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L’étrange start-up créée par le directeur financier de Royaltiz

De nombreux utilisateurs se plaignent d’avoir perdu leur mise dans cette Bourse aux célébrités détenue entre autres par Cyril Hanouna, Fianso et Jules Koundé. Les étonnantes manœuvres de ses dirigeants ne les rassurent pas.

Pages d’accueil des sites web de Talent Invest et de Royaltiz.
Pages d’accueil des sites web de Talent Invest et de Royaltiz. Talent Invest et Royaltiz

Investir sur des talents, miser sur leur carrière, recevoir un rendement mensuel basé sur leurs performances et revendre ses actifs au gré de ses envies : c’est ce que propose Royaltiz, l’autoproclamée « Bourse de l’humanité » lancée en 2021. Que ce soit par son large panel d’actionnaires-stars comme Cyril Hanouna, Fianso et Jules Koundé ou son mode de fonctionnement opaque, la société a depuis fait couler beaucoup d’encre. L’Informé vous racontait ainsi l’été dernier comment de nombreux investisseurs avaient déserté la plateforme après y avoir laissé une bonne partie de leurs économies. Depuis, les choses ne semblent pas s’être améliorées : les valeurs des « Roy », sortes d’actions, de nombreuses personnalités sont toujours en chute libre. C’est le cas de ceux des talents précédemment cités : -15 % pour l’animateur de TPMP, -67,5 % pour le rappeur et -41 % pour le footballeur.

Mais au-delà des piteuses performances de la plateforme, un autre point étonne aujourd’hui certains utilisateurs : une curieuse société baptisée Talent Invest, créée en juin dernier, leur propose désormais d’investir à leur place dans les célébrités de Royaltiz. Le hic ? Elle a été fondée par l’actuel directeur financier de Royaltiz et est présidée par un de ses anciens employés. De quoi alimenter les soupçons de conflit d’intérêts.

Pour tout comprendre, retour en juin dernier. Sur le Discord de Royaltiz, plateforme de discussion où une partie de l’équipe de l’entreprise échange avec les utilisateurs tous les jours, l’un des employés annonce son départ de la start-up, mais sans vraiment « quitter la communauté ». Marc Minkowski, alias « MarcMiko - Animateur de Roys », déclare alors se lancer « dans une nouvelle aventure en créant une société à capital variable qui investira dans Royaltiz ». « Des connaissances voulaient investir mais ne voulaient pas en faire la gestion, explique ensuite l’entrepreneur sur Discord. Je me suis proposé pour les gérer. Mais je ne peux plus bosser chez Royaltiz. C’était incompatible. D’où le départ. »

Depuis, plusieurs utilisateurs se sont inquiétés sur le forum de discussion de la possible emprise du fonds sur les cours des talents : « N’empêche Marc il connaît la recette de l’algorithme. Ça pose un souci quand même je trouve qu’il puisse passer de l’autre côté de la barrière et qu’il puisse gérer des milliers d’euros voir plus », estime l’un d’entre eux. Un peu comme si un ancien de Betclic, qui connaît toutes les subtilités de l’application, créait sa société et gérait votre argent pour parier à votre place. « Vous connaissez la limite de Marc sur un achat ou il n’en a pas ? », demande un autre.

En sus, des incohérences vont faire tiquer les utilisateurs : d’abord, Marc Minkowski, de son vrai nom, n’apparaît nulle part dans les statuts de « sa » nouvelle société, Talent Invest. C’est en réalité le directeur financier de Royaltiz, Thierry Ballard, qui a créé seul la structure, dont les textes précisent qu’elle est dédiée à « l’acquisition de droits indivisibles relatifs à l’image de personnalités publiques et/ou de rémunérations attachées à la variation d’indicateurs publics de performance de ces personnalités publiques par la conclusion de contrats dénommées « Contrats Roy » et la cession de tels contrats sur la plateforme accessible depuis l’URL : www.royaltiz.com ».

« Comment un directeur financier peut être gérant d’une société qui investit dans sa propre boîte ?!, s’offusque un utilisateur interrogé par l’Informé. On est pas mal à être très dubitatif. » Dans le Discord de la plateforme, plusieurs se sont d’ailleurs directement émus de la situation. Le 10 octobre dernier, le cofondateur de Royaltiz Kévin Crouzivier a tenté de les rassurer, expliquant : « Thierry a bien structuré la société pour des raisons opérationnelles puis l’a cédé à 100 % à Marc avant le début des investissements de Talent Invest ».

