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Continuer la lectureL’équipementier automobile Novares pourrait basculer sous pavillon américain
Fort de plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 9 000 salariés, le plasturgiste pourrait être racheté par le propriétaire du fabricant de pièces détachées First Brands.
Il s’enorgueillit d’équiper un véhicule sur trois dans le monde avec ses composants en plastique… Fournisseur de constructeurs comme Stellantis, Renault, Toyota, Ford, Volkswagen ou BMW, le sous-traitant automobile français Novares a réalisé 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires l’an passé avec ses quelque 9 000 salariés. Cet ensemble appartient aujourd’hui au fonds Equistone (75 % du capital), au fonds Avenir Automobile de Bpifrance et à ses dirigeants. Mais cela ne va peut-être pas durer car Novares pourrait prochainement passer sous pavillon américain, a appris l’Informé.
Selon nos informations, l’équipementier français est effectivement en discussion avancées pour passer sous le contrôle d’une entité luxembourgeoise appartenant à Patrick James, le propriétaire de First Brands Group, un fabricant américain de pièces automobiles. L’opération, qui vient tout juste d’être notifiée auprès de la Commission européenne au titre du contrôle des concentrations, doit aussi passer le filtre anti-trust dans d’autres zones géographiques, comme la Chine. Si l’opération n’a toujours pas été signée (ce qui serait prévu pour le printemps) elle a d’ores et déjà été présentée au CSE du groupe, qui aurait même donné un avis positif à l’unanimité de ses membres.
En misant sur Novares, Patrick James cible une entreprise dont le positionnement est complémentaire à celui de First Brands. Ce dernier est en majeure partie tourné vers le marché des pièces automobiles de rechange, au travers d’une kyrielle de marques spécialisées (Trico, Westfalia, Autolite, Ancox…), et a publié un chiffre d’affaires de 4 milliards de dollars en 2023. Novares, quant à lui, fournit des équipements destinés au marché dit de la « première monte » - c’est-à-dire utilisés à la construction des voitures.
Les actionnaires de Novares - et particulièrement Equistone - cherchaient un repreneur pour l’entreprise depuis deux ans. Des négociations auraient même été assez loin avec un autre acteur américain, mais elles se seraient notamment heurtées au peu d’enthousiasme de ce dernier à reprendre les sites du sous-traitant français en Chine. Un prétendant de l’empire du Milieu aurait lui aussi étudié le dossier sérieusement, là aussi sans qu’un deal n’aboutisse.
Novares s’apprête à changer de mains dans un marché automobile compliqué, particulièrement en Europe. L’entreprise a déjà connu quelques sueurs froides depuis le début de la décennie. Le Covid-19, qui avait mis à l’arrêt une partie de sa production, avait provoqué une impasse de trésorerie que l’entreprise n’a pu contourner qu’en déposant le bilan en avril 2020 - puis en bénéficiant un mois plus tard d’un plan de continuation après avoir été renfloué de 71 millions d’euros de prêts bancaires garantis par l’Etat et à hauteur de 75 millions par les actionnaires. L’industriel a par la suite été fragilisé par les perturbations et l’inflation de ses coûts consécutive au redémarrage de l’économie mondiale post-Covid 19 et à la guerre en Ukraine. En août 2023, il a par ailleurs été confronté à un incendie sur un site de Zebrak en République tchèque, qui fournit BMW - lequel a accepté rapidement de mettre 24 millions d’euros sur la table pour assurer le redémarrage du site. Le chiffre d’affaires du groupe n’est jamais revenu à son niveau de 2019, année lors de laquelle il avait atteint 1,4 milliard d’euros. Son périmètre a toutefois légèrement diminué, puisque Novares a cédé quelques activités, notamment ses sites spécialisés dans les plastiques décoratifs et les pièces d’interface au Portugal (50 millions d’euros de chiffre d’affaires, 600 salariés), rachetées par Champalimaud fin 2022. L’Ebitda de l’industriel tricolore serait toutefois resté à un niveau comparable à celui d’avant Covid-19 : il se serait élevé à un peu plus de 100 millions d’euros en 2024.
Novares compte actuellement cinq usines en France, à Libercourt (Pas-de-Calais), Vire (Calvados), Sainte-Marguerite (Vosges), Villers-Bretonneux (Somme) et Ostwald (Bas-Rhin), ce dernier site étant en cours de fermeture, donnant lieu à un PSE sur 122 emplois. Après cette fermeture et en tenant compte de deux centres techniques, à Lens et à Izerenore (Ain), et du siège de Velizy-Villacoublay (Yvelines), le groupe va compter à terme 850 salariés dans l’Hexagone.
Contacté par l’Informé, Equistone n’a pas voulu faire de commentaires. Novares, Bpifrance et First Brands n’avaient pas donné suite à nos sollicitations.