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Elle a transporté la lingerie de Marie-Antoinette et les toiles de Picasso… Chenue va changer de mains

Cette discrète et mythique entreprise, propriété de la structure familiale d’investissement Horus Finance depuis 1995, est au cœur d’une enchère où ne s’affrontent plus que trois candidats.

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WIKTOR SZYMANOWICZ / NurPhoto via AFP

Le nom de Chenue ne vous dit probablement pas grand-chose, et pourtant il est indissociable du monde de l’art depuis 1760. Cette discrète entreprise française, initialement connue pour transporter les toilettes de Marie-Antoinette, emballe, transporte et installe toutes les grandes œuvres des musées de par le monde. Propriété de la structure d’investissement de la famille Da Costa Noble depuis trente ans, elle s’apprête néanmoins à changer de mains. Selon les informations recueillies par l’Informé, Rothschild & Co et la boutique de fusions-acquisitions Raphaël Financial Advisory (créée il y a une dizaine d’années par deux anciens de Rothschild & Co) travaillent sur ce projet de cession déjà bien avancé.

Trois candidats sont encore en lice dans cette enchère, dont deux investisseurs belges familiaux : Cobepa et Compagnie Nationale de Portefeuille. Le premier est contrôlé par la famille de Spoelberck, actionnaire du plus gros brasseur du monde, AB inBev (Corona, Leffe, Duff, Hoegaarden, Tripel Karmeliet…). Dans l’Hexagone, il est notamment connu pour être le propriétaire du fabricant de revêtement de sol Gerflor, du spécialiste des tests et certifications Socotec et de la chaîne de boulangerie Le Pain Quotidien. Le second est quant à lui détenu par la famille Frère, et revendique des investissements dans le prestigieux domaine viticole Cheval Blanc, aux côtés de Bernard Arnault, ou bien encore dans CLS, un fournisseur de solutions de suivi et de surveillance de la Terre, issu du CNES. Le dernier candidat est Andera. Ce fonds français s’était notamment illustré en rachetant le spécialiste de l’intérim Mistertemp’ pour près de 200 millions d’euros, comme l’avait révélé l’Informé fin 2023.

Ici aussi, la valorisation de Chenue - souvent présentée comme la « Rolls » française de la logistique d’œuvre d’art - pourrait s’élever à plusieurs centaines de millions d’euros. Car l’entreprise affiche, selon nos informations, près de 25 millions d’euros d’Ebitda, en assurant aussi bien l’emballage, l’installation, le stockage et la gestion des collections. Des toiles de Pablo Picasso au tombeau de Toutankhamon, en passant par les sculptures de Rodin, elle travaille pour tous les grands musées et dispose aussi de 70 000 mètres carrés de stockage à Paris. Ses principaux concurrents sont l’allemand Hasenkamp et l’américain Masterpiece. Pour réduire l’écart, Chenue joue parfois la carte de la croissance externe, comme en 2017, lorsqu’elle avait doublé de taille en rachetant le suisse Natural Le Coultre. Parmi ses faits d’armes, l’entreprise avait aussi été choisie en 2010 par l’hôtel de vente Drouot en lieu et place des manutentionnaires historiques, Les Savoyards.