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Continuer la lectureDentego, Dentifree, Clinadent… les centres dentaires dans la tourmente
La quasi-totalité des enseignes sont plombées par une concurrence exacerbée, liée à l’avalanche d’ouvertures de centres de ces dernières années.
Le marché français des centres dentaires a du plomb dans l’aile. Une grande partie des groupes formés au cours des dix dernières années sont aujourd’hui confrontés à des difficultés majeures, mettant parfois leurs actionnaires dans de très mauvaises postures. Le fonds britannique G Square, propriétaire de Dentego, en est l’illustration. Selon nos informations, le numéro un français des centres dentaires fait face à une lourde dette LBO de plus de 200 millions d’euros (de type unitranche, souscrite auprès de Tikehau), alors que son Ebitda comptable est plus de dix fois moindre et que la rentabilité des centres s’est effritée ces deux dernières années. Comme l’avait révélé l’Informé en février, la boutique de fusions-acquisitions PJT Partners a été mandatée pour tenter de trouver une solution à cette équation économique compliquée. « Avec un tel niveau d’endettement, Tikehau est le propriétaire implicite du groupe, souffle un banquier. Une vente leur permettrait de récupérer leur créance mais serait très douloureuse pour le fonds, qui ne retrouvera certainement pas l’intégralité de sa mise. »
Pour embellir la mariée et faciliter sa cession, Dentego tente de mettre la main sur de petits concurrents plus en difficulté. Pendant près de six mois, il a ainsi essayé de croquer Clinadent, un réseau d’une vingtaine de centres situés en Île-de-France et dans le Sud de l’Hexagone, a appris l’Informé. Mais aucun accord n’a finalement été trouvé. D’autres acteurs du marché, comme Efficentres (une chaîne d’une vingtaine d’établissements détenue par la holding d’investissement de la famille Martel), ont regardé de près ce dossier présenté par la banque d’affaires Edmond de Rothschild Corporate Finance, sans davantage de succès. L’actionnaire de Clinadent, le fonds Qualium (ancienne filiale de la Caisse des dépôts et consignations), a préféré se donner du temps et organiser une profonde restructuration. Placée en redressement judiciaire par le Tribunal de commerce de Nanterres en début d’année, sa participation a décidé ce vendredi 7 juin de céder une demi-douzaine de ces centres dans l’Est à Dentego pour mieux se recentrer dans le Sud, et dans une moindre mesure en Ile-de-France.
Signe de la gravité de la situation, le 14 mars dernier, Dentifree - un réseau de onze centres dentaires dédiés à l’implantologie à bas prix - a même décidé de tirer sa révérence après neuf ans d’existence. Seules quelques rares enseignes parviennent à maintenir la tête hors de l’eau, à l’image de Dentylis (une participation de MBO+), dont la cinquantaine de centres ont continué à générer un cash-flow positif l’an dernier, ou bien encore Cemedis, à la tête d’une petite trentaine d’établissements toujours contrôlés par ses fondateurs et épaulé par un financement de Kartesia.
Comment en est-on arrivé là ? L’une des causes principales est réglementaire. En 2009, la loi Bachelot est promulguée et définit une nouvelle organisation sanitaire et médico-sociale, avec à la clé une bonne intention : lever les freins à l’installation de nouveaux centres de soins dentaires dans des déserts médicaux pour améliorer l’accès aux soins dentaires à des prix abordables. Dès lors, plus aucune autorisation de l’Agence régionale de santé n’est nécessaire et le nombre de centres explose. En 2012, ils étaient au nombre de 55. Dix ans plus tard, la barre des 800 est franchie. Résultat : une concurrence féroce s’est installée entre les structures pour tenter d’attirer les dentistes. La part de chiffre d’affaires qui leur est rétrocédée est progressivement passée de 25 % à 32 % et plus, notamment en région parisienne où la multiplication des établissements a été particulièrement prononcée. « En parallèle, les départs de nos praticiens se sont multipliés et ont mis à mal la rentabilité des centres, car de nombreux fauteuils se sont retrouvés vides, confie un patron du secteur. La perte d’un dentiste entraîne des problèmes de remplissage de créneau pendant au moins six mois. À cela s’ajoutent les conséquences de l’inflation, avec des restes à charge que nous avons eu de la peine à faire passer. » Car, en dépit d’un discours mettant souvent en avant le positionnement premium de ces centres, la plupart d’entre eux s’adressent avant tout aux Français défavorisés ou de la classe moyenne.
En 2021 et 2022, la grille de lecture des investisseurs a aussi été fortement perturbée par le Covid-19. « Tous les groupes ont affiché une rentabilité extraordinaire sur cette période, en raison des folles compensations versées par l’État… alors qu’il n’y avait en face quasiment aucune dépense de fonctionnement, si ce n’est les loyers », confie un autre professionnel. Le retour à la normale a donc été particulièrement dur. Et demain ? De l’avis de plusieurs investisseurs, le marché est en voie de normalisation et les groupes les plus solides devraient en sortir gagnants. Car après avoir laissé libre cours au jeu de l’offre de la demande, et à ses conséquences, l’exécutif a mis fin à la loi Bachelot : depuis novembre dernier, l’agrément est de nouveau obligatoire pour tous les projets de nouveaux centres… et les structures déjà établies. « Nous attendons désormais les décrets sur l’avenant 5 de l’Accord national des centres de santé », explique un dirigeant d’un des groupes. Cet accord prévoit qu’à compter du 1er janvier 2025, aucune possibilité de conventionnement ne sera accordée pour l’installation de nouveaux centres dans les zones considérées comme surdotées. La fin des ouvertures incontrôlées est donc bel et bien actée.