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Filtre anti-arnaque : le gouvernement accélère

Une réunion interministérielle est organisée ce vendredi pour avancer sur cette promesse d’Emmanuel Macron.

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GAUTHIER BEDRIGNANS / Hans Lucas via AFP

C’était une promesse marquante de sa seconde campagne présidentielle. Au printemps 2022, Emmanuel Macron s’était engagé sur l’adoption d’« un filtre anti-arnaques ». Un outil censé avertir « en temps réel tous les usagers d’Internet avant qu’ils ne se rendent sur un site potentiellement piégé ». Le 17 mars 2022, le député LREM-Renaissance Éric Bothorel prévenait que ce mécanisme serait calibré pour filtrer « préventivement les adresses internet correspondant à des sites malveillants connus afin d’éviter qu’un internaute peu averti ne télécharge des logiciels infectés (rançongiciels, virus, spyware dispositifs de phishing) ou ne reçoive par la suite des emails piégés ». Le 9 février 2023, Jean-Noël Barrot, le ministre délégué chargé de la transition numérique ajoutait dans Maddyness que ce filtre serait testé pour la Coupe du monde de Rugby en version bêta, avant d’« être généralisé à l’été 2024, au moment des Jeux olympiques ». Selon nos informations, le gouvernement a décidé de franchir une étape importante du processus ce vendredi.

Une réunion interministérielle est en effet programmée à 9h30 sur cette question du filtre anti-arnaque. Organisée à la demande du ministère de la transition numérique, cette rencontre permettra d’arbitrer le principe de ce filtrage. En coulisse, un comité de pilotage a été constitué depuis plusieurs mois avec à sa tête le Groupement d’Intérêt Public Action contre la Cybermalveillance. Des consultations ont été menées auprès de l’Association française pour le nommage Internet en coopération (Afnic, qui gère notamment le .fr), la Direction générale des entreprises, l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) ou encore le ministère de l’Intérieur. Au fil d’une récente présentation interne, il a été confirmé que ce dispositif alerterait sur les « faux sites qui usurpent les sites officiels », les « faux sites de vente en ligne » et « les faux sites de placements financiers », et ce « dans un premier temps ». Une extension à d’autres univers est d’ores et déjà envisagée, comme dans celui des « malwares ». Pour l’État, la solution aurait plusieurs mérites : améliorer la confiance, alerter très rapidement les utilisateurs, mais aussi observer l’état de la menace, avant pourquoi pas d’éventuelles actions en justice contre les malfaiteurs.

Selon nos informations, un dossier technique a été remis au gouvernement. Deux pistes sont envisagées : une solution implantée chez les fournisseurs d’accès (Orange, SFR…) et/ou une solution incrustée dans les navigateurs (Chrome, Safari, Edge…). La première repose sur un filtrage par système de nom de domaine (ou Domain Name System, DNS). Elle « consiste à transmettre au client, une réponse différente de celle stockée par le serveur de nom faisant autorité », détaille la présentation technique. Le principe repose sur un DNS dit « menteur » en ce sens où le nom de domaine visité par l’internaute va le rediriger vers une autre page que celle normalement attendue, afin de l’alerter d’un potentiel danger sur le site convoité.

Le second mécanisme étudié passerait d’une manière ou d’une autre par les navigateurs afin là encore d’alerter l’internaute que le site visé est problématique. En l’état actuel, « la commande politique est bien de ne pas bloquer mais d’avertir l’internaute qu’il va se rendre sur un site clairement malveillant » nous confirme un des acteurs impliqués. L’internaute pourrait donc décider de passer outre l’avertissement pour poursuivre sa navigation, à l’instar des alertes déjà placardées sur les principaux navigateurs (via le service SafeBrowing, natif dans Chrome ou Firefox, par exemple). Le projet en gestation souffre cependant de plusieurs angles morts : la volumétrie des sites qui seraient bloqués est inconnue, tout comme le coût de ces mesures et leur prise en charge. Autre incertitude, faudra-t-il un véhicule législatif dédié pour contraindre les FAI et/ou les éditeurs de navigateurs à prendre en compte la liste noire française ? Contactée, la Fédération française des télécoms (FFT) se refuse au moindre commentaire, n’ayant pas de position commune entre ses membres.

« Une autre question sera de savoir qui sera en charge de la supervision et notamment de l’édition de la liste noire » nous signale une autre personne impliquée dans ce dossier. S’agissant de la structure institutionnelle, un service administratif pourrait chapeauter la fameuse liste des sites dangereux, sous le contrôle d’une autorité administrative indépendante. Une organisation qui ressemble à celle du blocage des sites pédopornographiques ou terroristes : le ministère de l’Intérieur rédige une liste noire de sites à bloquer, mais sous le contrôle d’une personnalité qualifiée désignée par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Selon plusieurs sources proches du dossier, l’Arcom, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) mais aussi la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) pourraient participer au filtre anti-arnaques. Mais la liste reste ouverte. Ce schéma aura notamment pour but de bien distinguer les vraies arnaques des menaces de sécurité potentielles, comme celle affichée actuellement sur AvecVous.fr, le site de campagne d’Emmanuel Macron.