L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLa Yaris Cross fait bondir les résultats de l’usine française de Toyota
Installée à Onnaing dans le Nord, la filiale française du constructeur japonais a vu ses bénéfices décoller. Mais les royalties qu’elle verse à la maison mère sont toujours dans le viseur du fisc.
Toyota enchaîne les records en France. Alors que les usines de ses grands concurrents (PSA, Renault…) ont souffert de commandes en baisse et de difficultés d’approvisionnement, son site industriel, implanté près de Valenciennes, affiche une santé insolente : son chiffre d’affaires a progressé de 11 % sur son dernier exercice annuel, clos le 31 mars 2024, pour atteindre 4,9 milliards d’euros, selon des documents internes consultés par l’Informé. Une progression de près de 500 millions d’euros en seulement un an, portée par le succès du blockbuster Yaris Cross, le SUV compact le plus vendu en Europe en 2023. Lancé en 2021, ce modèle, doté d’une motorisation hybride ou hybride rechargeable, représente désormais plus de 70 % des ventes. Le reste de la production étant consacré à la citadine Yaris, le premier véhicule de la marque produit en France.
L’usine nordiste a sorti un record de 278 000 véhicules lors de son dernier exercice comptable, soit 11 000 de plus sur un an. « Avec 1 200 véhicules produits par jour, le site tourne à pleine capacité, indique un salarié de Toyota Valenciennes, devenue la plus grosse usine automobile de France. La charge de travail est très importante et pourtant la direction est toujours à la recherche de productivité. » Trois équipes de production se relaient sur une unique ligne, en amélioration continue, (le « kaizen » dans le jargon du constructeur) : début mars, elle a atteint le niveau record de 1 218 véhicules quotidiens.
Seule ombre au tableau : pour le prochain exercice, Toyota prévoit une baisse de 3 % du chiffre d’affaires. « Nos modèles prennent de l’âge, même si la nouvelle version de la Yaris Cross avec une motorisation plus puissante lui maintient tous ses atouts, avance un dirigeant de Toyota Motor Manufacturing France (TMMF). Nous anticipons aussi une concurrence accrue sur ce segment, venant de Dacia notamment. » Cette compétition serrée pourrait pénaliser les ventes et limiter les possibilités d’augmenter les prix au consommateur. Toyota compte en tout cas sur une maîtrise des coûts pour maintenir sa rentabilité.
Car le constructeur nordiste, longtemps abonné aux pertes depuis sa création en 2001, a vu ses recettes tellement progresser qu’il affiche depuis deux ans ses premiers bénéfices. Lors de l’exercice précédent (clôturé au 31 mars 2023), son chiffre d’affaires avait dépassé pour la première fois les 4 milliards d’euros. TMMF avait alors dégagé de 38 millions d’euros de résultat net. Et les profits se sont encore envolés l’an dernier pour atteindre 284 millions d’euros.
Et encore ! Les services fiscaux soupçonnent l’entreprise de plomber artificiellement ses performances en France en gonflant les coûts des achats passés à la holding bruxelloise Toyota Motor Europe NV/SA et à sa maison mère nippone, comme l’avait révélé l’Informé. Une stratégie de « prix de transfert » sur les achats de biens, l’utilisation de brevets technologiques ou les redevances de marque qui permet à Toyota de réduire l’impôt sur les sociétés dont il doit s’acquitter dans l’Hexagone. Pour le dernier exercice, exceptionnel, Toyota a ainsi versé 219 millions d’euros de royalties (+25 millions d’euros sur un an), réduisant d’autant son bénéfice imposable. « C’est le schéma mondial adopté par Toyota, répond un porte-parole en France. Il est basé sur des taux de rémunération des technologies et des marques tout à fait en ligne avec les standards de l’OCDE. »
Autre moyen utilisé, selon le syndicat CGT du constructeur : la filiale tricolore vend au rabais les Yaris qu’elle produit à la holding européenne du groupe, chargée de la commercialisation des véhicules sur tout le continent. Elle lui facture 18 000 euros par véhicule, un prix bien inférieur au prix de vente chez les concessionnaires (entre 25 000 et 35 000 euros). De quoi réduire le chiffre d’affaires déclaré en France et les bénéfices.
Le ministère du budget a dans le viseur les mécanismes fiscaux de la multinationale depuis de nombreuses années. Un contentieux est d’ailleurs ouvert pratiquement depuis les débuts du Japonais à Valenciennes, avec cinq enquêtes successives. La filiale française ne modifiant pas son modèle fiscal, elle a reçu le 22 décembre 2022 une notification de Bercy pour les exercices 2018 à 2020, qui s’est ajoutée à une plus ancienne et toujours pas régularisée pour les exercices 2015 à 2017. Au total, le constructeur a provisionné 80 millions d’euros dans ses comptes pour faire face à un éventuel redressement. Mais, les négociations sont complexes et s’éternisent du fait de la convention fiscale conclue entre Paris et Tokyo. Pour récupérer les impôts dus par le fabricant, le fisc français n’échange pas avec Toyota mais uniquement avec son homologue japonais (lequel veut bien sûr éviter de renoncer à une partie des taxes que lui verse le constructeur). « Nous n’avons pas reçu de conclusions à ce jour », indique placidement la filiale française. Les négociations, initiées en 2017, continuent.