco Family (30 %)
la Route du rock : détenu à 48 % par François Fleuret et 52 % par Combat Rock qui appartient à Mathieu Levieille (15 %), Jean-Paul Roland (15 %) et Combat Holding (70 %), qui a investi 500 000 euros en 2025.
Combat Energy : fonds créé en 2019 pour investir dans des start-up, avec des tickets de 50 000 à 500 000 euros au maximum. Liquidé en 2024, sans avoir apparemment effectué aucun investissement.