En effet, moins d’un mois après la création de l’entreprise, les statuts de Talent Invest ont bien été remaniés : toute mention de Royaltiz est effacée et Marc Minkowski en devient le président… Mais il n’est pas mentionné que Thierry Ballard lui revend ses parts, même si cela reste possible. Interrogé, le directeur général de Royaltiz Aymeric Granet nous assure que « Thierry Ballard n’est plus actionnaire de Talent Invest depuis le 27 juin 2024 », sans en dire plus sur l’affaire et sans répondre aux inquiétudes des utilisateurs.

Affaire réglée ? Pas vraiment. Même à croire que Marc Minkowski est désormais seul à la barre de Talent Invest, il semble toujours bien investi dans son ex-société. Primo, « MarcMiko » est encore présent et actif au sein du Discord où des conseils d’investissement dans la plateforme s’échangent. Du moins jusqu’à ce que nous lui posions des questions sur son statut : depuis, il n’a plus envoyé aucun message sur le fil de discussion. Secundo sur son profil LinkedIn, entre deux louanges tressées à son ex-boîte du type « Royaltiz incarne l’exemple d’une entreprise qui non seulement survit, mais prospère », l’entrepreneur s’exprime parfois comme s’il était un membre à part entière de l’équipe. La semaine dernière, il a ainsi annoncé dans un post : « Royaltiz prévoit de lancer son premier produit financier réglementé en France et en Europe début 2025 ». Et d’ajouter : « nous attendons également l’approbation réglementaire de la Securities exchange commission (SEC) des États-Unis, ce qui nous permettra d’élargir l’accès à cet actif innovant. »

Utilisateur depuis 2022, Franck* a investi plus de 40 000 euros sur Royaltiz. Mais le jeune homme a déchanté au fil du temps : « La plateforme est pleine d’incohérences et au global le système tend vers le bas ». L’affaire Talent Invest est pour lui celle de trop. « Il est dérangeant que quelqu’un qui a travaillé pour une boîte puisse y investir directement. Pour moi, il y a du conflit d’intérêts, à fond ! », s’étrangle-t-il. Mais que dit la loi ?

Difficile de se prononcer de façon claire, nous indiquent deux cabinets d’avocats spécialistes de ces questions : le statut même de Royaltiz n’est pas encore établi. La plateforme assure ne pas relever de l’Autorité nationale des jeux, mais n’est pas non plus encore un produit financier certifié par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Concernant Talent Invest, « il y a peu de suspens sur le fait qu’il s’agit d’un fonds d’investissement, glisse un avocat expert du secteur, et sur le fait que c’est illégal. Car pour créer un fonds d’investissement, il faut créer une société de gestion qui doit être lourdement régulée par l’AMF, qui vérifie la politique d’investissement, pose des règles de protection des épargnants… Ici ce n’est pas le cas. » Et que penser de la création de l’entreprise par Thierry Ballard ? « Que le directeur financier soit présent des deux côtés constitue un conflit d’intérêts évident, c’est ahurissant, poursuit notre expert. Mais c’est un point de détail à côté du fait que la création même de ce fonds peut constituer une infraction pénale, et que, de base, la création de Royaltiz est probablement une infraction également. On a l’impression qu’ils font n’importe quoi. »

« Aujourd’hui, on pourrait comparer Royaltiz à un patient sur un lit d’hôpital, perfusé de partout et qui tient en vie grâce à ça, confie un utilisateur, pour qui Talent Invest n’est qu’une entreprise créée pour maintenir le marché de Royaltiz à flot. Aujourd’hui je n’ai plus du tout confiance en la plateforme, qui sera toujours bancale. » Depuis longtemps, les fondateurs n’ont de cesse de promettre à leurs joueurs l’arrivée prochaine de la certification de l’AMF et de celle de son homologue américain, la SEC. Mais Franck n’est pas dupe : « Ça fait deux ans qu’on nous en parle, mais c’est toujours repoussé au lendemain. Il y a beaucoup d’annonces, de communication, mais ce n’est fondé sur rien derrière. » Finalement, nombreux sont les pessimistes sur l’avenir de Royaltiz : « Quand on en parle dans le secteur, on a tous un sourire en coin, il n’y a pas trop de suspens, glisse un fin connaisseur. On sait que, dans le meilleur des cas, ça va simplement péricliter, mais dans le pire des cas, ça finira avec un procès. »

Contactés, Marc Minkowsky et Thierry Ballard n’ont pas répondu à nos sollicitations.