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Santé

Comment le fonds Ardian est passé à côté des laboratoires Boiron

La société d’investissement avait approché le groupe pharmaceutique français pour en prendre le contrôle. Mais un conflit interne a fait dérailler le projet.

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L’annonce est tombée le 4 juillet dernier. Les actionnaires familiaux des célèbres laboratoires Boiron, qui ont bâti leur fortune dans l’homéopathie, ont fait part de leur souhait de lancer une offre publique d’achat simplifiée sur le groupe. Celui-ci devrait donc prochainement quitter la Bourse après y être resté pendant près de 35 ans. Pour mener à bien cette opération intermédiée par la banque d’affaires Bryan Garnier, la famille s’est rapprochée du fonds new-yorkais EW Healthcare Partners, futur actionnaire minoritaire de l’ensemble. Mais en début d’année, un tout autre projet était sur la table. Selon nos informations, les laboratoires Boiron auraient pu faire l’objet d’une prise de contrôle par Ardian en février.

La firme d’investissement de la place Vendôme, qui gère plus de 150 milliards de dollars d’actifs, était entrée en négociations avec les actionnaires familiaux, via une approche de gré à gré. Le prix ? Relativement proche des 50 € par action, comme dans le cadre de la transaction avec EW Healthcare. Avec à la clé une prime, somme toute classique dans le cadre d’une OPA, mais qui tombait à point nommé. Fin janvier, Boiron affichait l’un des plus forts reculs en Bourse, à 43 € l’action, en raison de résultats jugés décevants. Le groupe pharmaceutique rhodanien reste cependant l’un des seuls à avoir une dimension mondiale dans l’homéopathie, avec une présence dans une cinquantaine de pays, dont des positions fortes en Europe et en Amérique du Nord. Et la suppression du remboursement par la sécurité sociale de l’homéopathie ne l’a pas mis à terre, loin de là. Dans l’Hexagone, malgré une baisse enregistrée sur ce segment, les ventes globales du groupe ont progressé de 9,4 % l’an dernier, portées par des diversifications. Le chiffre d’affaires a ainsi grossi de près de 14 % à taux constant par rapport à 2021.

Un dossier éminemment politique

« Tout était prêt pour que l’opération avec Ardian se fasse », estime un conseil. Mais le dossier n’aura même pas atterri sur le bureau du comité d’investissement, l’organe qui, au sein d’une société de gestion, autorise le fonds à signer les prises de participation. Selon plusieurs sources, le managing director d’Ardian à l’origine des tractations avec les actionnaires familiaux, le responsable du financement buy-out Daniel Setton, n’a pas été suivi par sa direction. Le nœud du problème ? Ce professionnel, qui officiait depuis près de 16 ans dans la société, n’était plus en odeur de sainteté. Il a d’ailleurs été discrètement remercié dans la foulée de cette tentative de transaction. Dans la balance, certains font savoir qu’il ne respectait plus le niveau d’exigence minimum d’Ardian, notamment en matière de volume de transactions. Par le passé, ce professionnel avait notamment travaillé sur de grosses opérations, comme les fabricants français d’ingrédients Diana (revendu à l’allemand Symrise en 2014) et Solina.

« La présence de Daniel Setton gênait Thibault Basquin, le futur patron de l’activité buy-out d’Ardian (Ndlr, et l’un des deux remplacants de Philippe Poletti). Il en a fait les frais », juge un proche de la société de gestion. Son licenciement intervient après une succession d’autres départs houleux. L’an dernier, Mathieu Antonini et Laurent Foata, respectivement responsables des activités buy-out et growth chez Ardian, ont tous deux été remerciés. Le premier est parti diriger les activités françaises de Perwyn, la société d’investissement de la famille Perrodo (propriétaire du pétrolier Perenco), tandis que le second vient de créer la sienne, Agila Growth. Quant à Daniel Setton, issu d’une famille d’entrepreneurs (le père, Jacky Setton, était le P-dg de Pioneer France), il évolue désormais au sein de sa structure familiale, dans laquelle il devrait piloter de futures opérations de private equity. Il y rejoint ainsi son frère, Eric Setton, cofondateur de la start-up française Tango. Ce dernier avait revendu des parts de sa pépite au chinois Alibaba pour une petite fortune, il y a quelques années.

Contactés, Ardian, Boiron et Daniel Setton n’ont pas souhaité commenter.