L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureSpielberg veut adapter les mémoires de la célèbre résistante Marie-Madeleine Fourcade
Le prestigieux réalisateur rivalise avec le producteur américain Charles Cohen pour adapter à l’écran l’Arche de Noé de Marie-Madeleine Fourcade, cheffe du réseau Alliance.
Steven Spielberg sera-t-il le bon ? Depuis des décennies maintenant, l’Arche de Noé (Éditions Plon), un récit biographique écrit en 1968 par la célèbre résistante Marie-Madeleine Fourcade, attire les cinéastes sans qu’aucun projet d’adaptation n’aboutisse. Cette fois, c’est le studio du célèbre réalisateur américain, Amblin Entertainment, qui bataille pour obtenir les droits du livre et enfin redonner vie à Hérisson, nom de code de cette figure hors normes. Son histoire a de quoi faire rêver Hollywood : elle a été l’unique femme à diriger un des plus importants réseaux de renseignements sous l’Occupation, Alliance, dont chaque membre était désigné par un nom d’animal. Capturée à deux reprises par les nazis, elle a réussi à s’évader à chaque fois.
Mais avant de l’imaginer sur grand écran, le plus célèbre des réalisateurs au monde doit prendre son mal en patience. Jusqu’ici, c’est son concurrent américain Charles Cohen connu pour ses films comme Ouistreham avec Juliette Binoche ou Une belle course de Dany Boon qui s’était positionné. Ce milliardaire amoureux du septième art est l’un des distributeurs de films français le plus important outre-Atlantique. Il possède également plusieurs salles d’art et d’essai dont la mythique Pagode à Paris, en cours de réhabilitation. En 2015, il a pris auprès de Plon une option pour adapter l’ouvrage. Seulement voilà, au terme d’un bras de fer juridique de 18 mois avec l’éditeur, il vient de tout perdre en février dernier devant la Cour d’appel de Paris, et ne devrait pas se pourvoir en cassation. Une aubaine pour Spielberg, un revers de taille pour Cohen Media Group. « On dirait qu’une malédiction pèse sur ces mémoires », indique une source proche de cette affaire. Aux débuts des années 2000, l’historien Patrick Rotman et le réalisateur Pierre Boutron devaient déjà porter à l’écran cette histoire avec Isabelle Adjani dans le rôle-titre. Finalement TF1 avait jeté l’éponge en 2005. La faute à un cachet trop important demandé à l’époque par la star française.
Que s’est-il passé cette fois-ci ? Après avoir pris une option d’achat sur les droits de L’Arche de Noé en 2015, Charles Cohen l’a renouvelé à deux reprises, contre le paiement de 45 000 euros au total. Le dernier accord se terminait en septembre 2020. Et c’est là que les choses se sont compliquées. L’américain a pris trop de temps à négocier une ultime rallonge auprès de l’éditeur Plon, filiale d’Editis, même si le producteur le conteste. À cette époque, il cherchait à développer une série télévisée en s’associant à une société française, Vendôme de Philippe Rousselet. Celui-ci s’est fait une réputation mondiale en décrochant l’Oscar du meilleur film avec Coda en 2022, remake de la famille Bélier. « Nous avons eu effectivement des discussions préliminaires mais elles n’ont jamais abouti », se souvient Fabrice Gianfermi, co-PDG de Vendôme.
Durant cette longue bataille judiciaire entre Charles Cohen et Plon, les descendants de Marie-Madeleine Fourcade ont été approchés par une autre société de production américaine, Amblin Entertainment donc, bien décidée à acquérir les droits et pas juste une option. L’entreprise cofondée par Steven Spielberg, célèbre réalisateur de La liste de Schindler et récemment de Fabelman, a découvert l’histoire de cette résistante française grâce à l’écrivaine à succès Lynne Olson, auteur de Mme Fourcade’s secret war : the daring young woman who led France’s largest spy network against Hitler (Éditions Random House). Encensée par la critique en 2019 dans le New-York Times, classée parmi les meilleurs livres de l’année par le prestigieux Washington Post, l’histoire de Marie-Madeleine Fourcade a suscité des passions outre-Atlantique. Devant ce succès, les ayants droit de la résistante française ont immédiatement interdit à l’historienne américaine d’en faire une adaptation audiovisuelle sans leur accord. Amblin a donc été contraint de négocier avec eux mais leur a mis la pression, gêné « des délais de procédure avec Cohen Media Group empêchant tout développement de l’adaptation du livre ». L’enjeu est de taille pour les descendants Fourcade : « si le projet avec la société Amblin devait ne pas aboutir » cela les priverait « de la chance de faire adapter l’œuvre de leur mère par un producteur d’envergure mondiale », expliquent-ils. La justice vient de leur donner un sacré coup de pouce.
Amblin comme Cohen Media Group n’ont pas répondu à nos multiples sollicitations, tandis que Plon a indiqué « ne pas faire de commentaires ».