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Continuer la lectureUshuaïa : TF1 devra verser près de 7 millions d’euros à Nicolas Hulot
En 2024, la Une a revendu à L’Oréal la marque de cosmétiques dérivée de l’émission télé. La justice a condamné la chaîne à reverser à son ancien animateur un quart du produit de la transaction.
Jackpot pour Nicolas Hulot. Selon nos informations, ce mardi 23 juin, le tribunal de commerce de Nanterre a condamné TF1 à payer 6,9 millions d’euros de dommages à l’ex animateur. Le litige portait sur la marque Ushuaïa, rachetée par la Une à la fin des années 80. En 1993, la filiale de Bouygues avai...
Au total, selon le Nouvel Obs, ces licences ont rapporté à TF1 91 millions d’euros entre 1992 et 1997. Pour sa part, TF1 chiffrait les ventes de produits brandés « Ushuaïa » à 100 millions d’euros en 2000.
Le contrat de 1994 entre Nicolas Hulot et la chaîne, reconductible tous les cinq ans, a été renouvelé à de nombreuses reprises, la dernière fois en 2018. Mais, mi-2022, la filiale du groupe Bouygues a prévenu Nicolas Hulot qu’elle résilierait l’accord lors de l’échéance de fin 2023. Puis, en octobre 2024, TF1 a vendu à l’Oréal la marque pour 27,5 millions d’euros, comme l’a révélé à l’époque l’Informé.
Nicolas Hulot a alors contesté en justice la fin du contrat. Pour trancher le litige, le tribunal s’en est remis au texte de l’accord, qui stipule : « cette rétrocession est consentie pour dix années, reconductible tous les cinq ans, tant que les produits label Ushuaïa L’Oréal feront l’objet d’une exploitation commerciale. »
Pour les juges consulaires, « le terme du contrat est fixé, sans équivoque, par la survenance d’un évènement, en l’espèce la fin de l’exploitation commerciale des produits. Or ces produits font toujours l’objet d’une exploitation. » Dès lors, « la résiliation par TF1, qui ne repose sur aucun fondement contractuel, sera déclarée fautive ».
Pour indemniser le préjudice, le tribunal a décidé d’octroyer à Nicolas Hulot un quart du produit de la vente de la marque à l’Oréal, étant donné que le deal de 1994 accordait à l’animateur un quart des recettes brutes. TF1 refusant de communiquer le montant versé par le géant des cosmétiques, les juges se sont donc basés sur… les révélations de la presse, d’où les 6,9 millions octroyés. Toutefois, TF1 peut toujours faire appel de cette décision.
Un âpre conflit
Le jugement, obtenu par l’Informé, révèle un âpre conflit entre la chaîne et son ancienne vedette, qui ne se sont épargné aucun coup au cours de la procédure. TF1 a rappelé que « l’image et la réputation de M. Hulot ont été substantiellement dégradées par les affaires de viols et d’agression sexuelles sur mineur ». Certes, l’affaire a été classée sans suite, « mais uniquement pour prescription ». Dans tous les cas, le scandale a « incontestablement dégradé la notoriété de M. Hulot. L’association de son nom à la marque Ushuaïa ne pouvait que nuire à cette marque ». Dernier argument de la Une : l’ancien ministre s’est retiré de la vie publique et a notamment décidé de quitter la présidence de sa fondation, car il est « parfaitement conscient que son nom est de nature aujourd’hui à desservir les causes et les marques auxquelles il peut être associé ».
En face, Nicolas Hulot a accusé son ancien employeur d’avoir modifié le contrat de 1994 après sa signature par l’animateur. En effet, le texte initial indiquait : « cette rétrocession est consentie pour une durée de dix années, obligatoirement reconductible tous les cinq ans » La chaîne alors dirigée par Patrick le Lay a ensuite raturé le mot « obligatoirement ». Le présentateur affirme avoir alors protesté, et a fourni au tribunal une lettre envoyée par fax. « Les investigations menées par TF1 n’ont pas permis de confirmer la réalité de cet envoi », a rétorqué la Une.
En pratique, la part de Nicolas Hulot atterrissait dans sa société personnelle Eole Conseil. En 2023, cette société avait engrangé 420 643 euros de chiffre d’affaires, provenant principalement des royalties TF1/L’Oréal, le reste découlant des droits d’auteur de ses livres. Très rentable et n’employant aucun salarié, la petite entreprise dégageait cette année-là une marge nette de 70 %. Comme elle versait relativement peu de dividendes et préfère garder ses profits en réserve, ses actifs s’élevaient à 4 millions d’euros fin 2023. Lorsqu’il était ministre, Nicolas Hulot l’avait valorisée à 3 millions d’euros dans sa déclaration à la HATVP.
À noter que les deux parties ont conclu un autre contrat dans les années 90. Selon cet accord, Nicolas Hulot a cédé à TF1 les droits d’exploitation de ses prestations dans les émissions Ushuaïa et Ushuaïa Nature, contre 7 % des recettes générées par les exploitations secondaires et dérivées des programmes. Cette redevance devait être versée pendant 30 ans à compter de l’achèvement de chacune des émissions.
Contactés, TF1 et l’avocat de Nicolas Hulot Alain Jakubowicz n’ont pas répondu.