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Continuer la lectureTF1 vend la marque Ushuaïa à L’Oréal
Le groupe de cosmétiques commercialise déjà des shampoings et des déodorants griffés de la marque popularisée par Nicolas Hulot.
TF1 se sépare d’une petite machine à cash. Selon nos informations, la Une vient de vendre à L’Oréal la quasi-totalité des droits sur la marque Ushuaïa pour la jolie somme de 27,5 millions d’euros. Le géant des cosmétiques exploitera à sa guise l’ensemble des licences sur les produits dérivés (existan...
Les deux groupes se connaissaient bien. Il y a 30 ans, TF1 avait accordé à L’Oréal une licence pour lancer des shampoings, gels douches et autres déodorants sous marque Ushuaïa. En parallèle, la filiale du groupe Bouygues avait aussi multiplié les business. Des produits dérivés étaient élaborés en interne : la chaîne thématique Ushuaïa TV, le site web ushuaia.com (lancé en 2008 mais fermé depuis), des DVD, des magazines, des jeux de société, des beaux livres, des atlas, des calendriers… D’autres étaient confiés à des fabricants tiers (Peugeot, Atoll, Lexibook, Rhonetex, Quo vadis…) sous licence, contre le versement de royalties : lunettes, voitures, papeterie, serviettes de bain, pull-overs, vélos, montres, chaussures, matériel de randonnée et de camping, combinaisons de plongée… Selon la journaliste Bérengère Bonte, ces licences ont rapporté à TF1 91 millions d’euros entre 1992 et 1997. TF1 chiffrait les ventes de produits brandés « Ushuaïa » à 100 millions d’euros en 2000, puis à 20 millions d’exemplaires par an en 2008. « Grâce à la renommée de l’émission, le seul mot ‘Ushuaïa’ représente une valeur très forte pour tous les Français », vantait le vice-président Étienne Mougeotte en 2005.
La marque étant seule propriété de TF1, sa vente ne devrait rien rapporter à Nicolas Hulot. Toutefois, l’ancien animateur devrait continuer à toucher un pourcentage sur les produits vendus par L’Oréal, comme le veut un accord historique obtenu par le présentateur. Ces royalties lui rapportent plusieurs centaines de milliers d’euros par an, versés à sa société personnelle Eole Conseil. Ainsi, en 2023, cette société a engrangé un chiffre d’affaires de 420 643 euros, provenant principalement des royalties TF1/L’Oréal, le reste provenant de ses droits d’auteur. Très rentable et n’employant aucun salarié, la structure a dégagé une marge nette de 70 % l’an dernier. Elle verse relativement peu de dividendes (200 000 euros au titre du dernier exercice) et préfère garder en réserve ses profits. Ainsi, à fin 2023, les actifs s’élevaient à 4 millions d’euros, investis dans des placements financiers (2,8 millions d’euros), et de l’immobilier (520 000 euros). Lorsqu’il était ministre, Nicolas Hulot avait valorisé cette société à 3 millions d’euros dans sa déclaration à la HATVP.
Contacté, l’avocat de l’ancien animateur, Alain Jakubowicz, nous indique que « Nicolas Hulot n’est pas informé de cette vente ». Toutefois, son feu vert n’était pas nécessaire, selon nos informations. Pour sa part, TF1 n’a pas voulu faire de commentaires.
Des produits pas très écolos
Les produits vendus par L’Oréal sous logo UshuaÏa avaient été placés en 2006 par Greenpeace sur la « liste rouge » des produits chimiques dangereux. En 2017, 60 millions de consommateurs épinglait les ingrédients de trois produits de la marque susceptibles de provoquer des allergies ou d’être des perturbateurs endocriniens.
Face à ces critiques, Nicolas Hulot avait expliqué en 2011 sur RMC : « la marque Ushuaïa ne m’appartient pas, elle appartient à TF1. J’ai essayé de m’opposer à l’exploitation de produits dérivés sous cette marque, parce que j’avais créé un univers audiovisuel qui n’avait pas vocation à devenir une marque commerciale. Mais je n’avais pas d’arguments juridiques pour m’y opposer. J’ai bien expliqué que ça s’est fait à mon corps défendant. Pour autant, la chaîne qui a exploité cette marque a cru bon me verser un certain nombre de redevances - je n’allais pas les refuser -, que j’ai mis dans une petite société au cas où je veuille faire des documentaires ou des longs-métrages de mon côté ».
Puis il était revenu sur le sujet en 2019 sur LCP : « Il n’y avait pas d’antécédent. Ça n’existait pas une émission dont le titre devienne une marque commerciale. Ça a été un peu la méthode TF1… À l’époque ça m’a beaucoup contrarié. Ça a même donné lieu à un moment assez désagréable entre Patrick Le Lay (NDLR : ancien PDG de TF1) et moi. Malheureusement je n’avais à l’époque aucune bille juridique pour contrer ça, sauf à arrêter Ushuaïa. Je n’ai pas pu m’opposer à cela. Après, je suis allé voir L’Oréal. Je leur dis : ‘vous êtes sympa mais vous avez cannibalisé un univers que j’ai créé’. Ils ont été assez fair-play. J’ai pu engager L’Oréal comme mécène de ma fondation. » Toutefois, depuis 2019, le géant des cosmétiques n’apparaît plus comme financeur de la structure, rebaptisée Fondation pour la nature et l’homme.