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Médias - Culture

Rugby : l’astuce du XV de France pour payer moins d’impôts

Au fil des ans, les revenus des rugbymen les plus en vue ont gonflé... et leur assiette fiscale avec. Pour réduire leur imposition, une dizaine d’entre eux sont conseillés par le même cabinet. Deuxième épisode de notre série d’été sur le XV de France et l’argent.

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FRANCK FIFE / AFP

Sébastien Guillaudeux est un salarié heureux. Directeur du développement chez Star Invest, ce commercial a une mission : gonfler le chiffre d’affaires de ce cabinet spécialisé dans le montage d’investissements en outre-mer. Or, depuis quelques années maintenant, il peut compter sur des soutiens de poids : sans trop forcer, il voit affluer une clientèle de choix, les joueurs du XV de France. « On a presque du mal à satisfaire toutes les demandes… », confie le nouvel ami des Bleus.

Nous l’avons vu dans le premier épisode de notre série, nos stars du ballon ovale se sont muées en entrepreneurs touche-à-tout, multipliant les projets de restaurants comme de start-up. Courtisés par les marques, ils cumulent aussi les partenariats payés rubis sur l’ongle pour promouvoir eaux, voitures ou vêtements griffés. Couplés à leurs salaires, ces revenus leur assurent un joli train de vie… Mais aussi une pression fiscale plus conséquente. Alors pour réduire leur imposition, une dizaine de joueurs de l’équipe ont trouvé le bon filon : la défiscalisation loi Girardin.

Totalement légale, l’opération consiste à « participer à l’économie des départements et régions d’outre-mer en finançant directement l’activité locale tout en profitant d’avantages fiscaux », explique Sébastien Lemaire, conseiller en gestion de patrimoine indépendant. En clair, il s’agit de subventionner une entreprise en outre-mer pour profiter l’année suivante d’un avantage fiscal supérieur à la somme apportée.

Des dizaines de milliers d’euros investis

Et c’est là qu’interviennent Sébastien Guillaudeux et Star Invest : le cabinet propose à nos rugbymen (comme à d’autres !) de financer par exemple du matériel de production pour des sociétés antillaises ou réunionnaises. « En investissant 9 000 euros, on peut gommer 10 000 euros d’impôt, soit un gain net de 1 000 euros », explicite le commercial. Via sa structure, Grégory Alldritt a déjà investi plus de 33 000 euros, Uini Atonio près de 55 000 euros et Dylan Cretin, plus de 48 000 euros. C’est logiquement le très bankable capitaine de l’équipe Antoine Dupont qui en a le plus profité, avec près de 83 000 euros investis depuis 2020.

Star Invest n’est évidemment pas le seul cabinet à proposer ces mécanismes. Alors comment s’est-il imposé chez les Bleus ? Historiquement, la société compte beaucoup de sportifs parmi ses clients, explique Sébastien Guillaudeux. Et a su nouer les bonnes relations. « Les rugbymen sont orientés par leur conseil en gestion de patrimoine ID Groupe avec qui nous travaillons depuis une dizaine d’années et qui commercialise notre produit », raconte le professionnel. Pour lui, le bouche-à-oreille a aussi joué. « Les joueurs sont assez friands de ce type d’opérations, pour une raison simple : il s’agit de défiscalisation en « one shot », d’une année sur l’autre, analyse le directeur du développement. Leurs revenus étant très fluctuants, il est plus simple pour eux de ne pas s’engager sur la durée. »

Risques et baisse des taux

Mais les investissements loi Girardin ne sont pas pour autant sans risque. « Ils doivent être extrêmement bien gérés et suivis, sans faire une confiance aveugle à n’importe quel cabinet de défiscalisation », met en garde Coralie Dedieu, avocate fiscaliste au barreau de Paris. Le conseiller Sébastien Lemaire abonde : « Selon la façon dont est ficelée la société d’investissement, l’AMF peut la déqualifier au moindre problème et l’avantage fiscal obtenu doit être restitué. »

Et soyons clairs, le dispositif a perdu un peu de ses atouts. Si les investissements peuvent générer « entre 10 et 20 % » de rentabilité, nous assure-t-on chez Star Invest, « les taux ne cessent de baisser d’année en année », indique Sébastien Lemaire. Aussi, le produit est désormais plafonné : « Le montant du cadeau fiscal ne peut pas dépasser 40 000 euros », précise ainsi Coralie Dedieu. De quoi intéresser davantage les rugbymen que les footballeurs…

Contactés, la fédération française de rugby ainsi que les joueurs concernés par ces investissements n’avaient pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.

Retrouvez l’épisode 3 de notre enquête sur l’argent du XV de France : Les lucratifs business de Fabien Galthié, l’entraîneur du XV de France. Et si vous l’avez raté, le premier épisode : Les mille business des joueurs du XV de France.