Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Transports - Auto

Pour la première fois, des pilotes Air France vont voler sur des avions KLM

Depuis le rachat de la compagnie néerlandaise en 2004, les pilotes français bloquaient toute collaboration avec leurs homologues par crainte de dumping social.

Photo
STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Belle victoire pour Ben Smith. Le directeur général d’Air France-KLM vient d’obtenir l’accord des deux organisations syndicales majoritaires de pilotes du groupe aérien, le SNPL côté français, VNV côté hollandais, pour engager une petite révolution interne. Selon nos informations, Air France va prêter à KLM des commandants de bord et des copilotes pendant le rush de la saison estivale pour faire voler ses Boeing 777 entre Amsterdam et l’Amérique du Nord. En parallèle, des instructeurs Air France, déjà rodés aux Airbus A350, formeront aussi des instructeurs chez KLM à partir de septembre. La compagnie hollandaise doit réceptionner en 2026 ses premiers exemplaires du long courrier d’Airbus, quand la française en opère déjà une quarantaine. « C’est encore soumis à quelques incertitudes, le calendrier pour que cela soit mis en place cet été est très serré », tempère un proche du dossier. Cette première historique depuis la prise de contrôle de la compagnie royale hollandaise par le groupe français en 2004 a été longuement négociée par un des plus proches de Ben Smith, le directeur général adjoint Stratégie et Transformation du groupe, Oltion Carkaxhija. « On s’est longtemps regardé en frères ennemis avec KLM, qu’on soupçonnait de vouloir nous siphonner sur le long courrier, explique un pilote Air France. Mais là, il s’agit d’un accord gagnant-gagnant. On ouvre un chapitre complètement nouveau. »

Le projet devrait être officiellement soumis à la signature des organisations syndicales dans les prochains jours. Pour l’instant, il concernera une quinzaine de pilotes (une goutte d’eau sur les 4 000 que compte la compagnie française) et la formation sur A350 devrait mobiliser 16 commandants de bord jusqu’à juin 2026. « Nos pilotes vont voler avec leurs propres manuels d’exploitation, à l’exception des procédures des personnels navigant commerciaux qui resteront celles définies par KLM », précise un commandant de bord d’Air France. Des formations spécifiques pour les pilotes tricolores sont également prévues. Restent toutefois des points à éclaircir comme les procédures de « sécurité sauvetage » qui seraient celles de KLM mais déclenchées par une équipe française.

Cet accord doit aider la compagnie hollandaise, tellement à court de pilotes qu’elle ne peut réaliser toute son offre dans les périodes les plus chargées, qui sont aussi les plus lucratives. Depuis la sortie de Covid, elle fait face à de grandes difficultés pour relancer son activité avec notamment « un système de formation interne totalement saturé », selon un pilote. Pour l’entreprise, il est aussi impératif d’utiliser au maximum les créneaux qu’elle détient sur son hub d’Amsterdam Schiphol : l’aéroport est sous forte pression du gouvernement néerlandais pour réduire le nombre de vols, afin de diminuer la pollution atmosphérique et sonore des populations riveraines. Si KLM n’arrive pas à exploiter ses propres créneaux, l’exécutif local n’hésitera pas à les supprimer à l’avenir.

Avec l’appui des ressources Air France, « KLM sécurise ses ‘slots’, augmente l’utilisation de sa flotte d’avions et engrangera des recettes supplémentaires qui, sinon, lui auraient échappé », explique une source interne. Les équipes Air France sortiront aussi globalement gagnantes. Les pilotes mobilisés réaliseront davantage d’heures de vol que d’habitude et bénéficieront ainsi d’une meilleure rémunération. Ils libéreront aussi des plans de vol qui profiteront à leurs collègues. C’est l’argument qui a emporté l’accord des pilotes du SNPL.

Pourtant, le syndicat majoritaire reste sur ses gardes. Il a fixé une ligne rouge à ne pas franchir : la mise en concurrence des équipes des deux entités afin que la direction puisse « faire du dumping social ». « L’objectif est d’éviter que des pilotes prennent le travail de leurs collègues dans l’autre compagnie du groupe », met en garde un représentant du personnel. Le syndicat garde un mauvais souvenir de la crise de 2015 : cette année-là, l’ex-PDG Alexandre de Juniac avait rompu le « Pilot Protocol », négocié au moment du rachat de KLM, qui répartissait l’activité long courrier entre les deux « hubs » du groupe à Roissy et à Amsterdam-Schiphol.

« Pendant plusieurs années, les équilibres n’ont pas été respectés, au détriment d’Air France et de l’emploi des pilotes français, indique un représentant du SNPL. L’arrivée de Ben Smith en 2018 a permis de remettre à plat le différend avec une volonté de respecter les accords passés. Une trajectoire de rattrapage a été mise en place en 2019 et le groupe s’y est conformé depuis. » Une nouvelle relation, plus apaisée, s’est alors ouverte, permettant de lancer des projets innovants.