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Continuer la lecture« On se sent plumés » : la grogne des utilisateurs de Royaltiz
La plateforme qui promettait de miser sur le succès des célébrités revoit son modèle. Mais ses utilisateurs historiques ne se satisfont pas des dédommagements proposés.
« Arnaque », « honteux », « fausses promesses »... Depuis plusieurs semaines, sur Trustpilot, une myriade de commentaires furieux sont postés au sujet de Royaltiz. La note de la plateforme a brutalement chuté à 1,9/5, et en réponse à un commentaire mécontent, ses dirigeants ont tenté d’éteindre l’incendie ainsi : « Dans le cadre des évolutions récentes de la plateforme, certaines opérations peuvent être temporairement impactées, le temps de mettre en place les améliorations en cours. » Le site décrié traverse en effet une crise importante, liée à la fin de son concept originel.
Mais pour tout comprendre, il faut remonter en arrière. Lancée en 2021, la plateforme se présentait alors comme une sorte de Bourse permettant aux fans de miser sur le succès de telle ou telle vedette, puis de recevoir un rendement mensuel basé sur leurs performances. L’Informé avait déjà enquêté sur son impressionnant tour de table ainsi que sur les difficultés rencontrées par plusieurs de ses utilisateurs, qui dénonçaient un bien trouble business. Nous nous étions également penchés sur une étrange société créée par le directeur financier de Royaltiz… pour investir dans Royaltiz. Depuis, la plateforme a évolué : elle s’est installée aux États-Unis, obtenant en janvier 2025 un accord de la Securities and exchange commission (SEC), sorte d’Autorité des marchés financiers (AMF) locale. Elle indiquait alors dans Maddyness prévoir à cette occasion une nouvelle levée de fonds, « de l’ordre de 20 à 25 millions de dollars ». Elle a également annoncé en grande pompe avoir signé un contrat à la Bourse d’Amsterdam qui allait « transformer [sa] trajectoire pour les prochaines années ».
Mais le tournant international de l’entreprise est loin d’avoir arrangé les utilisateurs du site. « On nous faisait miroiter la régulation américaine, elle est arrivée, mais ça n’a rien changé pour nous, ça n’est pas la même plateforme », explique un utilisateur. En effet, Royaltiz a lancé depuis les États-Unis une nouvelle version de son site, qui intègre Base, le portefeuille de cryptomonnaie de la plateforme Coinbase. L’entreprise a désormais changé sa communication, s’exprimant en anglais sur toutes les plateformes… et même sur le Discord des utilisateurs, la plateforme de messages instantanés dédiée à Royaltiz. « Les administrateurs du serveur ont commencé à bannir les gens qui continuaient à parler français, avant de simplement fermer le canal français », indique à l’Informé l’un des participants.
Malgré ce changement de braquet, l’ancienne version du concept existe toujours, sur un autre site intitulé « Royaltiz Pro ». Mais elle a été gelée début 2026 : « Depuis un mois et demi, notre argent est séquestré et on ne peut rien faire », regrette un utilisateur. Lui et ses collègues d’infortune ont reçu le 14 mars dernier un mail intitulé « plan de remédiation », leur proposant quatre options différentes. La première propose une résiliation pure et simple de leurs contrats conclus avec Royaltiz, accompagné d’un dédommagement minime. La deuxième consiste en une conversion des titres détenus en de futurs titres obligataires négociables sur la Bourse d’Amsterdam, « sous réserve de l’obtention des agréments et autorisations ». La troisième est un statu quo, elle propose de conserver les contrats et de continuer à percevoir le rendement associé jusqu’à leur expiration. Enfin, la dernière, ouverte à seulement certains utilisateurs, propose de souscrire à des actions d’une obscure holding en compensation. « Ces quatre options sont absurdes, siffle une fidèle du site. Nous sortons perdants dans tous les cas. » « Quand on a reçu le mail, on était sous le choc, abonde un autre. Certains ont plusieurs dizaines de milliers d’euros sur la plateforme. » Interrogés, certains utilisateurs et experts lient la situation actuelle de Royaltiz à l’absence de certification de l’AMF. En août 2024, les dirigeants de la plateforme nous indiquaient déjà être en discussion avec l’autorité… sans succès jusqu’ici, donc.
Aujourd’hui, plusieurs utilisateurs envisagent de se regrouper dans un collectif pour mener une action collective contre la plateforme, estimant avoir été floués. « On se sent plumés, et en plus on ne comprend pas grand-chose », se désole l’un d’entre eux. « C’est une insulte, crache un autre. On me propose de me rendre 900 euros, alors que mes actifs en valent 10 000. » Plusieurs d’entre eux se sont tournés vers le collectif d’aide aux victimes d’influenceurs (AVI). « Depuis le début, nous trouvons cette plateforme problématique à plusieurs niveaux, indique Jean-Baptiste Boisseau, cofondateur du site Signal Arnaques et membre du collectif AVI. Nous avons déjà reçu plusieurs signalements d’utilisateurs. »
Contacté, le PDG de la plateforme Christophe Vattier n’avait pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article. Mais face à des utilisateurs mécontents sur X, l’un de ses collaborateurs Marc Minkowski a tenté de défendre l’entreprise : « Combien de sociétés seraient parties sans rien proposer. Vous n’imaginez pas comment c’est compliqué le monde de l’investissement régulé. Surtout en Europe. Surtout quand on veut lancer une nouvelle classe d’actifs. Là, vous avez un plan avec 4 solutions, elles ne sont pas parfaites peut-être mais ça va coûter extrêmement cher à la société. »
Combien de société serait partie sans rien proposée.
— Marcmiko (@MinkowskiM68578) March 16, 2026
Vous n’imaginez pas comment c’est compliqué le monde de l’investissement régulée. Surtout en Europe.
Surtout quand on veut lancer une nouvelle classe d’actifs.
La vous avez un plan avec 4 solutions, elles ne sont pas…
Au-delà du mécontentement de ses utilisateurs, Royaltiz va également devoir affronter en justice sous peu l’un de ses ex-« talents ». En effet, le footballeur Yan Valery, un temps côté sur la plateforme, l’a attaquée et lui réclame plus de 500 000 euros de dédommagement pour perte de chance. L’international estime qu’il n’a pas pu vendre les titres qui lui avaient été accordés en échange de l’utilisation de son image sur la plateforme. Une audience aura lieu en mai prochain.