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Continuer la lectureLa réorganisation de BNP Paribas AM entraîne une fuite des talents
En janvier, la filiale de BNP Paribas a réuni dans un nouveau pôle des équipes du groupe bancaire dédiées aux classes d’actifs non cotées. Mais la greffe prend difficilement.
La réorganisation de BNP Paribas Asset Management ne se fera pas sans casse. En janvier 2023, cette filiale dédiée à la gestion d’actifs a mis en place un pôle « actifs privés ». Le but ? Rapprocher plusieurs équipes qui, à différents endroits du groupe bancaire, couvraient les classes d’actifs non cotées - capital-investissement, dette privée, infrastructures… Des activités étaient déjà assurées en direct par BNP Paribas AM, d’autres se trouvaient chez Cardif (la compagnie d’assurances affiliée à BNP Paribas). Sans oublier, enfin, une équipe de private equity qui dépendait directement de la tête de groupe de BNP Paribas et opérait sous une double bannière, BNP Paribas Principal Investments et BNP Paribas Agility Capital. Résultat : le pôle « private assets » de BNP Paribas AM pesait à son lancement environ 30 milliards d’euros d’actifs, dans les quelque 500 milliards de la société de gestion. Sa constitution devait apporter son lot de bénéfices en termes de puissance commerciale, notamment en facilitant les levées de capitaux pour investir.
Mais cette réorganisation a entraîné des mouvements… Et pas des moindres. Selon nos informations, Christophe Lenouvel, le patron historique de BNP Paribas Principal Investment et d’Agility Capital est sur le départ. Il aurait brigué la direction du nouveau département, sans succès : le poste a finalement été confié à David Bouchoucha, un historique de BNP Paribas AM un temps chargé des ventes institutionnelles)… Dans le nouvel organigramme, Christophe Lenouvel - qui n’a pas souhaité répondre à l’Informé - avait toutefois hérité d’une place de choix comme responsable des investissements directs : il chapeautait l’ensemble des prises de participation et des financements injectés directement dans les entreprises (par opposition aux fonds de fonds, où l’argent est placé dans des véhicules externes chargés de l’investir dans le tissu économique). Après avoir annoncé sa volonté de s’en aller avant l’été, il laisse son périmètre à Gilles Vanel, un autre historique de BNP Paribas (passé notamment par la dette LBO de la banque d’investissement), avec sous ses ordres deux responsables du private equity, Damien Fournier et Lionel Gomez.
Le départ de cette personnalité signe une petite révolution interne. Entré en 1998 dans le groupe, Christophe Lenouvel a d’abord été le responsable de BNP Paribas Principal Investment, une entité placée sous la direction générale de la banque qui avait pour mission d’investir pour son compte dans le private equity. « L’état-major du groupe lui avait ensuite donné beaucoup de latitude pour développer une activité de gestion de fonds de private equity pour compte de tiers, témoigne l’une de ses connaissances. On pouvait même parler d’une vraie logique « intrapreneuriale. » Christophe Lenouvel a ainsi pu bâtir une nouvelle société de gestion, BNP Paribas Agility Capital, afin d’investir pour le compte d’autres investisseurs de la banque. Cette entité est parvenue à lever 739 millions d’euros pour son premier véhicule, la moitié correspondant encore à un apport de BNP Paribas, les autres 50 % venant d’autres souscripteurs (dont Cardif). Flexible, le fonds pouvait aussi bien prendre des participations minoritaires « classiques » au capital d’entreprises en co-investissant avec d’autres fonds qu’intervenir en actions de préférence ou en obligations « mezzanine » voire « unitranche », des instruments utilisés pour le financement de LBO. Ses cibles ? Des entreprises de toutes tailles, de 10 à 400 millions d’euros d’Ebitda. Parmi ses premiers investissements figuraient une participation dans le groupe d’Ehpad DomusVi ou au LBO d’IK Partners et d’Eurazeo sur les logiciels de propriété intellectuelle Questel.
Par voie de fusion, la société de gestion a formellement disparu avec la création de BNP Paribas AM. Une décision symbolisant la fin de la relative autonomie dont jouissaient Christophe Lenouvel et son équipe. « Tout cela obéit à la logique très industrielle propre à l’asset management avec des processus très normés, témoigne une source interne. Ce n’était pas trop la tasse de thé de Christophe Lenouvel, qui a préféré partir plutôt que de passer son temps dans des comités et à faire de la politique. » Reste la question de la commercialisation d’un fonds appelé à prendre la suite du premier véhicule d’Agility Capital (dont la force de frappe est totalement déployée). Selon plusieurs sources, deux levées distinctes seraient envisagées, l’une pour investir en fonds propres dans les entreprises, l’autre plutôt axée sur des instruments obligataires. « Cela n’aurait plus rien à voir avec la stratégie d’investissement d’origine dont la force et l’originalité résidaient dans la souplesse du choix des instruments d’intervention », juge un interlocuteur.
Des anciens de Cardif sur le départ
Comme Christophe Lenouvel, d’autres pointures ont décidé de faire leurs cartons. Celle qui avait vocation à piloter la dette privée, Deepah Colombel, a accepté un poste similaire chez Crédit Agricole Assurances. Selon nos informations, Sylvain Froissard, qui avait brièvement rejoint la nouvelle plateforme de BNP Paribas AM, après avoir été responsable adjoint des investissements en non coté (essentiellement du fonds de fonds) chez Cardif, a quitté le navire. L’intéressé - qui n’a pas souhaité répondre à l’Informé - a rejoint Dentressangle, la holding d’investissement de la famille du même nom. L’un de ses collaborateurs, Thibault Delmas, a quant à lui rejoint la Caisse des Dépôts. « Il semblerait que la greffe entre Cardif et le nouveau département actifs privés de BNP Paribas AM prenne moyennement, pointe une relation institutionnelle de Cardif. Il y a un détail qui ne trompe pas : l’assureur a décidé de reconstituer une équipe chargée d’investir en private equity, en dette privée et en infrastructures. »
D’autres départs sont également pressentis chez BNP Paribas Asset Management. Contactée, cette dernière n’a pas donné suite aux sollicitations de l’Informé.