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Continuer la lectureCe que l’État a vraiment payé pour nationaliser Alcatel Submarine Networks
Offre professionnelleAu nom de la souveraineté technologique, l’agence des participations avait racheté à Nokia 80 % du capital de ce leader des câbles sous-marins. Ceux-ci sont de plus en plus ciblés par des actes de sabotage.
Novembre 2024, la nouvelle fait sensation. Plusieurs câbles sous-marins de la mer Baltique sont coupés suscitant des perturbations dans les communications Internet entre la Lituanie et la Suède ainsi qu’entre la Finlande et l’Allemagne. Actes involontaires de navires ou sabotages signe d’une guerre hybride menée par des pays belligérants ? Quoi qu’il en soit, la France annonce peu après son intention de prendre le contrôle d’Alcatel Submarine Networks (ASN). Devenue une filiale de l’équipementier télécom Nokia après le rachat d’Alcatel-Lucent en 2015, cette société construit, pose et s’occupe de la maintenance de ces câbles (850 000 kilomètres déployés, soit 21 fois le tour du globe). Et l’État décide de racheter 80 % de son capital à la fin 2024 dans une « démarche d’une souveraineté offensive, mais c’est la situation - celle d’un durcissement de l’économie et du commerce international - qui le commande », explique alors Antoine Armand, ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement de Michel Barnier. « Le dossier a toujours été suivi de près par Emmanuel Macron pour des questions géopolitiques et de souveraineté. Il était venu à Calais en 2016 lorsqu’il était ministre de l’Économie », se souvient un salarié.
À l’époque, et malgré la forte médiatisation de cette intervention publique, le prix exact de cette acquisition n’avait pas fuité. Seule une estimation d’ « une centaine de millions d’euros » avait circulé. Selon l’Informé, la facture totale s’élève en fait à 138 millions d’euros. Car l’État a dû consentir un complément de prix d’une quarantaine de millions d’euros. Interrogé sur cette hausse, Nokia n’a pas souhaité faire de commentaire, pas plus que l’agence des participations de l’État (APE). Mais certains éléments peuvent expliquer cette inflation : des frais de séparation (13,2 millions d’euros), des honoraires de conseils (12,4 millions d’euros) ou encore des bonus de résultats versés aux dirigeants d’Alcatel Submarine Networks (2,7 millions d’euros).
Pourtant, les résultats 2024 n’ont pas été exceptionnels. Le chiffre d’affaires d’ASN a reculé de 51,6 millions d’euros à 1,086 milliard d’euros dans un marché en croissance. La guerre d’Israël à Gaza a eu des répercussions sur l’installation et la pose de câbles sous-marins en mer Rouge, notamment car les Houthis ciblent les bateaux dans cette zone en représailles de la politique menée par le gouvernement Netanyahou. Et, pour ne rien arranger, le contrat Oryx de déploiement d’un grand réseau de câble au Moyen-Orient a été suspendu en raison de défaut de paiement d’un client. « Nous avons aussi eu de mauvaises nouvelles avec notre client Google qui s’est désisté d’un gros chantier, ajoute le même employé. La direction a invoqué la pression de Donald Trump afin que Google se fournisse auprès de notre concurrent américain Tyco, devenu Subcom, plutôt que nous ».
De fait, et malgré les tensions avec la Chine et la Russie, le marché des câbles sous-marins se porte bien, dopé, notamment, par les géants du numérique, Meta, Microsoft, Amazon ou encore Google. Ceux-ci dépensent des sommes considérables pour relier leurs data centers à ces réseaux dans lesquels transitent 95 % des données Internet. Les investissements dans de nouveaux projets pourraient atteindre environ 13 milliards de dollars entre 2025 et 2027, deux fois plus que sur la période 2022 à 2024, selon TeleGeography.
En juillet, les dirigeants de ces quatre géants américains ont reçu une lettre signée d’élus républicains du Congrès. « Les comités examinent si les principales entreprises technologiques américaines ont adopté des mesures de protection adéquates pour atténuer leur exposition aux entités hostiles impliquées dans les opérations de câbles sous-marins. Nous sommes particulièrement préoccupés par la possibilité que des entités affiliées à la République populaire de Chine, telles que SBSS, Huawei Marine, China Telecom et China Unicom, aient continué à assurer la maintenance ou l’entretien de systèmes de câbles dans lesquels vos entreprises exercent une implication opérationnelle ou une participation directe ou indirecte », indique la missive.
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