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Air France choisit son nouveau directeur « opérations aériennes »

La compagnie présidée par Ben Smith a fait le choix de l’apaisement des relations avec ses pilotes de ligne, en sélectionnant le candidat le plus expérimenté pour ce poste stratégique.

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Ce n’est pas encore la « bulle détente », dévoilée par Air France cette semaine pour ses clients de première classe, mais l’heure est bien à l’accalmie dans les relations entre la compagnie et ses pilotes. Selon nos informations, la directrice générale, Anne Rigail, a choisi Laurent Lafontan, un commandant de bord d’A350 affichant de nombreuses expériences d’encadrement, pour prendre le poste de directeur général adjoint chargé des opérations aériennes et membre du comité exécutif. Il succédera à Alexandre Blanc, qui avait annoncé en janvier qu’il quittait ses fonctions après quatre ans à ce poste essentiel, chargé de faire le lien entre la direction générale de la compagnie et ses 4 000 pilotes.

Alexandre Blanc faisait face depuis quelques mois à une grogne croissante en interne, certains dénonçant un « management dur » et des erreurs dans la gestion de crises, comme en octobre dernier quand l’équipage d’un vol vers Dubaï, non dérouté, a aperçu les missiles balistiques tirés par l’Iran sur Israël. Le premier syndicat de pilotes, le SNPL, avait exigé fin 2024 « une amélioration des process et un changement de culture aux opérations aériennes, à la sûreté, au Centre de contrôle des Ooérations (CCO), au hub et dans certaines escales. (...) La place du pilote, et en particulier du commandant de bord, doit être réaffirmée. »

Le malaise est désormais palpable au sein d’Air France. Selon un récent sondage réalisé par l’institut OpinionWay pour le SNPL, seulement un tiers des pilotes font confiance aux « process des services de sûreté de la compagnie » et moins de la moitié font confiance à la direction des opérations aériennes. Un résultat désastreux dans une entreprise où la relation de confiance avec ceux qui emmènent dans les airs plus de 200 passagers est essentielle pour la « production » des vols. Ces difficultés restent toutefois circonscrites : dans la même enquête, le management intermédiaire et la direction générale conservent la confiance de plus des deux tiers des officiers de ligne.

Signe de l’impact du poste occupé jusqu’ici par Alexandre Blanc et du redressement attendu, quatorze candidats internes s’étaient présentés pour reprendre le manche des opérations aériennes. Pour remporter cette course, Laurent Lafontan a pu mettre en avant une présence depuis près de 24 ans dans les équipes de vol d’Air France. « Son objectif sera de renouer le lien avec les pilotes, indique une source interne. Il faut un pacificateur capable de faire remonter les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien à la direction d’Air France et du groupe ».

Commandant sur Boeing 777, Airbus A320 et A350, Laurent Lafontan a déjà occupé des postes à responsabilité à la direction des opérations aériennes (DGOA), et en particulier sur les questions de sécurité des vols comme responsable des études, puis responsable de la conformité et des enquêtes internes. En 2013, il a été nommé directeur adjoint de la sécurité des vols, puis directeur de la stratégie et de l’innovation. Avant d’être promu en 2018 directeur du développement des opérations aériennes. Un poste au carrefour du management, des standards de sécurité et de qualité de vol, de réduction de la consommation de carburant et de l’utilisation des données numériques. « Le choix d’un tel profil indique l’ambition du groupe Air France KLM de changer la gestion des opérations, juge un pilote. Laurent Lafontan incarne une nouvelle génération par rapport à Alexandre Blanc et ce sera important pour communiquer avec les jeunes recrues arrivées en nombre depuis 2020. »

Beaucoup notent aussi que le nouveau DGOA devra répondre à un déficit de communication qui s’est installé en interne. « Ben Smith venait régulièrement, au début de son mandat, expliquer la stratégie qu’il voulait mettre en place devant les pilotes et cela a aussi été le cas pendant l’épidémie de Covid, remarque un dirigeant d’Air France. Mais aujourd’hui son centre de gravité s’est déplacé vers les enjeux de consolidation du secteur aérien, avec TAP et Air Europa (Air France-KLM est candidat à leur rachat, ndlr) et d’amélioration du produit pour les passagers. Cela a créé un manque d’explication voire une mauvaise compréhension des décisions prises, comme pour le transfert à Roissy des vols d’Air France d’Orly. »

Pour être effective, la nomination doit au préalable obtenir le feu vert administratif de la direction de la sécurité (DSAC) de la direction générale de l’aviation civile. Il devrait intervenir très prochainement.