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Lulu dans ma rue cherche un acquéreur

La conciergerie de quartier à vocation sociale veut accélérer son implantation hors de Paris et de Lyon. Soutenue jusque-là par Carrefour, JCDecaux et la Société Générale, elle cherche désormais un véritable partenaire industriel.

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GILLES TARGAT / Photo12 via AFP

Lulu dans ma rue veut changer d’échelle. Créée en 2016, cette conciergerie de quartier, aujourd’hui installée dans 10 arrondissements de Paris et un à Lyon, permet à des travailleurs indépendants, « les Lulus », de donner des coups de main ponctuels aux riverains contre rémunération : ménages, aide au déménagement, bricolage, dépannage informatique… Ce service, qui repose sur des kiosques physiques ainsi qu’une plateforme en ligne de mise en relation (une application mobile), a été initié par Charles-Édouard Vincent, auparavant fondateur d’Emmaüs Défi. Après huit ans, le dirigeant cherche désormais à étendre son implantation dans d’autres villes du pays grâce à un groupe industriel présent, si possible, partout en France. Selon nos informations, PwC a été mandaté pour trouver un acquéreur d’ici à la fin de l’année et des contacts ont déjà été pris avec plusieurs candidats potentiels.

« Pour nous développer plus rapidement et avoir un impact plus important auprès des publics éloignés de l’emploi, nous cherchons en effet à nous rapprocher d’un groupe mutualiste ou d’un acteur du secteur de l’assurance ou des services », confirme à l’Informé Charles-Édouard Vincent. Depuis ses débuts, cette entreprise de l’économie sociale et solidaire (ESS) a pu s’appuyer sur son statut particulier prévu par la loi Hamon de 2014 pour lancer son activité d’aide à l’insertion. Elle a aussi pu compter sur l’aide de grands groupes privés comme la holding JCDecaux, la Société Générale Capital, Carrefour ainsi que des family office. Au total, tous ont investi dans ce projet 11,5 millions d’euros via deux augmentations de capital. Des prises de participation dont ils n’espèrent officiellement pas grand rendement puisqu’elles s’inscrivent plutôt dans leur politique RSE (responsabilité sociale des entreprises).

Cet argent a permis à la jeune pousse de recruter et de s’étendre rapidement, sur un modèle différent des associations comme Emmaüs par exemple. La moitié des ressources provient de subventions publiques (de l’État, des villes…) et l’autre de commissions prélevées sur les prestations réalisées par les Lulus (de 17,5 à 25 % du montant facturé). Ces derniers empochent entre 14 et 22 euros nets de l’heure en fonction des tâches à accomplir. Ce type d’activité ne leur permet pas de dégager un salaire mais constitue plutôt un complément de rémunération, jusqu’à 900 euros certains mois pour les plus actifs.

Via la plateforme Internet, quelque 80 000 clients enregistrés depuis 2016 peuvent ainsi solliciter ces 800 autoentrepreneurs.  « Nous réalisons 150 000 prestations par an à Paris pour 5 millions d’euros de volume d’affaires », explique Charles-Édouard Vincent. Contrairement à un emploi salarié, il s’agit ici de prestations payées sur lesquelles ne sont pas prélevées de cotisations retraite ou de cotisations pour des jours de congé. Un statut hybride, entre salariat et profession libérale, déjà utilisé par les plateformes comme Uber, Deliveroo et parfois décrié pour sa précarité. Invités à en parler devant des élus début février, des Lulus ont pu donner leur point de vue à l’Assemblée nationale. « On a plus de liberté, a indiqué Jessica R. Et puis, quand on a des maladies chroniques, on n’est pas obligé de se justifier auprès de ses employeurs. » Un autre témoin ajoute : « j’ai une nécrose à la hanche, je ne peux pas faire n’importe quel travail de 8 heures à 17 heures, c’est pas possible pour moi, explique Régina R. C’est donc moi qui organise mon temps de travail. »

Âgés de 45 ans en moyenne, ces prestataires sont souvent entrés dans la seconde partie de leur vie professionnelle. Mais ce n’est pas la seule originalité de ces profils. « Ces travailleurs indépendants sont constitués à 55 % de femmes, souvent à la tête de familles monoparentales, qui peuvent choisir leurs plages horaires, précise Emma Virey, cofondatrice de la société. Plus de la moitié de nos Lulus sont bénéficiaires du RSA et nous les accompagnons dans leur activité, leurs démarches administratives et leur parcours d’insertion. »

Avec quarante salariés assurant son fonctionnement, la société a affiché un budget de 3,02 millions d’euros en 2022 (en hausse de 13 % sur un an) et une perte de 1,58 million d’euros (en baisse de 19 %). Même si la structure n’a pas vocation à faire des bénéfices, au moins doit-elle trouver son équilibre financier. Pas si simple dans l’économie solidaire.