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Continuer la lectureEurazeo lorgne son concurrent Astorg
La puissante société d’investissement cotée fait les yeux doux au spécialiste français des LBO à la tête de 21 milliards d’actifs. Mais elle serait, elle-même, approchée par des investisseurs.
Neuf mois après le départ brutal de sa médiatique patronne Virginie Morgon, Eurazeo est-elle encore à l’aube d’autres changements majeurs ? Ses dirigeants, Christophe Bavière et William Kadouch-Chassaing, sont clairs : la puissante firme d’investissement cotée veut mettre la main sur d’autres acteurs du private equity. Les deux hommes l’ont martelé lors du « capital market day » d’Eurazeo, ce jeudi 30 novembre. « Nous ne sommes pas à un stade où nous pouvons dire que nous sommes en discussion, a précisé William Kadouch-Chassaing. Mais nous envisageons des opérations de croissance externe si elles nous permettent d’accélérer là où nous estimons avoir une position de leadership. » Eurazeo s’intéresse à des gérants ayant « plutôt un focus européen en termes d’investissement et une base de souscripteurs de fonds plus internationale que celle que nous avons », a-t-il poursuivi. Mais selon plusieurs sources, notamment internes, Eurazeo aurait une cible particulière en ligne de mire : le gestionnaire français, Astorg, un spécialiste des LBO qui totalise 21 milliards d’euros d’actifs.
Ce dernier est lui-même en quête d’un nouvel actionnaire depuis des mois, avec l’aide de Goldman Sachs comme banque conseil, a appris l’Informé. S’allier à un autre investisseur permettrait notamment à Astorg de régler le cas de ses fondateurs Xavier Moreno et Joël Lacourte, désireux de sortir du capital. « Difficile de céder ses parts via une introduction en Bourse vu l’état du marché, commente un banquier. Difficile aussi pour les autres membres de l’équipe de reprendre toutes les parts : ce qui pouvait se faire par endettement avant la crise est beaucoup moins évident aujourd’hui avec la flambée des taux. Reste donc l’arrivée d’un autre investisseur. »
Né dans l’orbite de Suez, Astorg a pris son indépendance en 1998 et s’est imposé en acteur de classe européenne, en levant de plus en plus d’argent pour ses fonds d’investissement. Son véhicule lancé en 2011 a réuni 1,1 milliard d’euros, celui de 2016 2 milliards, puis le suivant 4 milliards en 2019… La société de gestion a réussi à attirer parmi ses souscripteurs de gros fonds de pension américains comme NYSTRS (qui gère les retraites des enseignants de l’État de New York), Lacera (la caisse des fonctionnaires de Los Angeles) - ou des fonds souverains du Moyen-Orient. Le dernier-né de ses véhicules, encore en cours de commercialisation, disposait de 4 milliards en juillet et espérait amasser 500 millions de plus d’ici fin janvier pour son « closing final ». L’objectif, au départ, était de réunir 7 milliards, mais la difficulté de lever des fonds de private equity a ramené ses ambitions à la baisse. « Astorg paie les frais d’une stratégie de plus en plus orientée vers la tech qui n’a pas pleinement convaincu les investisseurs, aujourd’hui frileux et très sélectifs », estime un proche du gérant. Or l’accroissement de la taille des fonds, qui permet de générer davantage de commissions de gestion, est devenu un enjeu majeur. Sans cela, difficile de suivre le rythme de l’inflation des salaires dans le non coté (déjà des rémunérations parmi les plus élevées, tout secteur confondu) et de procéder à des promotions, pourtant indispensables au maintien de la cohésion à long terme.
Astorg, qui intéresserait aussi Antin Infrastructure Partners, viserait une valorisation proche de 2 milliards d’euros. Une somme conséquente quand on sait que Wendel s’est offert en octobre 51 % d’IK Partners pour 380 millions d’euros seulement, alors que cette structure affichant 12 milliards d’euros d’actifs sous gestion est considérée comme l’une des plus performantes du marché. L’acquéreur d’Astorg devra donc avoir les poches profondes. « Ce potentiel investissement revêt une dimension stratégique car il permettrait à Eurazeo d’accroître sa force de frappe dans la gestion pour compte de tiers, à l’image de ce qu’a fait Wendel », explique un financier. Historiquement, l’une et l’autre investissaient uniquement en mobilisant directement les ressources de leur bilan. Mais elles prennent de plus en plus de distance vis-à-vis de ce modèle, mal valorisé par la Bourse. En rachetant des gestionnaires de fonds externes, elles peuvent mettre la main sur leurs commissions de gestion et s’offrir ainsi du chiffre d’affaires récurrent.
Lors de son capital market day, Eurazeo a dit qu’elle voulait dégager 1,7 milliard d’euros pour financer sa croissance externe, sur 2024-2027. La somme correspond à la différence entre le gain espéré de ses cessions (7 milliards d’euros) et diverses dépenses : investissements prévus dans des entreprises (3 milliards d’euros), dividendes ordinaires (800 millions) et rachats d’actions (1,5 milliard). Aujourd’hui, la structure n’a que 500 millions de disponibilités en cash - des lignes de crédit sur lesquelles elle peut tirer. Pour financer une acquisition comme celle d’Astorg, elle pourrait très bien payer les vendeurs avec ses actions. Une montée au capital étalée dans le temps - comme dans l’opération Wendel /IK - permettrait aussi d’arrondir les angles.
La feuille de route d’Eurazeo pour les prochaines années est désormais claire et validée par ses actionnaires comme par la Bourse (son cours s’étant envolé de plus de 11 % dans la journée du CMD, pour s’établir à 69 euros). Mais cela n’empêche pas, selon nos informations, des discussions pour tester l’arrivée d’un nouvel actionnaire. De grands investisseurs auraient en effet approché les principales familles détentrices, les Decaux (18 %) et le bloc formé par les David-Weill, Solages et Guyot (15,4 %).
Contactés par l’Informé, Eurazeo n’a pas souhaité faire de commentaires et Astorg n’a pas répondu. JCDecaux n’a pour sa part pas encore répondu à notre sollicitation.