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Continuer la lectureDNA Script : pourquoi la start-up star de la biotech française tombe de haut
Des difficultés commerciales conduisent la jeune pousse à réduire la voilure. Elle a aussi arrêté de communiquer et retardé la publication de ses comptes.
« La société a rencontré des problèmes d’organisation interne et un manque de ressources qui l’ont empêchée de finaliser les comptes de l’exercice clos le 31 décembre 2023. » Voici la sobre explication avancée par la biotech DNA Script cet été pour demander au président du tribunal de commerce de Créteil un report de la validation de ses comptes en assemblée générale. Un sursis lui a été accordé jusqu’à la fin du mois de septembre, date à laquelle le voile sera levé sur ces mystérieux chiffres. Spoiler : le ciel se couvre pour la star des biotechs françaises.
Il y a peu, la jeune pousse était pourtant promise à un avenir sans nuages. En 2022, DNA Script recevait le Grand Prix du Trophée des futures licornes, ces sociétés dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Début 2023, elle devenait membre du club très fermé des « Next 40/120 », creuset des start-up si prometteuses qu’elles bénéficient d’un accompagnement dédié de l’État français. Avec son imprimante d’ADN de synthèse, la deeptech à cheval entre le Kremlin-Bicêtre et San Francisco semblait avoir le monde à ses pieds. Placée sous les projecteurs durant la crise sanitaire, sa plateforme Syntax doit permettre de fabriquer de l’ADN en quelques heures seulement quand ses concurrents ont encore besoin de plusieurs semaines. Un atout censé séduire les laboratoires du monde entier, et pas seulement dans le domaine des vaccins et de la santé. Car l’ADN de synthèse produite à partir d’enzymes offre des perspectives formidables. Par exemple, le stockage de données en mode miniature. Aujourd’hui, les data centers conservent les données sous forme de suites de 0 et de 1. Demain, toute information pourra être traduite selon les codes de l’ADN, les bases azotées. Avantage : les enzymes une fois encodés consomment infiniment moins de place et d’énergie que d’énormes serveurs.
Les perspectives ouvertes sont donc multiples. C’est d’ailleurs l’avis des nombreux investisseurs : la société a séduit une myriade de fonds. Suite au soutien de la Commission européenne et de Bpifrance, deux tours de tables ont permis à DNA Script de réunir au total près de 315 millions d’euros, dont une levée de fonds de plus de 165 millions en 2021.
Mais la pépite française a, elle aussi, été frappée par la crise de la biotech. Ralentissement des budgets de développement, changements de priorités dans la pharma… les sources de financement se sont brusquement taries. Après une frénésie de recrutements, entre 2021 et 2022, la structure a dû selon nos informations se résoudre à lancer un plan de réduction des coûts fin 2023-début 2024, alors que la trésorerie fondait rapidement.
Arrivés en fanfare à coups de communiqués de presse dithyrambiques, un certain nombre de profils de haut niveau sont repartis sur la pointe des pieds. C’est le cas de membres du conseil d’administration : le membre indépendant, Don Kania, a jeté l’éponge en 2023 ; l’avocate et ex-secrétaire du conseil d’administration, Blanche Savary de Beauregard, est partie chez Mistral AI. Ont suivi du côté opérationnel le vice-président ressources humaines, le vice-président responsable des ventes, le « senior vice-président » en charge des opérations, le recruteur de talents qui avait conclu 150 embauches pour la biotech ou encore le directeur financier. Certains départs de collaborateurs plus juniors s’expliquent aussi par la modération des salaires : en 2023, les représentants du personnel s’étaient en effet vus opposer une fin de non-recevoir à leur demande d’augmentation, les dirigeants reconnaissant auprès d’eux que DNA Script « avait rencontré des difficultés à remplir ses objectifs d’entreprise, notamment commerciaux ».
Une recette à affiner ?
C’est que la structure est confrontée à la dure réalité du marché : la commercialisation de son produit phare, la plateforme Syntax, peine à décoller. Certes, en France, l’Agence de l’innovation de la défense s’en est bel et bien équipée pour identifier les menaces biologiques, pour un total de 270 000 euros. Mais l’envolée des recettes se fait attendre : lors de la dernière publication officielle, fin 2022, le chiffre d’affaires plafonnait à 5,17 millions d’euros, pour des pertes de 52 millions d’euros. « Comme toutes les biotechs, DNA Script se confronte à la question de l’adaptation de son offre à la demande du marché, souffle un de ses investisseurs. En l’occurrence l’intérêt de sa technologie a suscité et suscite toujours beaucoup d’enthousiasme… Mais pour quelle cible, à quel prix ? La recette reste à affiner. » En France, la biotech a levé des fonds auprès de Sofinnova et Bpifrance principalement. Membre du conseil d’administration de la biotech depuis plus de huit ans, Josko Bobanovic, associé chez Sofinnova Partners, garde confiance dans le futur de la structure, que son fonds soutient depuis le début. « La biotechnologie, ça se regarde avec une vision de long terme, assure le spécialiste. Le secteur subit une grosse pression depuis 2022, après une croissance extrêmement forte durant la crise du Covid19 ; mais les sciences de la vie sont toujours aussi prometteuses, surtout en matière de production d’ADN. »
Côté communication, la société est passée d’une abondance de communiqués de presse, dégainés à l’occasion du moindre salon professionnel ou recrutement, au calme plat le plus total. Contactée par l’Informé au sujet de sa situation financière, la société n’a d’ailleurs « pas souhaité commenter pour l’instant ».